Oslo (© 2026 Afriquinfos)- Le Prix Nobel de la paix a récompensé ce vendredi 9 octobre, la juriste sud-africaine Navanethem ‘’Navi’’ Pillay ‘’pour ses efforts pour promouvoir la paix et le droit international’’. Âgée de 85 ans, Navi Pillay a notamment présidé la commission d’enquête indépendante de l’ONU qui a accusé Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza.
Agée de 85 ans, la juge sud-africaine a consacré sa carrière à qualifier juridiquement les crimes contre l’humanité et les génocides comme à Gaza, au Myanmar ou au Rwanda. Elle rejoint la prestigieuse liste de nobélisés sud-africains.
Navi Pillay est récompensée pour ses efforts pour promouvoir la paix et le droit international. « La lauréate de cette année a joué un rôle déterminant pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide fassent l’objet de poursuites judiciaires », a indiqué le comité Nobel dans un communiqué qui a salué son « courage » et son « intégrité » exceptionnels.
Elle a notamment présidé la commission d’enquête indépendante de l’ONU qui a accusé Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza en septembre 2025. La cause palestinienne est une affaire sérieuse en Afrique du Sud où on estime qu’Israël impose un régime d’apartheid aux Palestiniens. Au pays de Nelson Mandela, tout le monde connaît la phrase de l’ancien président : « Notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens. »
Pretoria a d’ailleurs porté plainte contre Israël devant la Cour internationale de justice, le 29 décembre 2023, pour établir si l’Etat hébreu commettait un crime de génocide à Gaza. L’Afrique du Sud avait dépêché ses meilleurs avocats à La Haye, accueillis en héros à leur retour à l’aéroport international de Johannesburg. Le pays était fier de peser sur la scène internationale en sollicitant les institutions judiciaires.
Sans attendre un verdict dans cette affaire, la commission d’enquête internationale qu’elle a présidé a conclu à un génocide encouragé par le premier ministre Benyamin Netanyahu, le président Isaac Herzog et le ministre de la Défense Yoav Gallant. Le ministère israélien des Affaires étrangères a fustigé le prix estimant qu’il légitimait ‘’la haine et les préjugés anti-Israël’’.
L’expérience avec le génocide rwandais
Navi Pillay voit un parallèle entre le génocide des Tutsi au Rwanda et ce qui se passe à Gaza. Elle a longtemps travaillé sur la question du génocide contre les Tutsi puisqu’elle a siégé au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) à Arusha de 1995 à 2003. Elle en fut même la Présidente à partir de 1999 au moment des procès emblématiques des médias du génocide comme Radio télévision libre des Mille collines et le journal Kangura.
Navi Pillay siège actuellement en qualité de juge ad hoc à la Cour internationale de Justice (CIJ) dans l’affaire opposant la Gambie au Myanmar. La junte militaire au pouvoir au Myanmar y est accusée de génocide en raison du traitement infligé à la minorité musulmane rohingya dans l’État occidental de Rakhine.
Mme Pillay a été nommée à ce poste par Aboubacar Tambadou, l’ancien Ministre de la justice gambien qui l’a côtoyé au TPIR quand il était procureur. Il salue le travail du comité Nobel pour avoir couronné ce ‘’géant du droit international’’ au moment où la justice internationale est sous pression. ‘’Personne ne mérite plus ce prix qu’elle en ce moment […]. Tous les juristes internationaux devraient être fiers de ce moment et le célébrer avec le juge Pillay’’, a-t-il commenté.
Navi Pillay a été longuement applaudie après l’annonce du comité Nobel comme le montre une vidéo publiée. ‘’Si vous applaudissez encore un peu, je partagerai peut-être ce prix avec Trump’’, a ironisé Navi Pillay. Le Président américain avait fait campagne pour obtenir le prix en 2025 en s’attribuant la résolution de nombreux conflits dont celui dans l’est de la RDC malgré la poursuite des combats. Le médecin congolais Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix en 2018 a salué Navi Pillay, rappelant que ‘’la justice n’est pas un obstacle à la paix mais une de ses conditions’’.
Première avocate noire engagée depuis l’apartheid
Née en 1941, Navi Pillay a connu le régime d’apartheid (1948-1994). Navi Pillay a grandi dans une famille pauvre dans le quartier indien de Clairwood près de Durban dans l’ancienne province du Natal. Elle y obtient une licence de lettres en 1963 et une licence de droit en 1965. Malgré la discrimination elle devient la première femme noire à pratiquer le droit dans la province du Natal en 1967. Elle réussit même à devenir la première femme noire à être nommée juge intérimaire à la Cour suprême de la république d’Afrique du Sud.
Avocate sous l’apartheid, elle a défendu les camarades de Mandela. Dans les années 1970, elle obtient que les prisonniers politiques aient le droit à un avocat. Elle se rend régulièrement sur l’île prison de Robben Island où est emprisonné Nelson Mandela, sans le rencontrer pour autant. Des années plus tard, elle vient de se rapprocher de l’icône en devenant elle aussi Prix Nobel de la paix, en attendant sa statue au Cap à côté de ‘’Madiba’’.
V.A.



