Soudan : une nouvelle attaque contre des manifestants ramène les négociations de nouveau au point mort

Khartoum (© 2019 Afriquinfos)-Prévues pour reprendre ce mardi, les négociations entre le mouvement civil et les militaires au pouvoir sont au point mort, en raison de la mort de six manifestants dont cinq lycéens ce lundi.

Des snippers ont en effet tiré sur une foule de manifestants lundi dans la ville d’Al-Obeid,  à 424 km de Khartoum. Ce qui a donc empêché la reprise des négociations pour une « Déclaration constitutionnelle ».

Malgré que le Conseil militaire au pouvoir a, par la voix de son chef, le général Abdel Fattah al-Burhane et celle du gouverneur du Nord-Kordofan, le général Al-Sadiq Al-Tayeb, condamné les violences de lundi, les contestataires ont refusé de s’asseoir autour d’une même table avec ceux qu’ils accusent d’assassiner les révolutionnaires.

« La difficulté, c’est d’essayer de convaincre de la bonne foi de ces militaires et de ces miliciens qui vont céder une partie du pouvoir, estime Jacky Mamou, analyste. C’est très difficile à croire dans ces conditions-là. Donc qu’il y ait des hésitations, des divisions au sein de l’opposition, c’est absolument naturel, malheureusement. »

Les contestataires accusent de crimes graves les paramilitaires des Forces de soutien rapide (RSF), dirigées par le numéro deux du Conseil militaire, Mohammed Hamdan Daglo. Celui-ci était reçu au Caire, par le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi au moment des attaques meurtrières de lundi. 

D’Après le politologue Alrasheed Muhamed Abrahim, le Soudan est encore sous vives tensions. « La situation n’est pas bonne jusqu’à maintenant. Il y a plusieurs raisons. Par exemple la situation au Nord-Kordofan. Peut-être qu’il y a une concertation au sein du Conseil militaire. » a-t-il dit.

Hier mardi, les Nations Unies ont de leur côté réclamé une enquête sur la mort des cinq lycéens. Mais pour l’analyste Jaky Mamou, les Nations Unies ne sont qu’une autorité morale, sans efficacité directe. Il rappelle notamment le mandat d’arrêt infructueux contre l’ancien président Omar El-Béchir. Selon lui, l’Onu est « une force de référence pour un certain nombre de pays démocratiques qui peuvent s’appuyer sur les résolutions de l’ONU pour augmenter plus la pression sur les militaires soudanais. Mais c’est tout. Ce sont des pressions indirectes. C’est un appel moral. Mais ça n’a ni d’efficacité ni de contrainte. »

Bien avant, la tuerie du lundi, un accord prévoyant une transition de trois ans et trois mois est intervenu le 17 juillet dernier sur le partage du pouvoir entre civils et militaires soudanais.

V.A.