Avec le Réseau Normalisation et Francophonie (RNF), l'ANOR organise mardi et mercredi à Yaoundé le premier forum international « Normes pour l'Afrique, enseignement supérieur – tourisme durable – communication" dont l'objectif est de contribuer à l'implantation d'une culture de la normalisation en Afrique francophone, selon les organisateurs.
Les projections tablent sur une liste de 2.000 normes à l'horizon 2015. Ces normes sont élaborées à partir des références internationales et notifiées à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), de l'avis de Jean Marie Mbollo, directeur de l'élaboration des normes à l'ANOR, dans un entretien à Xinhua.
« Nous sommes membres d'un certain nombre d'organismes internationaux, notamment l'ISO, la CEI en ce qui concerne les installations électriques, l'UIT pour les télécommunications, le Codex pour l'alimentaire. Nous sommes réceptifs vis-à-vis de toutes les normes internationales", précise-t-il.
Mais, ce responsable institutionnel attire l'attention sur les difficultés d'application des normes édictées liées à la porosité des frontières qui fait que « nous avons des produits qui arrivent par pirogue dans la nuit", c'est-à-dire contournent les dispositifs de surveillance du territoire national.
Sur une superficie de 475.442 km2, le Cameroun partage les frontières avec six pays voisins, parmi lesquels le Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale au Sud, la République centrafricaine (RCA) à l'Est, le Tchad au Nord et le Nigeria à l'Ouest. En raison de l'étendue du territoire, évidemment des pans importants de ces frontières échappent à la surveillance des autorités administratives et sécuritaires.
Avec le grand voisin nigérian par exemple, ce territoire s'étire sur plus de 2.000 km de frontières communes, terrestres et maritimes. Ce qui laisse prospérer des activités commerciales de contrebande échappant à la vigilance des services douaniers, qui ont par ailleurs la faiblesse d'être peu équipés pour pouvoir ratisser large dans leurs différentes zones d'intervention.
De fait, comme avec l'affaire Probo Koala relative au déversement des déchets toxiques à Abidjan en 2007 en provenance d'Europe, les risques de commercialisation des produits issus du scandale de la viande de cheval actuellement dénoncé en Europe sont jugés réels. « Le Cameroun n'est pas à l'abri de ces débordements", avoue Jean Marie Mbollo.
« Toutefois, tente-t-il cependant de nuancer, nous avons déjà été saisis par la haute hiérarchie et nous assurons la veille. Nous avons sensibilisé nos laboratoires et on attend que les prélèvements soient faits pour qu'on nous apporte les résultats". Contrairement aux parties du territoire national qualifiées de poreuses, l'application des normes est en revanche annoncée au port fluvial et commercial de Douala où il existe une procédure de certification de la conformité, explique le directeur de l'élaboration des normes.
« Avant que l'importateur ne commande sa marchandise, il lui est délivré par l'ANOR un avis de vérification documentaire et c'est ce document qui lui permet de passer les commandes. Au moment où la marchandise arrive au port, l'ANOR envoie ses cadres effectuer des prélèvements, les produits sont soumis à un laboratoire qui analyse et au vu des résultats, l'ANOR délivre le certificat de conformité à la norme", détaille-t-il.
C'est sur la base du certificat de conformité signé du directeur général de l'ANOR, Charles Booto à Ngon, que la société SGS basée au port de Douala, la métropole économique du pays, autorise le démarrage des procédures de dédouanement des marchandises importées.
Organisme de création récente sous tutelle du ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique, l'ANOR s'appuie sur la collaboration avec un certain nombre de laboratoires basés au pays : Hydrac, Intertec et l'Institut Pasteur du Cameroun pour l'alimentaire, le Laboratoire national de génie civil (Labogénie) pour le génie civil, le Laboratoire national de contrôle de qualité des médicaments (Lanacôme) pour les médicaments, etc.
« Actuellement, l'ANOR est en train de construire son propre laboratoire", révèle Jean Marie Mbollo, qui se défend de ce que les laboratoires existants « sont suffisamment bien équipés. Nous avons de bons techniciens, nous avons ce qu'il faut pour parer à toute éventualité".
En cas de découverte de marchandises suspectes, « généralement, les produits sont saisis et détruits aux frais de l'importateur. On a eu dans ce cas des produits tels que les cosmétiques par exemple, des pesticides avariés, des produits alimentaires dont les dates de péremption étaient dépassées. Cette opération est diligentée par les services techniques du ministère du Commerce".
Pour les produits locaux, notamment les produits pérennes destinés à l'expert, d'anciennes normes existent sous la forme d'arrêtés et de décrets du Premier ministre. « Ces normes sont utiles en interne. Mais dès qu'on traverse la frontière, elles ne répondent plus aux exigences internationales. Nous avons été instruits par la haute hiérarchie de prendre tous ces documents à caractère règlementaire et d'en faire des normes au sens de la normalisation internationale", fait savoir Mbollo. « Nous allons tenir compte des exigences des pays acheteurs, de la traçabilité qui est exigée au niveau mondial, à partir du planteur. Pour le moment, nos produits sont certifiés par des organismes étrangers, mais l'ANOR va s'impliquer davantage pour rentrer dans le processus de certification de ces produits de base. Nous avons créé un comité technique pour les cultures de rente que nous allons activer en 2013", ajoute-t-il.
En ce qui concerne les produits artisanaux qui répondent quant à eux à des normes établies parmi les 400 déclarées, il est plutôt fait état d'un besoin de formation et d'information pour la qualité du produit, le conditionnement, l'emballage et l'étiquetage, afin d'améliorer la compétitivité de ces produits et de leur garantir un meilleur accès au marché international.



