Désœuvrés, ils s’orientent dans l’escroquerie

Afriquinfos Editeur
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Plusieurs d’entre eux se sont reconvertis, il y en a qui font le taxi-vélo, d’autres sont devenus des vendeurs ambulants,…mais il y a un groupe qui s’est inventé une activité,…pas très catholique : un jeu de carte bizarre où il est question de retrouver ’’la carte qui gagne’’. Pour la retrouver et avoir la cagnotte, le maître du jeu, accroupi au coin de la rue, loin des regards indiscrets des policiers, avec probablement quelques complices, fait en clin d’œil sa magie. Il étale ses cartes, pas plus de cinq, il les met à l’envers tout en montrant à celui qui a misé une somme donnée, la carte porte-bonheur à reconnaître après un tour de passe-passe digne des prestidigitateurs pour la dissimuler.

Cela donne du tournis pour suivre toutes les manipulations effectuées rapidement et avec doigtée. Il ne faut  pas perdre de vue sa carte porte-chance car l’effort est payant : le double de la somme mis en jeu. Au premier tour, ceux qui acceptent de jouer gagnent. Il s’agit des passants qui s’arrêtent pour voir ce qui se passe. Ils sont même encouragés à jouer ou entrainés par d’autres, probablement des acolytes du maître du jeu, ils n’hésitent pas à montrer la somme ou les téléphone portables déjà gagnés.   

Ils s’installent au le croisement des routes, à la sortie des marchés  où ils espèrent rencontrer beaucoup de passants. Ils forment souvent une équipe de cinq voire huit personnes. Ils font toujours semblant de ne pas se connaître. Ils se déguisent en ’’clients’’ quand le chef du groupe manipule ses cartes en scandant  la question magique qui rythme le jeu : « Qui a vu la carte qui gagne ? » Ses complices, mélangés aux passants, se prêtent au jeu, à chaque mise, ils gagnent le double. Et les passants, moins prudents sont excités par l’appât du gain. Il s’agit souvent des domestiques et des bonnes. Ils se laissent convaincre qu’en mettant en jeu un billet 5.000 Fbu, ils vont avoir 10.000Fbu, au premier tour, c’est déjà le gros lot et le tour est joué.

Il y en a qui vident leurs poches dans l’espoir de gagner plus mais tout est récupéré par la bande. Bien sûr, à la première mise, ils  récoltent le double, ils mordent à l’hameçon. Appâtés, ils veulent continuer à avoir le double de l’argent mis en jeu mais ils finissent par perdre.

On perd en espérant tout gagner

Dans le quartier Nyabagere, de la Commune Kamenge, au nord de Bujumbura, ces bandes y sont actives. Jacques, un  domestique, n’oubliera jamais le jour où son billet de 10.000Fbu a été raflé. « Je me dirigeait vers le marché de Kamenge. J’ai vu un groupe de gens et je me suis approché. Après avoir constaté comment les autres sont en train de gagner, je me suis dit : c’est peut-être le jour de ma chance». Or, le pauvre n’avait pas constaté que ceux qui gagnaient faisaient partie de la bande. Il indique qu’il a sorti à la première mise un billet de  2.000 Fbu et il a reçu 4.000 Fbu. A la seconde, poursuit-il, c’est le même résultat.

Le jeu devient très intéressant, affirme-t-il. Et comme ma patronne m’avait laissé 10.000Fbu, j’ai tout misé. Cette fois-ci, regrette-t-il, la chance ne m’a pas souri et toute la ration de midi est partie. Et quand j’ai essayé de réclamer, précise-t-il, la bande s’est dispersée. « C’est à ce moment que j’ai réalisé que je me suis fait avoir ». Le constat est que personne ne gagne et on perd tout en espérant tout gagner.

Au cours de la démonstration, le reste de la bande procède discrètement à l’inspection des passants pour voir s’il n’y a pas parmi eux des gens pouvant découvrir leur stratagème. D’autres restent très vigilants pour ne pas se faire attraper par la police. A la moindre alerte, ils se volatilisent et s’en vont chercher un autre endroit. Les quartiers populaires comme Nyakabiga, Bwiza, Cibitoke, Kamenge, Kinama (au nord) et Musaga et Kanyosha (au sud) sont les plus touchés.