Nigeria: Aliko Dangote remonté contre les prévaricateurs du secteur de l’or noir

Afriquinfos Editeur
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Lagos (© 2025 Afriquinfos)- La guerre ouverte entre Aliko Dangote et l’Autorité nigériane de régulation de l’aval pétrolier (NMDPRA), prend une autre proportion. Le PDG de la méga-raffinerie éponyme, accuse frontalement le régulateur de nuire délibérément à la production nationale en favorisant les importations de carburant. Point culminant de cette confrontation, Dangote a exigé l’ouverture d’une enquête officielle pour corruption visant Farouk Ahmed, le directeur de l’Autorité.

Aliko Dangote, dont la raffinerie à Lekki est pourtant présentée comme l’élément clé pour mettre fin à la dépendance du Nigeria aux produits raffinés, dénonce une stratégie qui, selon lui, vise à ‘’mettre en échec le potentiel national de raffinage’’. L’industriel a déclaré que le maintien des importations de carburant ne fait que créer des emplois à l’étranger au détriment de l’industrialisation du Nigeria.

Le conflit porte sur l’approvisionnement du marché. Le mois dernier, l’Autorité de régulation avait demandé au Président Bola Tinubu de ne pas interdire les importations de produits raffinés, arguant que la raffinerie Dangote n’était pas en mesure de satisfaire la demande locale, avec une production estimée par le régulateur à seulement un tiers des besoins nationaux.

Dangote conteste vivement ces chiffres, affirmant que le régulateur minimise les capacités réelles de son site en se basant sur des statistiques de livraison plutôt que de production. La raffinerie, avec une capacité nominale de 650 000 barils par jour, a le potentiel de couvrir largement les besoins du Nigeria.

Pour le PDG du groupe Dangote, le maintien des importations est lié à des intérêts personnels. Il a expressément appelé à l’ouverture d’une enquête officielle sur Farouk Ahmed, le directeur de l’Autorité, mettant en cause sa gestion et citant des allégations de dépenses privées qui excéderaient ses revenus légitimes. L’accusation sous-entend que le directeur aurait un intérêt personnel à perpétuer les coûteux achats de carburant à l’étranger. Sollicité, Farouk Ahmed n’a pas réagi dans l’immédiat à ces nouvelles allégations.

Le régulateur avait auparavant accusé la raffinerie de Dangote de chercher à obtenir un monopole sur le marché des carburants, ce qui justifierait, selon lui, le maintien des importations.

Paradoxalement, la méga-raffinerie rencontre des obstacles à son plein régime. Aliko Dangote a reconnu un ralentissement de la production, notamment en raison de problèmes techniques sur son principal craqueur, actuellement en maintenance.

De plus, la direction de la raffinerie affirme ne pas pouvoir sécuriser l’approvisionnement nécessaire en pétrole brut, accusant le régulateur de ne pas appliquer une règle garantissant la priorité aux raffineurs locaux avant l’exportation. Dangote a même révélé que l’installation doit importer 100 millions de barils de brut par an, un volume appelé à doubler après l’expansion prévue, en raison des limites de l’offre domestique.

Aliko Dangote a réaffirmé sa détermination à poursuivre l’agrandissement de son installation, qualifiant cet investissement de « trop important pour échouer ». Il a par ailleurs réitéré son intention d’introduire la société en bourse au Nigeria, avec l’ambition de verser des dividendes en dollars américains.

Le parlement pour trancher

Il a déclaré que les importations étaient utilisées « pour contrer le potentiel national », créant des emplois à l’étranger alors que le Nigeria peine à s’industrialiser.

« On n’utilise pas les importations pour entraver le potentiel national », a-t-il déclaré aux journalistes.

M. Dangote a demandé l’ouverture d’une enquête officielle sur Farouk Ahmed, directeur de l’Autorité nigériane de régulation du secteur pétrolier en amont et en aval, invoquant des préoccupations concernant sa gestion du secteur et des allégations de dépenses privées dépassant les revenus légitimes.

Il a également réitéré son intention d’introduire la société en bourse sur le marché local et de verser des dividendes en dollars américains afin que « chaque Nigérian puisse détenir une part de l’économie ».

La Chambre des représentants a décidé d’intervenir dans le différend. Selon les informations rapportées mardi 16 décembre par la presse internationale, les parlementaires ont mandaté leurs commissions compétentes pour examiner le conflit portant sur les importations de carburant et les questions de prix, au centre d’une controverse publique. L’initiative marque l’entrée officielle du Parlement dans un dossier jusqu’ici cantonné au débat réglementaire et médiatique.

Les députés justifient leur intervention par l’importance stratégique du dossier pour l’économie nigériane. La raffinerie Dangote, d’une capacité de traitement de 650 000 barils par jour, est considérée par les autorités comme un pilier de la sécurité énergétique nationale, dans un pays qui reste fortement dépendant des importations de carburant.

Malgré son statut de premier producteur africain de pétrole brut, le Nigeria a en effet importé environ 69 % de l’essence qu’il a consommée entre août 2024 et octobre 2025, selon des données de la NMDPRA citées par la presse nigériane.

L’enquête initiée par la Chambre des représentants vise concrètement à examiner les décisions du régulateur relatives aux importations de carburant et à la fixation des prix, au cœur du différend l’opposant à Dangote Refinery. À ce stade, aucune date d’audition des parties concernées n’a été communiquée.

V.A.