Ce matin, comme toujours, Ernest est assis devant son commerce dans le quartier de Kibenga, au sud de la capitale. Il attend les premiers clients. Survint une jeune fille, qui tend nonchalamment son sac : « Pour 500 francs », lâche-t-elle. Sans un mot, le vendeur se penche, remplit son sac de charbon de fois (makara, en kirundi), empoche l’argent. La cliente repart, en maugréant : « Une aussi petite quantité pour 500 francs ! Incroyable ! »
Autre endroit, le même jour, dans un quartier nord. Même constat. Léocadie, une veuve, se plaint du prix de la cherté du charbon de bois : « Que voulez-vous que nous fassions ? », dit-elle en montrant du doigt sa maison où s’agglutinent une dizaine de personnes. « Il y a sept ans, un bon sac coûtait 8000 Fbu (près de 6$), poursuit-elle. Trois ans plus tard, il est passé à 15 000 Fbu. Aujourd’hui, il faut pratiquement débourser 25 000 Fbu ». Que faire ? Impossible de se passer de la précieuse matière combustible. Sans charbon, surtout en ville, pas de cuisine…
Alors, pour éviter d’avoir à payer le prix fort, Léocadie se débrouille. A l’occasion, elle recourt à la générosité de parents ou d’amis établis à l'intérieur du pays et se fait ramener un sac de charbon. Les frais de transport représentant jusqu'au quart du prix de revient, elle gagne au change. Ceux qui n'ont pas de relations doivent attendre sagement l’approvisionnement des villes par les grossistes, dont les prix sont compétitifs.
Ces derniers ont néanmoins de plus en plus de difficultés, notamment à cause des campagnes récurrentes de protection de l’environnement. Joseph Nibigira, un des transporteurs, note que « sur les collines, on ne coupe plus le bois aussi librement que par le passé. La législation a changé depuis une dizaine d'années. Et nous devons payer à l'entrée de la capitale une taxe de 1000 Fbu par sac prélevée par la Direction des eaux et forêts et la mairie. »



