Une alternative à un système bancaire classique prohibitif pour une frange importante de la population constituée surtout des classes modestes, la microfinance jouit à l'évidence d'un réel essor dans ce pays d'Afrique centrale. Mais, derrière la vitalité affichée se cachent de lourds scandales financiers avec des procès en justice qui sont venus jeter le doute sur les acteurs auprès de l'opinion.
« Certainement, les acteurs de ce secteur ont des difficultés. Ces difficultés, l'Etat se doit de les regarder, de les traiter. Et c'est le lieu de partager ensemble l'expérience antérieure, les leçons du passé et apprendre ce qui se passe ailleurs », a esquissé sans aller plus loin dans le diagnostic le ministre des Finances, lui-même produit du système bancaire en tant qu'ancien directeur général d'Afriland First Bank, une banque privée locale.
Il admet cependant que « partant des attentes importantes relatives à l'inclusion, il est question aussi dans le système financier de veiller à ce que les populations, quel que soit leur lieu, bénéficient des services financiers classiques. Nous le savons tous, les capacités du secteur bancaire sont limitées et c' est la raison pour laquelle le développement du système financier relatif à la micro-finance s'est adjoint à ce secteur bancaire en question ».
Très répandu dans le pays, le secteur, qui a su tirer profit d' une longue tradition d'épargne financière paysanne également transformée en mode de vie par les ménages urbains et de régulation des liens sociaux, a cumulé 230 milliards de francs CFA (460 millions USD) de volume de crédits octroyés sur les 400 milliards de francs de ressources collectées en 2011. Ce qui, de l’avis d'Alamine Ousmane Mey, représente respectivement 15,6% des dépôts et des crédits réalisés par le système bancaire.
Avec quelque 15.000 emplois créés au profit des jeunes, il se réjouit que « la microfinance a déjà démontré à travers diverses expériences dans de nombreux pays qu'elle pouvait transformer la vie des millions d'individus en leur permettant de créer des emplois et d'échapper à la misère. Ce constat est aussi vrai pour le Cameroun ».
Avec le concours du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et du Fonds international pour le développement agricole (FIDA) qui soutient la mise en oeuvre du Projet d'appui au développement de la microfinance rurale (PADMIR), le pouvoir camerounais a lancé lors d'un atelier lundi à Yaoundé la formulation d'une stratégie nationale de microfinance et d’inclusion financière.
Ce processus, qui bénéficie en outre de l'assistance technique de United Nations Capital Development Fund (UNCDF), vise, affirme-t-on, à « renforcer les capacités du secteur de la microfinance afin d'assurer une offre de services financiers à un nombre croissant de micro-entrepreneurs dans le but de réduire la pauvreté et d'accroître la création d'emplois ».
Pour Steven A. Ursino, représentant-résident par intérim du PNUD au Cameroun, « en apportant (leur) contribution technique et financière au processus d'élaboration de la stratégie nationale de
finance inclusive, le PNUD et UNCDF veulent poursuivre leur participation aux réflexions, travaux et échanges qui pourraient améliorer aussi bien l'environnement que les produits de microfinance au profit des populations exclues afin d'une plus grande inclusion financière ».
Côté gouvernement camerounais, il est surtout question, a expliqué le ministre des Finances, de « faire donc de ce secteur un secteur qui est bien structuré sur le plan stratégique (..) pour qu'il soit davantage entouré de professionnalisme, qu'il soit davantage sécurisé, dans le sens que les ressources qui sont mobilisées auprès du public soient sécurisées et que les ressources qui doivent être injectées pour le financement des zones rurales puissent être disponibles ».
L'exercice de cette activité est régi, depuis 2002, par une règlementation commune à l'ensemble des six pays de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) à laquelle le Cameroun appartient avec le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine (RCA) et le Tchad.
Une classification distingue trois catégories d'établissements de microfinance (EMF). Pour la première catégorie, aucune obligation de capital ou de dotation minimum n'est exigée, mais un fonds pour le démarrage des activités. L'épargne collectée auprès des membres leur est uniquement prêtée aussi. Un minimum de 30 sociétaires ou membres est exigé pour les EMF indépendants et de 15 pour les EMF en réseau.
Les EMF de première catégorie ont aussi l'obligation de constituer un fonds de solidarité, en permanence au moins égal à 40% du capital constitué après imputation des déficits, destiné à couvrir les pertes.
Dans la deuxième catégorie, un capital minimum de 50 millions de francs CFA (100.000 USD) est exigé, l'épargne est collectée auprès des membres/actionnaires et du public, la forme juridique est obligatoirement la forme de Société Anonyme, le crédit est ouvert à tous les clients. En plus d'une réserve légale, une réserve obligatoire représentant 15% des bénéfices à affecter sans limitation de durée et de montant est exigée.
En ce qui est de la troisième catégorie, le capital minimum exigé est de 25 millions de francs CFA (50.000 USD), les EMF concernées ne collectent pas d'épargne, leurs fonds proviennent d’emprunts, des dépôts de garantie ou des fonds laissés par les actionnaires, le crédit ouvert à tous est l'activité principale.
Pour chacune des trois catégories, l'agrément est délivré par l'autorité monétaire nationale, soit le ministre en charge des Finances, tandis que la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC) en assure le contrôle et la surveillance. S'il y a une ligne de financement extérieur, le rapport entre fonds propres nets sur ligne de financement extérieur doit être égal ou supérieur à 50%.


