Digital Citizen 1.0 – Le Citoyen Numérique 1.0

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Tunisie

En juin dernier, la Tunisie a accueilli la Troisième Rencontre de la Freedom Online Coalition, un groupe de gouvernements engagés dans le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales (comme énoncé dans la Déclaration Universelle des droits de l'homme[en français] ) dans le monde numérique.

La conférence se tenait sous les auspices de l'Agence Tunisienne d'Internet (ATI), qui sous le régime de Ben Ali était le centre de la censure et du contrôle d'internet. L'ATI a donc ouvert ses portes au public et à #404Lab, un hackerspace pour l'innovation. Jillian York parle de cette métamorphose sur PBS MediaShift :

« L'ATI, auparavant l'appareil de surveillance et de censure en Tunisie, ambitionne de devenir le Point d’Interconnexion Internet neutre du pays, luttant ainsi contre les nombreuses tentatives durant les années passées de l'imposer en tant que censeur. L'engagement de l'ATI à l'ouverture a été rendu concret lors de la conférence quand ses portes ont étés ouvertes aux hackers pour créer #404Lab, un espace pour l'innovation. Les participants ont étés invités à voir les équipements employés depuis 2007 (et jusqu'à la chute du régime Ben Ali) pour la censure. »

La conférence  a eu lieu peu après la révélation que l'Agence de Sécurité Nationale Américaine (NSA) effectuait une surveillance de grande envergure sur les réseaux sociaux tels que Facebook et Google, faisant de la surveillance un sujet de débat animé. Par ailleurs,  une vidéo réalisée par le site  Nawaat.org et diffusée lors de la conférence a permis de diffuser une déclaration présentée lors de la dernière séance plénière de l’événement. La déclaration exhorte les gouvernements adhérant à la Freedom Online Coalition à adopter  les Principes Internationaux sur l'application des droits humains à la surveillance des communications:

« L'explosion de contenus en communication numérique et l'information sur la communication ou ”métadonnées en communication”, la diminution du coût du stockage et l'exploitation de large séries de données, ainsi que la fourniture de contenu personnel par le biais de prestataires de services tiers, fait que la surveillance étatique est désormais possible à une échelle sans précédent. Ce large éventail de renseignements brime non seulement la liberté d'expression et d'association mais menace également la confiance en l'internet en tant que plateforme sûre pour les communications personnelles. Il incombe donc aux membres de la FOC de défendre les droits fondamentaux de façon à répondre à cet environnement changeant. »

Bien que cette réunion de la FOC ait promu l'image d'une Tunisie aspirant à devenir un leader en matière de défense de la liberté d'expression en ligne, il lui reste beaucoup à faire. Juste quelques semaines avant la conférence, le blogueur Hakim Ghanmi comparaissait devant le tribunal pour avoir critiqué le directeur d'un hôpital militaire dans la ville de Sfax au Sud Est du pays[en français]. Et  deux jours avant le lancement de la conférence, le rappeur Weld15 écopait de deux ans de prison pour une chanson dans laquelle il insultait la police. Après une campagned'envergure internationale pour sa libération, le rappeur a été enfin relâché le 3 juillet et condamné à 6 mois de prison avec sursis. En Juillet également, Article 19 a publié un rapport sur les restrictions à la liberté en ligne en Tunisie.

Egypte

Fin mai, soit presqu'un mois avant le déclenchement des manifestations résultant en l'éviction du Président Mohammed Morsi, Neelie Kroes Commissaire Européen à l'Agenda Numérique s'est entretenue avec le Ministre des Télécommunications Egyptien Atef Helmy. Les deux responsables se sont notamment penchés sur la gouvernance de l'internet et ont par la suite publié une déclaration commune plaidant pour “l'ouverture, l'inclusion, la responsabilisation, l'efficacité, la cohérence et le respect des lois en vigueur”:

« Nous sommes convenus qu'il est d'une première importance de garantir que l'Internet demeure une plateforme ouverte, et de faire face à toutes les tentatives de le fragmenter en des “Intranets” nationaux  et de fonder toutes les discussions et décisions ayant trait  aux “règles du jeu” sur une approche pluripartite assurant l'ouverture, l'inclusion, la responsabilisation et la cohérence et le respect des lois en vigueur.

Dans ce contexte, nous nous sommes entendus que pour garantir une participation et une diversité plus large à ces débats, il est nécessaires de trouver des moyens “intelligents” pour développer la capacité et l'expertise dans ces questions complexes notamment parmi les parties aux ressources limitées. »

Le blog égyptien pour les Droits de l'Homme a récemment publié un rapport sur les indicateurs des TIC en Egypte. Le document comprend des données sur l'intersection de l'usage d'Internet avec l'éducation, l'âge et le genre.

L'ONG Association for Freedom of Thought and Expression – Association pour la Liberté de la Pensée et de l'Expression (AFTE) a publié un guide juridique sur la sécurité numérique à l'intention des militants pour les droits de l'homme dans le monde arabe. Le guide met l'accent sur les aspects juridiques de la sécurité numérique et présente des suggestions sur l'usage d'outils relatifs à la sécurité numérique.

A l'instar de ce qui s'est passé en Jordanie, les informations filtrées du  programme ‘Boundless Informant’ de la NSA américaine, révèlent que l'Egypte est également Egypt is parmi les premiers pays soumis à la surveillance de la dite agence américaine  avec 7.6 billion rapports sur le pays prétendument produits par le programme. The Wall Street Journal souligne que les égyptien n'auraient pas été surpris par le programme mais tout simplement “déçus.”

Le 30 juin, simultanément avec les manifestations, a eu lieu le lancement de Mada Mas, une nouvelle publication en ligne. Les créateurs du site, insistent que Mada Masr veut se concentrer sur le journalisme d'investigation et celui basé sur les données. Le 4 juillet, le site a publié un billet cinglant par Sherif Elsayed-Ali sur les efforts de surveillance déployés par NSA dans le monde. Elsayed-Ali écrit:

« L'accès à constitue une partie intégrante des droits humains en raison de l'importance de la liberté d'expression, de réunion, d'éducation et d'autres droits humains largement reconnus. Il est à présent clair que l'accès à Internet sans aucune indue ingérence doit être protégé voire être considéré comme un droit juridiquement exécutoire dans le cas où notre vie privée signifie quelque chose dans le XXIème siècle.

Il nous faut un instrument légal qui codifierait nos droits numériques et clarifie les obligations des gouvernements et les responsabilités des fournisseurs de services à l'égard de l'accès à internet. Cela est trop important pour être laissé aux caprices  d'agences non justiciables et de régimes répressifs."

Dans la foulée de la destitution de Morsi, l'armée a suspendu plusieurs médias islamistes, donnant lieu à une déclaration signée par sept organisations de défense des droits humains y compris le Cairo Institute for Human Rights Studies – CIHRS (Institut du Caire pour lesétudes dans le domaine des droits humains), l'Egyptian Initiative for Personal Rights – l'Initiative égyptienne pour les droits de l'individu (EIPR), et le Hisham Mubarak Law Centre – Centre Hisham Moubarak pour le droit. Les organisations pointent que les autorités égyptiennes ”doivent respecter les principes de la liberté des médias tels que stipulés par le droit international”.

Maroc

Le Maroc lancera bientôt ses services 4G. Selon des rapports récents, L'Agence Nationale de Règlementation des Télécommunications (ANRT)[en français] lancera un appel d'offres d'ici la fin de l'année. Il faut dire que le taux de pénétration d'internet au Maroc est modeste avec 50 % seulement.

E-Joussour, première web radio communautaire online au Maroc [en français]. Le projet a été lancé en juin. Il se veut comme un outil de défense de la liberté d'expression et émettra ses programmes en Amazigh, Arabe, et Français.

Mauritanie

En Mauritanie, où seulement 3% environ de la population a accès à Internet, une communauté de hackers est entrain d'émerger. Un article sur le quotidien libanais en langue anglaise Daily Star dresse le profil du hacker Mauritania Attacker, qui who “[cible] les sites web partout au monde au nom de l'Islam.”

Un des gagnants de cette édition du concours annuel ”Best of Blogs” organisé par la Deutsche Welle’s  est Mauritanien. Ahmed Ould Jedou, contributeur de Global Voices, s'est vu décerner le prix pour le meilleur blog en arabe par le public. Dans une interview toute récente, Jedou dit : “Bloguer pour moi représente un espace pour une résistance électronique et pour la dissémination de la culture des droits humains. C'est la victoire de l'humanité face à la tyrannie…”.

Soudan

Des recherches récentes ont décelé la présence de dispositifs Blue Coat au Soudan, probablement en violation de l'embargo américain. Les appareils qui peuvent être utilisés pour surveiller les réseaux ont également été trouvés en Iran, en Syrie et dans d'autres pays.

Le blogueur populaire Amir Ahmad Nasr (auparavant connu sous le pseudo ‘Sudanese Thinker -Penseur Soudanais’) a publié sa première oeuvre intitulée ”My Islam: How Fundamentalism Stole My Mind—and Doubt Freed My Soul – Mon Islam: Comment le Fondamentalisme a volé mon esprit et le doute a libéré mon âme”.The Wall Street Journal a par ailleurs récemment consacré un billet à Nasr.

Algérie

Un rapport de Good Governance Africa dresse l'état des lieux de la censure et du militantisme social en Algérie qui bien que le taux de pénétration d'internet soit presque de 15 %,  est rarement signalé par défenseurs des droits numériques.

Divers 

  • A Une étude récente effectuée par l'Université Northwestern au Qatar révèle que le soutien pour la liberté d'expression en ligne au Moyen Orient et en Afrique du Nord est largement répandu. Dans une analyse au rapport l'Electronic Frontier Foundation (EFF) détecte les contradictions pourtant apparentes dans les conclusions et les résultats tirés par le document.

  • Un nouveau rapport produit par Hivos et intitulé “Internet Governance: The quest for an open Internet in the Middle East and North Africa”  (”La gouvernance d'Internet: la quête d'un internet ouvert au Moyen Orient et en Afrique du Nord” [PDF]) examine l'état des lieux de la gouvernance d'internet dans six pays : l'Egypte, L'Iran, L'Irak, La Jordanie, La  Syrie, et la Tunisie.

  • Un nouveau rapport de l’UNESCO analyse l'usage des TIC dans l'éducation et ce dans cinq pays arabes. L'Egypte, La Jordanie, le Sultanat d'Oman, la Palestine (Cisjordanie uniquement) et le Qatar.

  • La 4ème édition de l’Arab Social Media Forum – Forum Arabe des Médias Sociaux,  s'est tenu à Ramallah en Palestine le 8 juin 2013.

  • Le second Forum Arabe sur la Gouvernance de l'Internet (Arab IGF) se tiendra cet automne en Alger.

 Digital Citizen vous est présenté par Global Voices Advocacy, Access, EFF, et Social Media Exchange. Le rapport de ce mois a été préparé, révisé et rédigé par Reem Al Masri, Hisham Almiraat, Nadim Kobeissi, Katherine Maher, Mohamad Najem, Mohammed Tarakiyee, et Jillian York avec le soutien rédactionnel d’Ellery Roberts Biddle.

 

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Ecrit par Digital Citizen· Traduit par Thalia Rahme