‘Forum mondial 2024 pour la souveraineté et l’innovation vaccinales’: Quels sont les actuels besoins pressants de l’Afrique?

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Paris (© 2024 Afriquinfos)- Alors qu’elle ne produit que 1% des vaccins qu’elle utilise, l’Afrique a pris conscience qu’elle doit disposer de plus de vaccins et plus vite, quitte à ce qu’elle en produise davantage sur son sol. C’est pour se pencher sur les démarches à suivre pour créer une filière des vaccins sur le continent que se tient à Paris ce 20 juin, le ‘Forum mondial 2024 pour la souveraineté et l’innovation vaccinales’.

L’enjeu de cette rencontre pour les pays africains, c’est monter une industrie pour la région très rapidement. Et il faut la levée de plus d’un milliard de dollars pour accélérer la production de vaccins en Afrique. Le principal défi initial consiste à obtenir le financement nécessaire pour investir dans le secteur.

En effet, le coût de création d’une usine pharmaceutique en Afrique est significativement plus élevé que dans certaines autres régions, estimé entre 40 et 70% de plus par l’organisation. Cela est dû notamment à des coûts plus élevés liés aux finances ainsi qu’à des infrastructures insuffisantes en termes d’électricité, d’eau et d’assainissement. Aujourd’hui, lors du forum organisé à Paris, l’objectif est de trouver un milliard de dollars afin de soutenir un petit groupe d’industriels capables d’établir des pôles régionaux et de garantir des débouchés pour ces entreprises.

Il est également crucial de protéger et de développer le marché pharmaceutique. Des exemples de pays tels que le Bangladesh et le Brésil démontrent l’importance de protéger à la fois le marché et les acteurs impliqués dans l’industrie des vaccins. En Afrique, l’un des prérequis essentiels est d’unifier un marché fragmenté en 54 pays. Pour remédier à cette fragmentation, des initiatives telles que l’engagement de Gavi à acheter une partie de la production des futurs laboratoires et l’accord de l’Union Africaine sur des achats mutualisés sont en cours.

Un autre obstacle majeur est le manque de régulation. Par exemple, l’Institut Pasteur de Dakar est le seul laboratoire africain répondant à tous les critères de l’OMS pour la production du vaccin contre la fièvre jaune, des critères intégrés aux exigences de l’alliance Gavi. Pour qu’un vaccin puisse être reconnu et exporté, il doit être validé par une agence du médicament compétente, un aspect encore peu développé sur le continent. La pandémie a accéléré la mise en place d’une agence continentale, mais il est crucial d’investir dans la formation du personnel et les transferts de technologies pour établir une filière pharmaceutique durable. Malgré les défis, le secteur présente une opportunité significative, étant donné que l’Afrique dépense annuellement 50 milliards de dollars en vaccin

Une stratégie et l’instrument d’accélérateur de production de vaccins

L’Afrique est un continent qui croit et qui a besoin de différents types de vaccins, a fait savoir Marie-Ange Saraka-Yao, directrice générale pour la mobilisation des ressources et la croissance au sein de l’alliance Gavi. Pour y parvenir, il y’a bien une stratégie pour les cinq années à venir.

Cette stratégie consiste principalement à montrer comment on peut accélérer l’accès aux vaccins sur les cinq prochaines années. Et elle se résume ainsi : vacciner plus d’enfants le plus rapidement possible. ‘’Il s’agit vraiment d’accélérer la mise à disposition de nouveaux vaccins, en particulier le vaccin contre le paludisme’’, a souligné Mme Saraka-Yao.

Selon elle, cette stratégie vise à vacciner deux fois plus d’enfants par an dans les cinq ans qui viennent, en leur donnant toutes les couvertures possibles, et elle met en place un instrument financier qui s’appelle l’accélérateur de production africaine de vaccins, pour justement toucher ce problème de la distribution mieux répartie des vaccins dans le monde.

’Et cet instrument financier va permettre d’encourager la production locale de vaccins et surtout les vaccins dont on a le plus besoin. Par exemple, sur le continent africain, j’ai parlé du paludisme mais il y a aussi le choléra où, en ce moment, il y a beaucoup d’épidémies, la fièvre jaune, Ebola par exemple. Et donc dans le cas de cette stratégie, cet accélérateur africain de production de vaccins va encourager la production locale. Et on espère aujourd’hui avoir plusieurs annonces’’, a-t-elle également affirmé.

Le président du Sénégal, le président du Ghana, le président du Rwanda, celui du Botswana ont justement fait le déplacement pour justement sceller un partenariat, donc très prometteur, qui va vraiment permettre une nouvelle façon de collaborer, en permettant d’avoir une meilleure distribution de vaccins. Eux-mêmes, évidemment, sont très preneurs de ces vaccins dans leur propre pays et cela va montrer aussi l’importance des questions de santé mondiale, a en outre déclaré l’émissaire de GAVI.

L’Afrique ambitionne de produire 800 millions de vaccins

Pour l’heure, 99% des vaccins utilisés en Afrique ne viennent pas d’Afrique. Ils viennent du monde entier. Toutefois, il y a une couverture vaccinale Un milliard d’enfants vaccinés, qui monte. Maintenant, c’est vraiment avoir ce meilleur équilibre et des vaccins aussi qui répondent plus particulièrement aux priorités régionales. Alors l’accélérateur africain de production de vaccins va permettre de répondre à l’appel de l’Union africaine qui consiste à produire  800 millions de doses de vaccin.

Cette prise de conscience du continent à disposer d’une unité de production de vaccin est née au moment de la Covid-19, notamment lorsqu’elle a découvert avec effroi qu’il sera servi après tout le monde faute de n’avoir une industrie locale et des moyens financiers suffisants pour capter les doses produites en Occident ou en Inde.

Vignikpo Akpéné