RDC: Révision de la Constitution, si proche si loin dans l’esprit de Félix Tshisekedi

L'opposition, affaiblie depuis la présidentielle de 2023, a appelé à une nouvelle marche le 8 juillet pour réclamer la démission de Félix T. Tshisekedi.

Afriquinfos Editeur
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Le Président congolais Félix Tshisekedi ouvre les 9e Jeux de la Francophonie au Stade des Martyrs, le 28 juillet 2023 à Kinshasa, en RDC.
Le Président congolais Félix Tshisekedi ouvre les 9e Jeux de la Francophonie au Stade des Martyrs, le 28 juillet 2023 à Kinshasa, en RDC.

La manœuvre ne craint sans doute qu’une possible contestation de la rue: en République démocratique du Congo (RDC), le Président Félix Tshisekedi s’apprête à promulguer une loi qui lui ouvrirait potentiellement la voie vers un troisième mandat grâce à une révision de la Constitution.

M. Tshisekedi, 63 ans, arrive au terme de son second – et théoriquement dernier – mandat en décembre 2028. La Constitution congolaise de 2006 énonce que la limite de deux mandats et la durée de chacun de ceux-ci, fixée à cinq ans, « ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ».

Le Président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, au palais de l'Elysée, le 25 février 2025, lors d'une visite en France.
Le Président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, au palais de l’Elysée, le 25 février 2025, lors d’une visite en France.

Or depuis des mois, le Chef de l’État et ses partisans préparent l’opinion à l’idée que M. Tshisekedi puisse prolonger son séjour dans l’imposant Palais de la Nation, qui abrite les bureaux présidentiels dans la capitale congolaise Kinshasa. Le leader congolais utilise une recette éprouvée par de nombreux Chefs d’États africains par le passé: modifier la Constitution, opportunément jugée « opposée aux attentes de la population » depuis quelque temps par le camp Tshisekedi, pour se maintenir au pouvoir.

La récente adoption par le Parlement, sans grand suspense puisque l’union présidentielle y détient une large majorité, d’une proposition de loi posant un cadre à l’organisation d’un référendum sur le sujet, est la première étape d’un plan clairement exposé début mai 2026 par l’UDPS et ses alliés. « Je n’ai pas sollicité de troisième mandat mais je vous le dis: si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, j’accepterai », avait alors déclaré Félix Tshisekedi lors d’une rare conférence de presse à Kinshasa.

Et si une révision de la Constitution s’imposait, « ce ne sera jamais sans consulter la population, le peuple congolais, c’est-à-dire par référendum », avait-il poursuivi. Un mois plus tard, l’Assemblée adoptait un projet de loi référendaire soumis par un député de la majorité, suivie la semaine dernière d’une validation par le Sénat à l’unanimité. Le texte est déjà sur le bureau de Félix Tshisekedi, qui décidera prochainement de le promulguer ou non. « Sans une pression suffisante, le pouvoir n’a pas l’intention de s’arrêter dans son projet de changement de la Constitution « , avertit Ithiel Batumike, analyste politique au Centre de recherches congolais Ebuteli.

– « Le glissement » –

Le 12 juin 2026, un rassemblement de l’opposition à Kinshasa pour protester contre le projet présidentiel a été réprimé, alors que l’attention est concentrée sur une épidémie d’Ebola qui fait des morts dans le nord-est du pays. Plusieurs opposants ont été blessés, notamment par des jets de pierres, lors d’affrontements avec des militants pro-Gouvernement et la Police, selon des journalistes de l’AFP sur place.

Des associations locales de défense des droits humains ont évoqué « deux morts ». Le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme a condamné la mort « d’au moins un manifestant ». Le Gouvernement a seulement fait état de 25 blessés, dont 15 policiers.

« Tshisekedi a trahi le serment qu’il avait fait de respecter et de défendre la Constitution », a fustigé Martin Fayulu, candidat malheureux à la dernière présidentielle (2023), la semaine dernière devant la puissante Conférence des évêques catholiques. « Mettre en cause la Constitution actuelle revient à mettre en cause la paix et la stabilité » dans le pays, a de son côté mis en garde un autre opposant, Delly Sesanga.

L’opposition, affaiblie depuis la présidentielle de 2023, a appelé à une nouvelle marche le 8 juillet pour réclamer la démission de Félix T. Tshisekedi. Parallèlement au projet de révision constitutionnelle, le pouvoir martèle qu’aussi longtemps que perdurera le conflit dans la partie orientale de la RDC, où le groupe armé antigouvernemental M23, soutenu par le Rwanda et son Armée, s’est emparé des grandes villes de Goma et Bukavu début 2025, les conditions ne seront pas réunies pour la tenue d’une élection présidentielle.

Dans un pays qui a déjà vécu un scénario similaire, le report d’un scrutin pour tenter de se maintenir au pouvoir a un nom: « Le +glissement+ est une stratégie qui se substitue souvent à l’échec de modifier la Constitution en vue d’un troisième mandat », explique Ithiel Batumike. L’ex-Président Joseph Kabila (2001-2019) avait tenté de conserver le pouvoir au-delà de deux mandats en modifiant la loi électorale en 2015. Des manifestations réprimées dans le sang et la pression internationale l’avaient finalement contraint à renoncer. Opposant à l’époque, Félix Tshisekedi s’était élevé, au nom de la démocratie, contre le projet de son prédécesseur.  

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