Les accusations de l’Ethiopie, qui dénonce des « incursions » récentes de l’Erythrée sur son territoire, sont « fausses et fabriquées », a répondu ce 09 février Asmara, dans un climat d’escalade verbal entre les deux voisins de la Corne de l’Afrique qui fait craindre un nouveau conflit.

Addis Abeba a sommé ce 07 février Asmara, dans une lettre du ministre des Affaires étrangères éthiopien à son homologue érythréen, de « retirer immédiatement ses troupes » de son territoire. « Les accusations manifestement fausses et fabriquées de toutes pièces portées hier contre l’Érythrée par le ministre éthiopien des Affaires étrangères sont stupéfiantes par leur ton, leur contenu, leurs motivations sous-jacentes et leur objectif global« , a rejeté sur X le ministre érythréen de l’Information, Yemane Gebremeskel.
« Elles constituent un nouvel acte déplorable dans une spirale de campagnes hostiles menées contre l’Érythrée depuis plus de deux ans« , a poursuivi M. Yemane, dénonçant une « polémique stérile« . L’Erythrée et l’Ethiopie entretiennent historiquement des relations tendues, qui n’ont cessé d’empirer ces derniers mois. Dans sa lettre de ce 07 février, Addis Abeba accusait également Asmara de « collaborer » avec des groupes rebelles qui combattent les Forces fédérales, notamment en Amhara.
Ces actes ne sont pas « de simples provocations, mais des actes d’agression pure et simple« , fustigeait Addis Abeba. Des soldats érythréens sont présents dans la région éthiopienne frontalière du Tigré (Nord) depuis la guerre qui a fait rage dans cette région entre novembre 2020 et novembre 2022, durant laquelle Asmara avait soutenu l’Armée éthiopienne contre les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).
Un accord de paix signé à Pretoria en novembre 2022, pour lequel Asmara n’a pas été convié, prévoyait le retrait des troupes étrangères au Tigré, retrait qui n’a finalement pas eu lieu. Le conflit, l’un des plus meurtriers de ces dernières années, a fait au moins 600.000 morts, selon une estimation de l’Union Africaine, des chiffres que plusieurs experts jugent sous-estimés.
Les deux voisins sont depuis la fin du conflit au Tigré à couteaux tirés. Asmara accuse l’Ethiopie, pays enclavé, de convoiter le Port érythréen d’Assab. M. Abiy martèle depuis plus de deux ans que son pays, le deuxième plus peuplé du continent (avec quelque 130 millions d’habitants), doit avoir un accès à la mer, par des moyens pacifiques.
Ancienne colonie italienne progressivement annexée par l’Ethiopie dans les années 1950, l’Erythrée a obtenu formellement son indépendance en 1993 après des décennies de lutte armée contre Addis Abeba. Une guerre pour des différents territoriaux les a aussi opposés entre 1998 et 2000.

© Afriquinfos & Agence France-Presse



