Cameroun: La mort atroce de Martinez Zogo au cœur de l’œuvre lauréate du ‘Prix RFI Théâtre 2023’

Limoges (© 2023 Afriquinfos)- Le comédien, metteur en scène, auteur de théâtre camerounais Eric Delphin Kwégoué a été sacré lauréat du Prix Théâtre RFI, édition 2023. Sur une douzaine de textes, il a été distingué par un jury, présidé par le comédien Adama Diop.

Le choix du jury a été porté sur Eric Delphin Kwégoué, grâce à son texte intitulé : ‘’À cœur ouvert’’ et la dédicace de l’auteur sur la première page n’est autre qu’ : « À Martinez Zogo ! Et à la mémoire de tous les journalistes froidement assassinés dans mon pays ».

Adama Diop a salué ‘’une pièce osée, moderne, connectée au monde d’aujourd’hui dans une forme presque cinématographique aux allures de polar. Avec une grande vitalité, le texte aborde de plein fouet la question de la corruption, le combat pour la démocratie, la liberté de la presse et le rôle des réseaux sociaux. En donnant une image moderne de l’Afrique, Éric Delphin Kwégoué invente un théâtre susceptible d’interpeller ses contemporains pour renouer avec cet art de la scène’’.

Directeur artistique du festival Compto’Art54 de Douala,  et propriétaire de la compagnie de théâtre à Douala, Koz’art, Éric Delphin Kwégoué compte à son actif une vingtaine de pièces, parmi lesquelles Lez-Zanimal, lue cet été à Avignon dans le cadre du cycle « Ça va, ça va le monde ! » organisé par RFI, et Jamais sans eux, couronnée en 2017 par le Prix des Inédits d’Afrique et d’Outremer.

Après avoir reçu le Prix Théâtre RFI le 24 septembre 2023 à Limoges lors du festival Les Francophonies-Des écritures à la scène, Éric Delphin Kwégoué verra sa pièce présentée en juillet 2024 en ouverture de « Ça va, ça va le monde ! » proposé durant le Festival d’Avignon. Le texte sera ensuite diffusé sur les antennes de RFI.

Du rap à la poésie…

Né en 1977 à Bana, un petit village dans l’ouest du Cameroun,  Delphin Kwégoué grandit entre Yaoundé et Douala. Le théâtre est encore loin. Ses premiers pas artistiques, il les fait dans le rap, au collège. « Du rap à la poésie, c’est juste un pas. J’ai donc commencé à écrire de la poésie. Et puis, un jour, mon père me dit : « Tu m’embêtes quand tu déclames les poèmes à la maison. Moi, je te propose d’aller dans un centre où tu peux aller te former aux arts dramatiques. » C’est mon père qui m’envoie à la Maison des Jeunes et des Cultures de Douala. En 2000, quand j’arrive là-bas, je me forme d’abord en tant que comédien, mais, comme j’avais déjà la plume d’un poète, très vite, j’entre dans l’écriture dramatique. »

Sa première pièce véritablement reconnue, il l’écrit en 2008, L’ombre de mon propre vampire (éditions Ifrikiya), une histoire qu’il a encore remontée l’année dernière. Et quand il se rappelle ce qui l’avait poussé à écrire cette pièce, encore aujourd’hui, ce sont d’abord les émotions et les larmes qui montent avant de laisser passer le premier mot : « En fait, c’était une forme de ras-le-bol, parce que, en 2006, j’ai failli me suicider parce que j’avais un peu mal de la vie. Et puis en 2008, grâce au yoga et grâce au théâtre qui m’a donné un peu de lumière, j’ai essayé d’écrire ce moment-là où j’ai failli m’ôter la vie. L’ombre de mon propre vampire parle justement de ce ras-le-bol de moi, de tout ce que je ne veux pas, de tout ce qui m’emmerde, de tout ce chaos, de la famille qui ne me laisse pas respirer, des choses qui n’avancent pas, de mon art qui n’avance pas du tout… Dans ce long monologue, j’ai essayé de cracher ma bile, de tout déverser, de dire que j’avais assez du monde. », Confie-t-il sur Rfi

En 2014, en résidence à l’université de Tours, Eric Delphin Kwégoué rencontre à la Grande Bibliothèque le théâtre documentaire. ‘’J’ai lu beaucoup de livres sur le théâtre documentaire. Pour moi, c’était un choc, parce que, avant, j’écrivais un théâtre qui était dans la fiction. Et quand je rencontre le théâtre documentaire, finalement, j’ai décidé d’écrire tous mes livres, toutes mes pièces, vraiment toujours de façon documentée. C’est comme ça qu’est né À cœur ouvert.’’

Depuis, il a écrit une vingtaine de pièces évoquant aussi bien la corruption politique, l’homosexualité criminalisée ou la condition féminine au Cameroun, dont Taxiwoman (éditions Lansman), qui a reçu le prix Esther de littérature théâtrale en 2020 et le prix Jacques Scherer en 2021, sans oublier Igonshua (éditions Lansman), l’histoire d’un deuil impossible et lauréat de l’Inédit Afrique et Outremer en 2017. En juillet dernier, son œuvre LeZ-Zanimal, une fable contemporaine sur le retour au Cameroun d’un architecte très ambitieux dans un monde devenu fou, a été sélectionnée pour le prestigieux cycle de lectures Ça va, ça va le monde !

V.A.

 

 

 

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