Bras de fer Chine/USA/Canada : l’accusation de nouveau fragilisée dans l’affaire Meng Wanzhou

Vancouver (© 2020 Afriquinfos)- Les audiences ont repris depuis le 26 octobre à Vancouver, au Canada, dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler «l’affaire Meng Wanzhou». Une âpre bataille juridique oppose les défenseur de la directrice financière du groupe Huawei, assignée à résidence depuis fin 2018 au Canada et sous le coup d’une demande d’extradition américaine, et les autorités canadiennes.

Mme Meng a été arrêtée en décembre 2018 à l’aéroport de Vancouver sur la base d’un mandat américain l’accusant de fraude bancaire et de violation de l’embargo US sur l’Iran (en vertu des fameuses lois extraterritoriales américaines). Allégations qualifiées de mensongères par la défense. Au fil des mois, les révélations sur les nombreux abus de procédures et les zones d’ombres du dossier ont considérablement fragilisé l’accusation.

La déclaration sous serment de l’agent de la police canadienne ayant soumis une demande de mandat d’arrêt au tribunal contenait de fausses informations. Cet agent, désigné sous le nom de Yep dans les procès-verbaux de l’enquête, n’a pas vérifié les informations figurant dans sa déclaration sous serment, contrairement aux règles en vigueur dans ce type de dossiers, qui imposent une vérification poussée. C’est donc sur la base d’un document fallacieux que le juge canadien à lancer le mandat qui allait aboutir, le lendemain, à l’arrestation de Mme Meng Wanzhou à Vancouver.

Ces nouveaux éléments fragilisent l’accusation, et pourraient être constitutifs d’un abus de procédure. Ils sont donc de nature à entraîner l’annulation de la procédure d’extradition vers les États-Unis. Au cours de plaidoiries précédentes, la défense de la directrice financière du groupe Huawei avait établi que les droits de Mme Meng avaient été violés, car elle avait été interrogée pendant trois heures par les agents des douanes sans savoir ce qui lui était officiellement reproché avant son arrestation.

La défense de Mme Meng a obtenu que les agents de l’Agence des services frontaliers du Canada et de la Gendarmerie royale du Canada puissent témoigner. Ils espèrent utiliser ces témoignages dans une audience décisive, prévue en février 2020, consacrée aux abus de procédure observés dans cette affaire.

Plus le temps passe, plus les éclairages se multiplient dans ce dossier, et plus la thèse d’une machination politique, initiée à la demande des Américains, et exécutée par les Canadiens, se renforce. En août, une série de révélations troublantes avaient suggéré l’existence de fortes pressions économiques américaines sur le Canada, des pressions à la limite du chantage. Si la défense parvenait à établir définitivement la preuve de ce complot, l’accusation s’effondrerait, comme un château de cartes.

Au-delà des aspects juridiques et procéduriers, il est évident pour quelque observateur politique qui se respecte que les États-Unis, engagés dans une lutte d’influence avec la Chine, avaient tout intérêt à contrecarrer, par tous les moyens possibles, la société Huawei, qui est la société privée chinoise la plus avancée technologiquement.

Cette bataille n’est pas sans incidences sur l’Afrique et son développement. Huawei est en effet le principal équipementier télécom du continent, acteur essentiel du déploiement des réseaux allant de la 3G à la 5G, un acteur engagé qui plus est dans un fructueux partenariat technologique, mais aussi éducatif avec les différents pays du continent.

Edem Ganyra Gadegbeku

 

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