Kinshasa (© 2026 Afriquinfos)- La Confédération marocaine des exportateurs (ASMEX), qui fédère plus de 600 entreprises, a mené une mission de prospection à Kinshasa du 15 au 17 décembre 2025 pour dynamiser les échanges économiques entre la RDC et le Maroc. Un objectif stratégique, alors que le commerce bilatéral demeure faible et volatil, oscillant entre 37 et 60 millions de dollars ces dernières années. Dans une interview accordée à ‘Agence Ecofin’, Kawtar Raji (Secrétaire Générale de l’ASMEX), détaille les priorités de cette démarche. Cofondatrice du cabinet ‘Gauvin & Raji’ présent en RDC depuis 2023, l’avocate marocaine revient également sur les conditions nécessaires pour transformer l’ambition Sud-Sud en projets concrets et durables.
La mission conduite au nom de la Confédération marocaine des exportateurs (ASMEX), s’inscrit d’abord dans le cadre du protocole d’accord que signé avec l’Agence nationale pour la promotion des investissements de la RDC (ANAPI) en juillet 2023. Ce protocole établit un cadre de coopération destiné à favoriser les échanges entre opérateurs économiques marocains et congolais, notamment à travers l’identification d’opportunités d’affaires, l’accompagnement des entreprises et l’organisation de rencontres économiques. Elle s’inscrit également dans la volonté du Maroc de renforcer la coopération Sud-Sud, conformément aux hautes orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Enfin, c’est une façon de ramener nos échanges économiques à la hauteur de l’histoire d’amitié entre le Maroc et la RDC, a souligné Mme Kawtar Raji.
‘’Nous avons tenu à organiser cette mission dans un calendrier un peu contraint — à la veille de la Coupe d’Afrique des Nations de Football — parce que nous voulions envoyer un signal clair aux milieux économiques des deux pays : celui d’une volonté partagée d’aller de l’avant ensemble, de renforcer la présence des opérateurs marocains en RDC et d’accueillir, réciproquement, les opérateurs congolais chez nous. Cette volonté a pu se traduire concrètement grâce à la forte mobilisation de l’ANAPI et l’excellent accompagnement de ses équipes sur l’ensemble des aspects : planification, mise en relation avec les autorités et partenaires économiques, logistique, etc’’, a-t-elle déclaré.
Dans cette logique, cette mission marque le début de la mise en œuvre de notre partenariat avec l’ANAPI. D’autres missions suivront, avec l’objectif d’organiser quelque chose de plus ambitieux, comme un forum économique en 2026.
‘’Nous avons ciblé des secteurs présentant un réel intérêt pour la RDC et pour lesquels des membres de l’ASMEX ont exprimé une volonté d’explorer le marché congolais. Nous travaillons avec l’ANAPI à l’identification d’autres secteurs stratégiques en plus des infrastructures et du BTP, qui seront représentés dans les prochaines missions’’, a-t-elle précisé.
D’après la secrétaire d’ASMEX, à l’issue de cette première mission, plusieurs indicateurs permettent d’apprécier les premiers résultats de cette mission. D’abord, l’expression d’un appui institutionnel clair: nous avons eu le privilège d’être reçus par deux ministres — le ministre du Commerce extérieur, son excellence, monsieur Julien Paluku Kahongya et le ministre du Plan, son excellence monsieur Guylain Nyembo Mbwizya — qui ont exprimé, du côté congolais, la volonté d’accompagner les initiatives économiques et de travailler à la fluidification des échanges entre nos deux pays. Pour les opérateurs marocains, c’est un message important en ce qu’il rassure sur l’existence d’un environnement institutionnel attentif et ouvert au dialogue.
Deuxième indicateur : la forte mobilisation et la réussite de la journée B2B. Il y a eu une forte présence d’opérateurs économiques, venus à la rencontre de nos exportateurs et qui ont manifesté un intérêt. J’ose croire qu’après ces échanges, il y aura des résultats concrets.
‘’Il y a la dynamique engagée avec l’ANAPI, que nous voulons poursuivre et renforcer non seulement à travers des missions B2B sectorielles mais également à travers l’identification d’un pipeline de projets d’investissement et de co-investissement en RDC sur lesquels, en tant qu’ASMEX, nous pourrons mobiliser des investisseurs marocains. L’Agence congolaise des grands travaux (ACGT) nous a, par ailleurs, présenté des opportunités intéressantes, notamment en matière d’infrastructures’’, a poursuivi Mme Rajii.
Contribuer à la construction d’un partenariat solide et durable entre deux le Maroc et la RDC
Le secteur privé marocain cherche des opportunités de long terme, durables et mutuellement bénéfiques. Les orientations de Sa Majesté sont claires : construire des partenariats gagnant-gagnant à l’échelle africaine.
Parmi les exportateurs présents dans notre mission, certains travaillent déjà avec la RDC et exportent sur ce marché : ils sont dans une logique de consolidation et de renforcement de leurs parts. La plupart, en revanche, découvrait le marché pour la première fois, avec l’objectif de nouer des relations d’affaires. La question de l’adéquation de nos produits au pouvoir d’achat pourra donc être appréciée ultérieurement.
Le secteur privé marocain cherche des opportunités de long terme, durables et mutuellement bénéfiques. Les orientations de Sa Majesté sont claires : construire des partenariats gagnant-gagnant à l’échelle africaine.
Il est aujourd’hui largement admis que les échanges intra-africains demeurent limités, aux alentours de 15%, alors même que dans d’autres régions du monde comme l’Europe ou l’Asie, l’essentiel des échanges commerciaux se fait à l’intérieur même du continent. L’enjeux pour les opérateurs économiques africains est de tirer parti de ce potentiel inexploité notamment en se positionnant comme partenaires commerciaux et industriels de confiance.
‘’Je pense que la RDC et le Maroc peuvent par l’histoire, la géostratégie et le poids économique jouer un rôle moteur au service d’une intégration économique africaine plus aboutie. C’est précisément l’esprit dans lequel s’inscrit la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf)’’,a-t-elle en outre affirmé.
Les échanges commerciaux entre la RDC et le Maroc s’inscrivent dans le cadre de l’accord portant création de la ZLECAF signé en 2018 dès lors que les deux pays ont ratifié ledit accord et ont adopté leurs listes réciproques de concessions tarifaires. L’idée est de voir comment les exportateurs marocains et congolais peuvent bénéficier de ces listes, en tenant compte des règles d’origine et des calendriers de démantèlement.
‘’Quelques jours avant notre venue en RDC, un forum d’affaires sur la ZLECAf s’est tenu au Maroc, en présence de plusieurs ministres africains dont le ministre congolais du Commerce extérieur. Les échanges ont confirmé une volonté commune d’accélérer l’intégration régionale dans le cadre de la ZLECAf. Cela étant, nous ne pouvons pas attendre que la ZLECAf soit pleinement opérationnelle pour développer les échanges. La possibilité de signer un accord commercial bilatéral a été évoquée avec le ministre congolais du Commerce extérieur. Ce serait un bon signal : un cadre bilatéral spécifique pourrait apporter des réponses plus rapides et plus lisibles aux opérateurs économiques’’.
Si malgré la signature de l’accord avec l’ANAPI, les choses prennent du temps à se concrétiser, c’est parce qu’il existe malheureusement une perception parfois biaisée de la réalité en RDC, avec une confusion liée à ce qui se passe à l’Est du pays. Cela nous oblige à rassurer et à expliquer que le conflit est circonscrit à une partie du territoire, tandis que le reste du pays vit normalement.
Par ailleurs, l’absence d’accords bilatéraux — non double imposition, protection des investissements, etc. — n’aide pas non plus. Ces accords contribueraient à renforcer la sécurité juridique des investissements, en complétant le cadre offert par le droit congolais notamment le Code des investissements, et en envoyant un signal de confiance supplémentaire aux investisseurs. Je suis convaincue que, dès qu’ils seront en place, les flux d’affaires augmenteront. L’ASMEX n’a pas attendu la conclusion de ces accords pour agir. Nous sommes présents pour démontrer aux investisseurs et exportateurs marocains qu’il existe de réelles opportunités en RDC, et que ce marché mérite d’être appréhendé dans une logique stratégique de long terme.
La conclusion de ces accords nécessite la réunion d’une commission mixte bilatérale Maroc-RDC chargée d’en finaliser les termes. Selon les informations dont nous disposons, la commission devrait se réunir prochainement et permettre l’aboutissement d’un ensemble conséquent d’accords bilatéraux, préalablement à leur signature par les deux chefs d’État.
La RDC dispose d’un potentiel agricole considérable, notamment en terres arables. En combinant ce potentiel avec le savoir-faire marocain, les intrants et les capacités d’investissements, nous pouvons développer des projets structurants au service de l’autosuffisance alimentaire et de l’approvisionnement des marchés régionaux.
Mon premier conseil est d’identifier un partenaire local de confiance. Même s’il n’y a pas d’obligation générale de s’associer à un partenaire local — hormis dans certains domaines comme la sous-traitance —la connaissance du terrain, des usages et des dynamiques locales est déterminante pour réussir une implantation locale.
Au-delà des opportunités dans le secteur Mme Kawtar Raji lorgne le secteur des infrastructures et BTP, avec des projets d’envergure, dont l’extension de Kinshasa. Des entreprises marocaines disposent d’un savoir-faire reconnu dans ces domaines et peuvent légitimement se positionner aux côtés des acteurs chinois et turcs.
Le secteur de l’énergie est également stratégique. Le Maroc, engagé de longue date dans la transition énergétique, dispose d’une expertise solide en énergies renouvelables. Cette expertise peut être mobilisée pour accompagner la RDC.
Les secteurs médical et pharmaceutique offrent eux aussi un potentiel important. Il s’agit à la fois de renforcer l’accès aux soins, de développer des capacités locales de production ou de distribution de médicaments et d’améliorer les infrastructures hospitalières.
Par ailleurs, le Maroc a une expérience importante en banque-finance sur le continent. Bank of Africa est déjà présente en RDC, mais d’autres institutions pourraient venir renforcer l’écosystème financier du pays.
Enfin, selon Mme Raji, le Maroc dispose de champions industriels et d’un positionnement stratégique au carrefour de l’Europe, l’Afrique, et l’Amérique, ainsi que d’un réseau d’accords de libre-échange attractif. L’idée est de développer des joint-ventures maroco-congolaises, mais aussi d’attirer des investisseurs internationaux qui pourront s’implanter d’abord au Maroc, puis en RDC.
Afriquinfos



