Portrait: Général Kwaku Kofi René, dans le silence de Tel Aviv, un géant s’est couché.

Durant la crise post-électorale ivoirienne, au moment où le pays sort à peine du chaos, le Lieutenant-colonel Kwaku Kofi René est nommé commandant du Bataillon du Génie en août 2011. Mission sensible, terrain miné.

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Le 31 août 2025, Kwaku Kwaku Kofi René, officier du Génie, diplomate militaire, bras droit du Chef d’État-Major Général, le Général de corps d’armée Lassina Doumbia, tirait sa révérence. Mais derrière le silence de cette disparition, résonne aujourd’hui la grandeur d’un parcours, la dignité d’un homme, la fidélité d’un frère d’armes.

Une vocation forgée dans l’excellence
Tout commence à Motiamo, petit village du nord-est ivoirien, où le 28 novembre 1964, naît celui qui allait incarner la rigueur, l’humanité et l’autorité bienveillante. Dès son plus jeune âge, René Kwaku Kofi démontre un sens aigu de la discipline et un amour profond pour son pays. Élève de l’École Militaire Préparatoire Technique (EMPT) de Bingerville dès la 6e, il y découvre un environnement exigeant, qu’il transformera en tremplin. Brillant élève, il sort du lot, animé d’une volonté constante de s’élever.

Après l’obtention de son baccalauréat série C en 1985, il est sélectionné pour intégrer la prestigieuse École Royale Militaire de Belgique. Premier Ivoirien à y être admis, il y laisse une empreinte forte : sérieux, esprit d’équipe, loyauté, humilité. Il y obtient son diplôme d’officier du Génie en 1990, avant de rentrer en Côte d’Ivoire pour servir, avec la promesse de toujours défendre son drapeau.

Le bâtisseur de la réunification militaire
Durant la crise post-électorale ivoirienne, au moment où le pays sort à peine du chaos, le Lieutenant-colonel Kwaku Kofi René est nommé commandant du Bataillon du Génie en août 2011. Mission sensible, terrain miné. Mais il réussit, avec calme, pédagogie et méthode, à relocaliser cette grande unité à Bouaké, devenant une figure centrale de la réunification des ex-Forces Nouvelles et des Forces armées nationales. Pendant cinq ans, il dirige avec fermeté et doigté, apaisant les tensions, faisant converger les trajectoires militaires autrefois opposées.

Cette période fut cruciale pour l’histoire militaire moderne du pays. Et ceux qui ont servi sous ses ordres parlent encore aujourd’hui de son charisme naturel, de son leadership sans brutalité, et de son talent à désamorcer les conflits sans faire de bruit.

Loyal jusqu’au bout
Nommé Attaché de défense en Israël en 2018, le Général poursuit sa mission au service de l’État dans un rôle diplomatique complexe. Depuis Tel Aviv, il tisse des liens solides avec les partenaires stratégiques de la Côte d’Ivoire. En 2021, il est promu au grade de Général de brigade, une reconnaissance méritée pour un homme dont la loyauté et la compétence n’ont jamais été prises en défaut.

Mais derrière la carrière se cache un homme de grande tendresse, un époux fidèle, un père présent. Son fils confiera après sa mort : “Papa était un père aimant, protecteur.” Une déclaration simple, mais qui dit tout.

Une amitié silencieuse, des liens indéfectibles
Dans les cercles les plus discrets de l’armée, on savait que Kwaku Kofi René était plus qu’un officier respecté. Il était aussi un confident très proche du Chef d’État-Major, le Général Lassina Doumbia, avec qui il partageait une longue histoire, une complicité rare dans l’univers militaire. Ils ne parlaient jamais l’un de l’autre en public, mais dans les moments stratégiques, la voix de René pesait lourd dans les décisions.

Il était également l’ami intime de Zunon Kipré Jean Paul, ancien de l’EMPT. Ils se considéraient comme des frères, et René, plus âgé d’une année seulement, n’hésitait jamais à lui prodiguer des conseils, parfois sévères, toujours justes. Dans l’ombre, loin des projecteurs, il conseillait, soutenait, réconciliait.

Une dernière visite… comme un adieu annoncé
Quelques semaines avant son décès, le 25 juillet 2025, le Général était à Abidjan. Il reçut la Médaille des Armées. Ce jour-là, il passa longuement dans presque tous les bureaux du ministère de la Défense, saluant, échangeant, riant, comme pour dire au revoir sans le dire. Chez le Général Issa Sakoh, il resta une heure entière. Cette visite, que beaucoup considèrent aujourd’hui comme une tournée d’adieu, prend un autre sens.

Ce dimanche 31 août, l’annonce de son décès à Tel Aviv tombe comme un couperet. Abasourdie, la grande famille militaire perd l’un de ses piliers.

Une armée reconnaissante
Le 19 septembre 2025, à la Place d’armes du Camp Gallieni, les Forces Armées de Côte d’Ivoire lui ont rendu un dernier hommage d’une intensité rare. Le cérémonial était impeccable, grave, digne. Le Ministre d’État Téné Birahima Ouattara était présent, aux côtés de la haute hiérarchie militaire, de la Gendarmerie nationale, de sa famille, de ses amis, de ses compagnons d’armes.

Le lendemain, samedi 20 septembre, il a été inhumé au cimetière de Williamsville, sur cette terre qu’il avait servie avec une fidélité inaltérable.

Il continue de briller
Le Général Issa Sakoh, chargé du discours officiel, a eu ces mots justes : « Une étoile s’est éteinte, mais sa lumière demeure. » René n’est plus, mais ses valeurs, son exemple, sa droiture, son humanité, son humilité continueront d’éclairer la voie de tous ceux qu’il a touchés.

Dans l’histoire des armées ivoiriennes, le nom du Général Kwaku Kofi René sera toujours associé à l’excellence, à la loyauté et à cette élégance discrète qui distingue les véritables hommes d’honneur.

ALEX KIPRE
Editeur, Ecrivain, Journaliste

Article publié en partenariat avec Pouvoirs Magazine