Togo: Disparition de Dr Moïse Kwassivi Fiadjoe, une perte colossale pour l’entreprenariat privé dans le secteur de la santé 

Afriquinfos Editeur
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Une affiche annonçant le Dr FIADJOE Moise en tant qu'invité dans une émission (DR-Rfi)

Lomé (© 2026 Afriquinfos)- Le monde médical de la sous-région Ouest-Africaine est en deuil. Pionnier de la fécondation in vitro au Togo, le Dr Moïse Kwasivi Fiadjoe est décédé samedi 3 octobre 2026, ont annoncé les familles de ce dernier. Gynécologue-obstétricien et spécialiste de la médecine de la reproduction, il a consacré plusieurs décennies à la prise en charge de l’infertilité. Son nom reste attaché à l’introduction de la fécondation in vitro au Togo.

Formé en France, il obtient son doctorat d’État en médecine à Lille en 1978. Il fut également interne des hôpitaux à Tourcoing, dans le nord de la France. Sa formation s’élargit ensuite à la biologie humaine, à l’échographie et à la gynécologie-obstétrique. De retour au Togo en 1983, il rejoint le cabinet médical de son père.

Un an plus tard, il participe à la création de la Clinique BIASA, aux côtés des docteurs Jemima Prince-Agbodjan et Robert Koblavisoé Fiadjoe. L’établissement se développe autour de plusieurs spécialités médicales. Son centre de fertilité y occupera une place particulière. La clinique le présentait comme gynécologue-obstétricien et chef de service de ce centre. Sa clientèle vient de toute la sous-région.

Dès 1984, il équipe son cabinet d’un échographe, à une époque où l’appareil restait rare dans le pays. Douze ans plus tard, en 1996, il devient le premier médecin togolais à réaliser une fécondation in vitro. La Clinique BIASA propose aujourd’hui la FIV, l’ICSI, l’insémination intra-utérine et des techniques recourant au don de gamètes ou d’embryons.

Une expertise reconnue et soutenue au-delà des frontières africaines

En 2009, la clinique lance un plan de développement de 2,5 milliards FCFA, soit 3,8 millions d’euros. Le projet est financé d’abord sur fonds propres, à hauteur de 700 millions FCFA, complétés par un prêt bancaire d’un milliard. Il bénéficie ensuite d’un apport de 800 millions FCFA du Fonds pour la santé en Afrique, géré par Aureos Capital. Ce fonds, créé en 2009 par la Société financière internationale, la Banque africaine de développement, la Fondation Bill & Melinda Gates et l’agence allemande DEG, était doté de 105,4 millions de dollars fin 2011.

L’objectif à l’époque était de faire passer la clinique de 24 à 80 lits et de moderniser ses équipements. Le plan prévoit une unité de réanimation polyvalente, un service d’imagerie performant et une unité de FIV capable de prendre en charge le risque viral pour les patients vivant avec le VIH. Un système d’échographie 3D pour le dépistage des malformations fœtales figurait aussi parmi les projets. À l’époque, Moïse Fiadjoe détenait encore 85 % de la clinique, Aureos Capital en ayant acquis 15 %.

Son activité dépasse le cadre de sa clinique. Il figure parmi les fondateurs du Groupe interafricain d’études, de recherches et d’application sur la fertilité (GIERAF), créé en 2009. Il en assure la présidence au début de l’organisation et préside son congrès de 2010 à Douala, consacré à l’assistance médicale à la procréation en Afrique. Les documents du GIERAF le présentent comme son président fondateur.

Le groupe s’était fixé plusieurs objectifs : prévenir les causes évitables d’infertilité, renforcer la formation des praticiens et favoriser les échanges scientifiques entre professionnels africains. Moïse Fiadjoe participe également à des études multicentriques sur l’infertilité masculine en Afrique. Un protocole de recherche du GIERAF le cite parmi les membres de l’équipe de coordination.

Une publication consacrée à la FIV en Afrique cite les données du GIERAF et le mentionne parmi les acteurs ayant contribué au développement des connaissances sur la procréation médicalement assistée. Les chiffres présentés pour 2013 font état de 523 aspirations ovocytaires dans les centres concernés, avec des taux de naissance vivante par transfert de 26,9 % pour la FIV et de 29 % pour l’ICSI.

L’African Federation of Fertility Societies (AFFS) l’a désigné comme membre de liaison auprès du GIERAF pour les pays francophones d’Afrique. En 2019, il intervenait encore dans des échanges scientifiques sur l’infertilité. Jusqu’à une période récente, il continuait d’exercer à la Clinique BIASA, laissant une empreinte durable.

Avec la disparition du Dr Moïse Fiadjoe, le Togo perd un praticien dont le parcours est accompagné d’importantes avancées dans le domaine de la médecine de la reproduction.

« Discret, bienveillant, engagé pour les autres, tu laisses un vide immense dans nos cœurs », peut-on lire sur l’hommage annonçant sa disparition.

Le Dr Moïse Kwasivi Fiadjoe laisse ainsi derrière lui un héritage scientifique et médical important, mais aussi la mémoire d’un médecin qui aura contribué à redonner espoir à de nombreuses personnes confrontées au défi de l’infertilité.

V.A.