Massacre de Thiaroye de 1944: Ces recommandations pressantes adressées à Paris

Selon le Comité de chercheurs dirigé par l'historien sénégalais Mamadou Diouf, ce rapport "rétablit des faits sciemment cachés ou noyés".

Afriquinfos Editeur
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Cimetière de Thiaroye (AFP).
Cimetière de Thiaroye (AFP).

Le massacre par l’Armée coloniale française en 1944 à Thiaroye, au Sénégal (de tirailleurs africains qui réclamaient le paiement d’arriérés de soldes) a été « prémédité et camouflé ». Et son bilan est sans doute largement sous-estimé, dénonce un Livre blanc remis au Président sénégalais Faye et dont l’AFP a obtenu une copie en exclusivité.

Les tombes de tirailleurs sénégalais tués le 1er décembre 1944 par l'Armée française au cimetière militaire de Thiaroye à Dakar, le 26 novembre 2024.
Les tombes de tirailleurs sénégalais tués le 1er décembre 1944 par l’Armée française au cimetière militaire de Thiaroye à Dakar, le 26 novembre 2024.

Selon le Comité de chercheurs dirigé par l’historien sénégalais Mamadou Diouf, ce rapport « rétablit des faits sciemment cachés ou noyés dans des masses d’archives administratives et militaires et délivrées avec parcimonie« .

« On peut confirmer que les tirailleurs tués lors de l’intervention (du 1er décembre 1944) reposent quelque part dans le cimetière des soldats indigènes (du camp militaire) de Thiaroye ou dans le sud-ouest du camp de Thiaroye« , écrivent-ils, alors que plusieurs hypothèses sont avancées sur leurs lieux d’inhumation.

Les tombes de tirailleurs sénégalais tués le 1er décembre 1944 par l'Armée française au cimetière militaire de Thiaroye à Dakar, le 26 novembre 2024.
Le cimetière militaire de Thiaroye, à l’extérieur de Dakar, où sont enterrés des tirailleurs sénégalais tués le 1er décembre 1944 à la suite d’un conflit concernant leurs revenus avec l’Armée française, photographié le 20 novembre 2014.

Sept tombes ont été fouillées au cimetière militaire de Thiaroye par des archéologues issus du Comité de chercheurs. A l’intérieur de ces tombes ont été découverts « sept squelettes généralement bien conservés« . Les fouilles archéologiques menées par le Comité depuis mai 2025 ont permis d’exhumer dans ce cimetière ces squelettes dans « des tombes qui sont postérieures aux inhumations« , renseignent encore ces enseignants-chercheurs.

Un des squelettes est « caractérisé par une absence de crâne et sa partie gauche est dépourvue de côtes. La moitié de sa colonne vertébrale est absente » et « une balle a été localisée du côté gauche de sa poitrine« , indiquent par ailleurs les chercheurs. Sur un squelette dans une autre tombe ont été découverts « des restes de chaînes de fer au bas des tibias gauche et droit« . Des brodequins, des boutons, des anneaux, des bagues et des pattes de collet notamment ont été exhumés, selon le Rapport.

– Le « pardon » de la France réclamé –

Les chercheurs recommandent « une requête au niveau de la Cour européenne des droits de l’Homme pour entendre prononcer que le massacre de Thiaroye est une violation massive et caractérisée des droits de l’Homme envers les tirailleurs sénégalais« .

La France est en outre appelée à « exprimer officiellement sa demande de pardon aux familles, aux communautés et aux populations des pays dont sont originaires les tirailleurs« . Le Livre blanc recommande aussi « l’introduction de requêtes collectives de révision (des procès des tirailleurs dont certains avaient été jugés et condamnés pour ce massacre, NDLR) en impliquant la Société civile africaine et européenne« .

© Afriquinfos & Agence France-Presse