"Naître femme au Burundi s’apparente à une mauvaise récolte"

Afriquinfos Editeur
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Interview de… Béatrice Nijebariko, coordinatrice du Forum des Educatrices Africaines (FEA-Burundi).

La structure de la population burundaise montre une supériorité numérique des filles. Est-ce la même chose au niveau de l’éducation ?

A l’entrée du primaire, les effectifs sont pratiquement les mêmes. Puis, cette parité tend à disparaître au cours du cursus scolaire… Au niveau du pré primaire, il y avait pour l’année scolaire 2010-2011, 21 832 filles pour 21 417 garçons. Léger avantage pour les filles. Au niveau du primaire, pour le taux brut d’admission (à l’entrée), les garçons commencent déjà à prendre le dessus. Toujours au cours de l’année scolaire 2010-2011, nous avons une proportion de 131,7 garçons pour 121,4 filles. Au secondaire, dans l’enseignement pédagogique, on trouve 207 951 garçons pour 154 520 filles. Même si toutes les données ne sont pas encore disponibles, les chiffres de l’Université du Burundi sont suffisamment évocateurs : 9000 étudiants pour 2265 étudiantes, pratiquement le quart.

Les filles sont néanmoins en position dominante dans l’enseignement des métiers…

Il faut savoir que le métier dont il s’agit est généralement la couture. Cette supériorité numérique profite-t-elle aux filles ? Je n’en suis pas convaincu. Les hommes sous-estiment ce métier parce qu’ils y voient pas matière à faire des gains ou profits substantiels.

Comment expliquer la faible présence des filles dans l'enseignement supérieur ?

Cela est lié au retard de la fille au moment de l’accès à l’école. Chez nous, l’école a été en premier lieu masculine. Elle a été introduite par des moines qui n’étaient pas tellement sensibles à la dimension « genre » de l’éducation. C’est aussi lié à la culture burundaise qui, malheureusement, dégrade la femme dans le langage, les pratiques et coutumes. Il y a ainsi des proverbes, des chansons dont le contenu est humiliant pour la femme. Déjà à la naissance, on est curieux de savoir si on a mis au monde un garçon ou une fille. Au niveau de la culture burundaise, le garçon jouit de plus de considération que la fille puisqu’il est l’héritier, le centre de la prolongation familiale. Cela touche la psychologie de la fille et ses possibilités d’accès à l’école en sont réduites. On donne priorité aux garçons quand les moyens sont limités. C’est également lié aux spéculations familiales. On se dit que si on scolarise la fille, la « récolte » sera profitable à la belle famille. Cela représente un frein à la fille de faire des longues études. Il y a aussi dans une moindre mesure l’effet de distance qui pousse les mamans à être prudente, à cause de fléaux comme les violences conjugales, l’exploitation sexuelle…

De plus en plus, les familles ont peur d’une éventuelle attaque sur le chemin de l’école. Il y a aussi les harcèlements sexuels qui empêchent la fille de poursuivre normalement ses études, par exemple les grossesses en cours de scolarité.
 

Quelles sont les conséquences de cet état des choses ?

Du moment où l’on observe une supériorité numérique des femmes et que, malheureusement, elles ne sont pas éduquées, le sous-développement de l’ensemble de la nation persistera. Généralement, le moyen le plus indiqué pour développer un pays, c’est l’éducation.
L’autre conséquence de taille, c’est le surpeuplement. Moins on est scolarisé, moins on adhère aux nouvelles méthodes de planning familial. Moins on est scolarisé, plus on se marie jeune. Cela entraine un cycle de pauvreté et sous-développement.

Comment sortir de cette situation ?

Il faut sensibiliser les pouvoirs publics et la population sur les causes et les conséquences. Généralement, on croit que la mission éducatrice revient à la seule école. Rien de plus faux. On apprend et on se forme de la naissance jusqu’à la mort. Il faut par ailleurs élaborer des politiques éducatives à long terme prenant en compte la dimension « genre », éviter de décourager les filles dans la vie de tous les jours, et combattre avec constance les stéréotypes,…

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