La réserve naturelle de la Rusizi se meurt !

Afriquinfos Editeur
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« Quand nous parlons de la réserve naturelle de la Rusizi, c’est aussi  son environnement  comprenant la rivière Rusizi et le lac Tanganyika essentiellement. Et les deux écosystèmes ne peuvent pas être séparés. Pour dire que si cette réserve venait à disparaitre, la sécurité des hippopotames, des oiseaux migrateurs, des crocodiles, …etc. sera menacée », indique Albert Mbonerane, président de l’Action Ceinture Verte pour l’Environnement (ACVE). Et par conséquent, précise-t-il, ce milieu ne sera plus attirant pour les touristes alors que si cet espace venait à être mieux entretenu, protégé, il pourrait procurer des revenus au pays étant donné qu’il est tout proche de l’aéroport international de Bujumbura.

Pour ce faire, Albert Mbonerane trouve que le gouvernement, le parlement, les administratifs doivent veiller à ce que les textes en rapport avec la protection de l’environnement soient mis en application.  Il précise  que le Code de l’Eau et de l’Environnement est bien clair sur la protection des aires protégées.

Rappelant que cette réserve abrite quelques espèces exotiques de cocotiers et qu’il a abrité plus de 60 éléphants dans les années 1965,  M. Mbonerane précise que des spéculations foncières sur cet espace protégé ont commencé juste après la signature de l’Accord d’Arusha en 2000. Avant, signale-t-il, c’était une sorte de base arrière ou de retranchement des rebelles du mouvement Front National de Libération (FNL) et à ce moment, la réserve était plus ou moins protégée.

« Beaucoup d’individus y ont demandé  des espaces  soi-disant pour le développement des projets agropastoraux. Et c’est à ce moment qu’un décret ramenant cette réserve à 5.000 ha est sorti », indique-t-il tout en signalant que le Code foncier de 1996 était précis sur la durée de la mise en valeur d’une concession. D’après lui, quand l’administration a voulu retirer ces terres, les concessionnaires se sont justifiés en disant que la guerre n’était pas encore finie. Et avec la fin des hostilités, le COGERCO qui s’occupe de la culture industrielle du coton, a repris ses activités.

Et la grande erreur commise à cette époque, c’est qu’on a permis aux travailleurs de cette entreprise de s’installer dans cette réserve, indique-t-il. Et petit à petit, d’autres gens sont venus habiter dans cette réserve détruisant des espaces importants.  C’est par exemple le village de Cabiza qui  compte actuellement plus de 700 ménages.

Des contradictions se manifestent autour de la protection de ce patrimoine.  Selon ce militant de l’environnement,  d’un côté au niveau du  ministère en charge de l’Aménagement du Territoire, l’autorisation a été donnée à la société Burundi Tanganyika Business (BTC) pour aller cultiver de la canne à sucre sans aucune étude d’impact environnemental. Et de l’autre côté, poursuit-il, il y a des lois disant que c’est une aire protégée. « Une réserve et on y attribue des espaces, allez-y comprendre ! »

Revenant sur  les propos du Pape Benoît XVI en 2008 : « La terre nous parle, écoutons ce que la terre nous dit, si nous voulons survivre »,  Albert Mbonerane, président de l’ACVE, signale que  l’homme étant au centre de la création, de l’environnement,  pour que sa survie puisse être assurée, il doit faire attention à l’équilibre au niveau environnemental.

Le Burundi faisant partie des pays de l’Afrique centrale, précise-t-il, « avoir une réserve de 10.000 ha à voir sa superficie de 27.834 km2, ça sera une grande réussite ».