Cotonou, Niamey et Abuja en mode realpolitik autour de leurs frontières douanières

Afriquinfos Editeur
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Frontière Tsamiya-Kamba, dans l’État de Kebbi. (Photo, DR)

Kebbi (© 2026 Afriquinfos)-  Les autorités douanières du Nigeria et du Niger ont officiellement acté ce lundi 09 février, la réouverture du corridor frontalier Tsamiya-Kamba, dans l’État de Kebbi.  Cette mesure, annoncée le 7 février 2026 par le contrôleur général des douanes nigérianes, Bashir Adewale Adeniyi, lors d’une réunion avec les parties prenantes à Birnin Kebbi, vise à fluidifier les échanges commerciaux transfrontaliers tout en maintenant des protocoles de sécurité stricts.

Ce poste frontalier était fermé depuis plusieurs mois, bloquant plus de 1600 camions chargés de marchandises en direction de Niamey. Sa réouverture marque un tournant majeur pour le commerce régional en Afrique de l’Ouest. Cela offre un répit aux transporteurs, aux opérateurs économiques et aux populations affectées par les ruptures d’approvisionnement.

Par cette mesure, les autorités nigérianes entendaient mettre fin à la contrebande qui s’y pratiquait. Selon le directeur des douanes nigérianes, Bashir Adewale Adeniyi, la décision de rouvrir ce point de passage entre les deux pays, émane directement du président Bola Ahmed Tinubu pour permettre le transit des marchandises destinées au Niger via le port de Cotonou au Bénin.

« Le président Tinubu nous a donné pour mandat d’autoriser le transit des camions vers le Niger via le Bénin et l’État de Kebbi, » a indiqué M. Adewale-Adeniyi.

Vers une reprise du dialogue Abuja-Niamey-Cotonou ?

Cette décision symbolise une reprise du dialogue économique et douanier entre le Nigeria, le Niger et le Bénin. Elle traduit également la volonté des autorités de fluidifier le commerce régional. Par ailleurs, elle renforce la sécurité des échanges transfrontaliers.

Pendant plusieurs mois, plus de 1 600 camions chargés de marchandises destinées au Niger sont restés immobilisés au poste frontalier de Kamba, côté béninois. Cette situation a provoqué des pertes financières importantes pour les transporteurs. Elle a aussi entraîné des retards majeurs dans l’approvisionnement du marché nigérien.

Avec la réouverture officielle du corridor Tsamiya-Kamba, ces camions peuvent désormais franchir la frontière et poursuivre leur itinéraire. Pour de nombreux chauffeurs, il s’agit de la fin d’un calvaire prolongé.

Depuis la fermeture de la frontière directe entre le Niger et le Bénin, le corridor passant par le Nigeria s’est imposé comme l’option la moins coûteuse. Il est aussi devenu la plus viable pour l’importation de marchandises. Ce tracé relie notamment Sèbgana au Bénin, Tsamiya au Nigeria et Kamba à la frontière nigérienne.

Grâce à cette route, le Niger peut continuer à s’approvisionner depuis les ports de la côte ouest-africaine. En particulier, le port de Cotonou reste un point stratégique. Ainsi, la reprise du trafic sur ce corridor constitue un levier essentiel pour la sécurité alimentaire et l’activité économique du pays.

’Les opérateurs économiques qui enfreindraient la réglementation en matière de transit s’exposeraient à de lourdes sanctions. Le non-respect de ces règles créerait des obstacles non tarifaires et nuirait à la confiance entre les nations’’ a averti Bashir Adewale Adeniyi.

Certains opérateurs économiques sont accusés de déverser des marchandises déclarées comme en transit, sur le marché nigérian sans les dédouaner. Les autorités nigérianes dénoncent aussi le fait que plusieurs camions venant du port de Cotonou en direction du Niger, traversent le territoire sans s’acquitter des taxes liées au transit.

C’est pour ces raisons que le Nigeria avait fermé, il y a quelques mois, ce corridor, bloquant ainsi, plus de 1600 camions à la frontière de Kamba. Ces camions ont repris leur trajet vers Niamey depuis la réouverture de la frontière.

Le corridor Tsamiya-Kamba permet de contourner la fermeture de la frontière entre le Niger et le Bénin. Depuis le coup d’Etat de juillet 2023 contre le président Mohamed Bazoum, la frontière est fermée entre les deux pays qui entretiennent, depuis ce temps, des relations diplomatiques tendues.

Niamey qui accuse Cotonou d’abriter une base militaire française dont l’objectif est de déstabiliser le pouvoir du général Abdourahame Tiani, refuse de rouvrir sa frontière avec Cotonou.

Avant cette crise entre les deux pays, le Niger importait l’essentiel de ses marchandises par le port de Cotonou.

Avec cette situation, de nombreux opérateurs économiques nigériens se sont tournés vers le port de Lomé au Togo et font transiter leurs marchandises par le Burkina Faso.

Toutefois, ils se plaignent souvent de la distance, des coûts qui reviennent plus chers et des risques sécuritaires sur le trajet burkinabé.

En août 2025, un convoi de marchandises en route pour le Niger a été attaqué par des terroristes au Burkina Faso. Des dizaines de personnes ont été tuées parmi les chauffeurs et les militaires qui sécurisaient le convoi.

V.A.