Niamey (© 2026 Afriquinfos)- Le déplacement de Romuald C. M. Wadagni au Niger et au Burkina Faso ce 02 juin après son séjour, la veille, de plusieurs heures à Lagos (capitale économique du Nigeria) fait sens. Au nom de plusieurs besoins et intérêts géostratégiques.
Le dirigeant béninois s’est envolé tôt dans la matinée de ce 02 juin 2026 pour «une visite d’amitié et de travail en République du Niger et au Burkina Faso», selon des indications de la Présidence du Bénin.
«Le Chef de l’État aura des entretiens avec le Président de la République du Niger, Abdourahamane Tiani, et le Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré», a davantage partagé le Protocole d’Etat béninois.
Un double déplacement qui a pour menus «les enjeux sécuritaires régionaux, les perspectives de coopération économique et commerciale ainsi que sur le renforcement des liens de solidarité, d’amitié et de fraternité entre les peuples béninois, nigérien et burkinabè».
Il s’agit là d’une suite logique d’une promesse de campagne du candidat Wadagni, en amont de la présidentielle qui l’a porté au pouvoir pour 7 ans. L’économiste Wadagni, à travers ce double déplacement, renvoie aussi, en douce, l’ascenseur aux 3 Etats de l’AES (Alliance des Etats du Sahel) ayant pris une part active à sa prestation de serment le 24 mai dernier à Cotonou.
Dans le hit-parade des applaudissements ce jour-là, le Niger (représenté par son Premier ministre Ali M. Zeine) avait recueilli les faveurs de l’applaudimètre, loin devant le Burkina Faso et le Mali.
Projections économiques et realpolitik font changer une donne ubuesque depuis 2023
Le Bénin et le Niger ont visiblement compris, depuis le 24 mai 2026, que l’un ne peut plus se passer de l’autre pour parachever leurs luttes communes contre le jihadisme sur leurs territoires respectifs, et surtout pour maximiser les performances de leurs économies. Le Niger est un immense client pour le PAC (Port autonome de Cotonou) et pour les besoins d’exportation de son or noir.
Les deux pays partagent plusieurs décennies de voisinage que les tensions diplomatiques nées de l’accession d’A. Tiani au pouvoir via un coup d’Etat (le 26 juillet 2023) et les accusations répétées de Niamey à l’encontre de Cotonou comme «base d’une projection occidentale anti pouvoir nigérien» ne peuvent pas balayer ! Sur les moyen et long termes.
Le Président Wadagni incarne désormais un pouvoir pragmatique à la différence du rigorisme dogmatique de Patrice Talon autour des auteurs de putsch en Afrique occidentale. Le Bénin, au regard de cette posture incarnée par R. Wadagni, va redémarrer ses affaires portuaires amplement avec Niamey, quelle que soit la configuration du pouvoir politique dans ce pays voisin d’ici 2029 (fin estimative de la Transition Tiani et d’I. Traore du Faso).
Les opérateurs économiques du Niger n’auront donc plus à faire de longs détours vers Lomé (Togo) ou Tema (Ghana) pour leurs besoins portuaires. Des détours qui ont renchéri depuis 2023 le coût de leurs activités. Une bonne nouvelle globalement pour les opérateurs économiques du Bénin et du Niger, au regard du grand enthousiasme qu’a suscité la visite de R. Wadagni à Niamey ce 02 juin.
Les frontières entre le Bénin et le Niger fermées officiellement depuis fin 2023 vont rouvrir à ce rythme dans les jours à venir, même si les populations riveraines de cette ligne de démarcation se sont inventées des voies et moyens pour contourner allègrement cette fermeture officielle depuis près de 3 ans.
Marié à une Burkinabè, R. Wadagni va, dans cette même dynamique, ramollir l’intransigeance de la diplomatie béninoise à l’égard du Burkina Faso. Une nouvelle donne indispensable pour rendre opérationnel «le droit de poursuites» des terroristes dans le sud-est du Faso et le nord-est du Bénin dans le cadre de la lutte régionale contre le terrorisme dans le vaste Parc Pendjari (couvrant le Niger, le Bénin, le Faso et le Togo)! L’anomie qui règne sur ces deux portions de territoires depuis plusieurs années fait le lit d’actions terroristes répétées contre les deux Etats voisins.
Et a servi de ferment à la massification d’une hubris des états-majors généraux des Armées des deux pays ces 3 dernières années. En se renvoyant constamment la responsabilité de la survivance de cette anomie.
Si le courant passe de nouveau entre Cotonou et Niamey et entre le Bénin et le Burkina Faso, la tension va indirectement baisser aussi avec le Mali, dans le cadre des liens intangibles qui unissent les pays de l’AES depuis septembre 2023, à travers la Charte du Liptako Gourma (zone des 3 frontières entre le Mali, le Faso et le Niger).
Sans débourser un trésor d’énergies diplomatiques, le jeune dirigeant de 49 ans du Bénin est donc en train d’inverser une importante donne entre Sahel et pays du Golfe de Guinée.
GGKE



