La Guinée se positionne sur l’ECO avec des arguments peu courtois à l’égard des promoteurs de cette monnaie régionale

Afriquinfos Editeur
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Mamadi Doumbouya (DR-Alwinda Info)

Conakry (© 2026 Afriquinfos)- Alors que la CEDEAO s’active pour lancer l’Eco, sa future monnaie unique prévue à l’horizon 2027, la Guinée a choisi de faire cavalier seul. La Guinée devient ainsi le premier des douze pays de la CEDEAO à annoncer officiellement qu’il n’utilisera pas l’Eco. Une décision qui relance le débat entre souveraineté nationale et intégration régionale.

Le 30 juillet 2026, le Président de la transition Guinéenne, le Général Mamadi Doumbouya a réaffirmé son attachement au franc guinéen, qu’il considère comme ‘’l’élément essentiel de la souveraineté nationale » et « le socle de la stratégie de développement économique’’ du pays. Le lendemain, le porte-parole du gouvernement, Faya François Bourouno, a précisé devant la presse à Conakry que le Chef de l’État ‘’ne compte pas mettre fin au franc guinéen’’, monnaie utilisée depuis 65 ans sur la base d’une ‘’ politique monétaire rigoureuse’’.

Pour les autorités guinéennes, le franc guinéen n’est pas seulement une devise. Il représente un symbole fort de l’indépendance nationale. Depuis sa rupture avec la zone franc au début des années 1960, la Guinée a toujours défendu l’idée qu’une nation doit maîtriser sa politique monétaire pour orienter librement son développement économique.

Un choix qui se justifié

Le Gouvernement guinéen justifie ce choix par une série d’arguments économiques et politiques :

Souveraineté monétaire : conserver le franc guinéen pour continuer à ‘’décider de son avenir économique’’, selon les termes mêmes du président Doumbouya relayés par son porte-parole.

Protection des industries locales : les analystes évoquent la crainte qu’une adhésion précoce à l’union monétaire, avant que le pays n’ait développé une capacité de production suffisante, ne finisse par étouffer son économie.

Orientation commerciale vers l’Asie : les échanges de la Guinée avec ses voisins de la CEDEAO ne représentent que 16 % de son commerce extérieur, contre 80 % avec l’Asie, la Chine en tête.

Maintien des leviers de politique monétaire : garder le contrôle des taux d’intérêt et du taux de change, plutôt que de se soumettre aux critères de convergence macroéconomique exigés par l’union monétaire.

Sur ce dernier point, l’économiste et activiste de la société civile Bella Bah résume la position de Conakry : « La Guinée n’a pas intérêt à court terme à intégrer une zone monétaire parce que d’abord, nous devons beaucoup travailler sur notre économie et notre capacité de production. Un pays qui intègre une zone monétaire doit respecter des critères de convergence, et cela risque d’asphyxier son économie s’il n’a pas une capacité de production suffisante. » Elle cite en exemple des économies riches en ressources naturelles ayant préservé leur indépendance monétaire, comme le Botswana, le Canada ou la Norvège.

Le dossier reste toutefois nuancé. Quelques jours avant cette annonce, le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, avait indiqué que la Guinée, qui vient de réintégrer la CEDEAO et de rejoindre la task-force présidentielle chargée de piloter le projet de monnaie unique, adoptait ‘’une position de principe favorable, tout en restant attentive aux paramètres propres au pays’’.

Une décision pas totalement close

La question n’est pas close pour autant. Une nouvelle réunion de la task-force ouest-africaine sur l’eco est attendue avant décembre 2026 pour trancher les principaux points en suspens, régime de change, fonctionnement de la future banque centrale, règles de prise de décision et liste des pays qui adopteront l’eco en premier. Le projet d’Eco, régulièrement reporté depuis les premières annonces des années 2000, doit en principe entrer en circulation par phases à partir de juillet 2027, en commençant par les États ayant rempli les critères de convergence macroéconomique.

Cette position de Conakry pourrait toutefois constituer un défi pour le projet d’intégration monétaire ouest-africain. Elle montre que plusieurs États restent attachés à leur souveraineté monétaire et s’interrogent encore sur les avantages réels d’une monnaie unique dans un espace économique marqué par de fortes disparités.

En choisissant le franc guinéen plutôt que l’Eco, Conakry envoie donc un message clair : l’intégration régionale est souhaitable, mais elle ne doit pas se faire au détriment des intérêts économiques nationaux. Un pari de prudence dont les résultats seront observés avec attention par l’ensemble des pays de la CEDEAO dans les mois à venir.

V.A.