Genève (© 2026Afriquinfos) – Le Haut-Commissaire aux droits humains de l’ONU alerte sur les risques de violations des droits fondamentaux liés à la nouvelle législation européenne permettant le transfert de migrants déboutés vers des centres hors UE.
Le chef des Droits humains à l’ONU a déclaré samedi regretter profondément la nouvelle législation de l’UE sur les « retours » de migrants, soulignant que les pays européens ne pouvaient transférer leurs obligations à des pays tiers.
Le Parlement européen a approuvé mercredi le règlement sur les retours de migrants déboutés du droit d’asile, une réforme de l’UE incluant la possibilité pour ses pays membres de conclure des accords pour installer des centres de rétention (« hubs de retour ») hors des frontières de l’Union.
‘’Les pays de l’UE ne peuvent pas simplement externaliser dans des pays tiers leurs obligations en termes de droits humains’’, a déclaré dans un communiqué Volker Turk, le haut-commissaire de l’ONU aux Droits humains.
‘’La détention et le retour vers des pays tiers de personnes vulnérables, y compris des enfants, sont un exercice particulièrement délicat du pouvoir étatique, et portent de hauts risques de violation des droits humains’’, a-t-il ajouté. Il a souligné qu’il devait y avoir dans ce cadre ‘’une attention particulière à la protection des droits humains et de la dignité – dans les faits et dans la loi’’.
‘’Aujourd’hui dans l’Union européenne, environ 20 % des décisions d’expulsion des étrangers en situation irrégulière aboutissent réellement à un retour, une statistique très critiquée par les partisans d’une ligne migratoire plus ferme’’.
Sous pression pour serrer la vis, la Commission européenne a donc présenté il y a un an un texte visant à augmenter le nombre d’expulsions, au grand dam des élus de gauche et des ONG de défense des droits humains.
‘’La législation internationale sur les droits humains et sur les réfugiés est très claire : personne ne devrait être renvoyé vers un endroit où il risquerait de graves violations des droits humains », a souligné M. Turk. « C’est le principe fondamental du non-refoulement. Il doit être pleinement respecté par tous les pays et territoires, en toutes circonstances’’, a-t-il ajouté.
‘’Les décisions d’expulsion doivent toujours être fondées sur des décisions individuelles et ne doivent pas prendre effet avant la conclusion des procédures d’appel », a-t-il dit. Le haut-commissaire aux Droits humains a souligné la nécessité d’une approche de la question « prenant en compte la contribution des migrants aux sociétés et économies européennes’’.
Un texte adopté le 17 juin
Le Parlement européen a approuvé, mercredi 17 juin, le règlement sur les retours des migrants déboutés du droit d’asile ; une réforme incluant la possibilité pour les pays de l’UE de nouer des accords pour installer des centres de rétention hors des frontières de l’Union.
Sous les huées de la gauche, voyant là une illustration de la convergence de la droite et de l’extrême droite dans l’hémicycle, le texte a été adopté par 418 voix pour, 218 contre, et 30 abstentions, lors d’une séance plénière à Strasbourg.
Ce texte a été conçu comme un complément du pacte sur la migration et l’asile, adopté en 2024 et entré en application en France le 12 juin 2026, pour renforcer les sanctions et le renvoi des personnes déboutées du droit d’asile. Il prévoit une série de mesures pour accélérer les expulsions, et permet aux Etats qui le souhaitent d’installer des centres en dehors de l’Europe, pour y renvoyer des personnes déboutées du droit d’asile.
La possibilité de créer ces centres de rétention à l’étranger (dit « hubs de retour »), pour y renvoyer les migrants en situation irrégulière refusés par leur pays d’origine, était soutenue par le gouvernement français. ‘’Après le conseil, le vote de ce texte au Parlement est une avancée majeure pour renforcer nos instruments de protection de nos frontières et de maîtrise de l’immigration’’, a commenté le ministre chargé de l’Europe français, Benjamin Haddad.
V.A.



