Qu’est-qui fonde la puissance industrielle marocaine au top du continent en 2026, selon la BAD?

Le communiqué de la BAD présente clairement le Royaume comme le nouveau leader continental de l’industrialisation, une première depuis la création de cet indice.

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Qu'est-qui fonde la puissance industrielle marocaine au top du continent en 2026, selon la BAD?
Une industrie aéronautique marocaine (photo, DR).

Brazzaville (© 2026 Afriquinfos)- Le Maroc s’impose désormais comme la première économie industrielle d’Afrique. C’est le principal enseignement de l’Indice de l’industrialisation en Afrique 2025 dévoilé par la BAD (Banque africaine de développement) dans le cadre de ses Assemblées annuelles 2026. Le communiqué de la BAD présente clairement le Royaume comme le nouveau leader continental de l’industrialisation, une première depuis la création de cet indice.

Dans le rapport, ce basculement est confirmé par les chiffres : le Maroc obtient en 2024 un score de 0,8415, devant l’Afrique du Sud, qui atteint 0,8396. L’écart est étroit, mais hautement symbolique. Il traduit, selon la BAD, la modernisation soutenue du système productif marocain, la diversification de ses exportations et la mise en œuvre effective de sa politique industrielle. Cette progression ne relève donc pas d’un simple effet de classement. Elle consacre une trajectoire construite sur plusieurs années autour d’écosystèmes industriels structurés, d’une meilleure insertion dans les chaînes de valeur mondiales et d’un positionnement renforcé sur des secteurs à plus forte valeur ajoutée.

Cette performance est portée par une montée en gamme industrielle soutenue, une diversification des exportations et une politique industrielle vigoureuse, fait savoir ce rapport qui analyse les transformations structurelles des économies africaines.

En toile de fond, le Maroc bénéficie également d’un contexte international favorable marqué par la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales. Le rapport insiste sur l’émergence du « nearshoring », du « friendshoring » et des nouvelles stratégies industrielles liées à la souveraineté économique. Dans ce nouveau paysage, les pays capables d’offrir stabilité, infrastructures logistiques, proximité des marchés et capacité industrielle deviennent particulièrement attractifs. Le Royaume apparaît précisément comme l’un des grands bénéficiaires potentiels de cette recomposition mondiale. Sa proximité avec l’Europe, ses plateformes logistiques, ses zones industrielles intégrées et sa capacité à attirer des investissements industriels renforcent progressivement son positionnement comme hub manufacturier euro-africain.

Une stabilité politique et de des infrastructures modernes

Le document souligne que le Royaume a su tirer parti de sa stabilité politique et de ses infrastructures modernes pour attirer des investissements étrangers directs, notamment dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et des industries électriques et électroniques. Ces filières, combinées à une stratégie nationale d’industrialisation ambitieuse, ont permis au Maroc de dépasser ses concurrents régionaux traditionnels.

Le rapport de la BAD précise que la valeur ajoutée manufacturière du Maroc a progressé de manière significative au cours des dernières années. Cette évolution repose sur des réformes visant à améliorer le climat des affaires et à renforcer la compétitivité des entreprises locales.

La politique industrielle du Royaume, incarnée par le plan d’accélération industrielle 2014-2020, a favorisé l’émergence de pôles de compétitivité et de zones d’accélération industrielle. Ces dispositifs ont stimulé l’innovation et la création d’emplois qualifiés.

Cette montée en gamme industrielle se traduit par une augmentation de la part des produits à forte valeur ajoutée dans les échanges extérieurs. Le Maroc exporte désormais des composants électroniques, des câbles, des pièces mécaniques et des équipements aéronautiques vers l’Europe, l’Asie et les Amériques.

Cette reconnaissance par la BAD conforte la position du Maroc comme hub industriel régional et plateforme d’investissement pour les entreprises internationales. Selon les analystes, cette dynamique pourrait encourager d’autres pays africains à adopter des politiques industrielles similaires.

Des défis à relever s’imposent

Le rapport note également que le Royaume doit relever des défis, notamment la formation de la main-d’œuvre et l’accès au financement pour les PME. Toutefois, les perspectives restent positives grâce aux projets d’énergies renouvelables et à la digitalisation de l’économie.

Dans les mois à venir, le Maroc entend poursuivre sa stratégie de développement industriel à travers la mise en œuvre de la nouvelle charte de l’investissement, qui prévoit des incitations fiscales et des mécanismes de soutien à l’exportation. Le gouvernement prévoit également de renforcer les partenariats public-privé pour accélérer la transition vers une industrie plus verte et plus compétitive.

Une industrialisation africaine encore incomplète

Mais derrière la performance marocaine, le rapport dresse un constat plus nuancé sur l’état global de l’industrialisation africaine. Certes, les progrès existent : entre 2010 et 2024, 41 pays africains ont amélioré leurs scores industriels et la performance continentale globale s’est renforcée. Pour autant, l’Afrique reste encore marginale dans l’industrie mondiale. Le continent représente moins de 2% de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4% des exportations mondiales de produits manufacturés.

La BAD souligne surtout que la croissance industrielle africaine ne s’est pas encore traduite par une véritable transformation structurelle. La valeur ajoutée manufacturière par habitant demeure inférieure aux niveaux enregistrés avant 2014, signe que les progrès restent insuffisants face à la croissance démographique et aux besoins d’emplois industriels.

Le rapport identifie plusieurs freins structurels persistants : insuffisance des infrastructures ; accès limité au financement ; faiblesse du capital humain ; coûts logistiques élevés ; faible sophistication technologique ; importance de l’économie informelle ; fragmentation des marchés africains.

Les performances manufacturières restent d’ailleurs le principal point faible du continent parmi les trois dimensions de l’indice, notamment en matière de compétitivité, de capacité de production et de diversification des exportations.

L’un des messages les plus forts du rapport est que l’Afrique ne pourra pas réussir son industrialisation à travers des stratégies nationales isolées. Pour la BAD, la prochaine phase de transformation doit impérativement être régionale. Le document insiste longuement sur la nécessité de dépasser une intégration économique «superficielle», limitée aux accords commerciaux et aux réductions tarifaires, pour construire une intégration industrielle «en profondeur».

Aujourd’hui, le commerce intra-africain ne représente que 14,4% des échanges du continent, très loin des niveaux observés en Europe ou en Asie. Cette faiblesse traduit le manque de chaînes de valeur régionales, la fragmentation des systèmes productifs et l’insuffisance des échanges de biens intermédiaires entre pays africains.

Dans cette perspective, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) apparaît comme le principal levier de transformation industrielle du continent. Le rapport estime qu’elle pourrait permettre une hausse significative des échanges intra-africains, notamment dans l’industrie manufacturière, l’agroalimentaire et les services.

Les Assemblées annuelles 2026 de la BAD, qui comprennent la 61ème Assemblée annuelle du Conseil des Gouverneurs de la Banque et la 52è Assemblée annuelle du Conseil des Gouverneurs du Fonds africain de développement, se tiennent jusqu’au 29 mai sous le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté« .

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