Mutations structurelles en douce conduites par la BCEAO que tous les citoyens de l’UEMOA doivent connaître 

Dans son Rapport annuel 2025, présenté mercredi 22 juillet à Dakar par le Gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, l’Institut d’émission a mis en avant les premiers résultats de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI),

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Mutations structurelles en douce conduites par la BCEAO que tous les citoyens de l'UEMOA doivent connaître
Jean Claude Kassi Brou présentant le Rapport Annuel 2025 de la BCEAO (DR).

Dakar (© 2026 Afriquinfos)- La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) poursuit une kyrielle d’innovations en son sein. De la modernisation des infrastructures de paiement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), avec le système PI-SPI (qui compte désormais 74 institutions financières) passant par les efforts pour inclusion financière, la Banque assure que les économies de l’Union ont fait preuve d’une résilience remarquable.

Dans son Rapport annuel 2025, présenté mercredi 22 juillet à Dakar par le Gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, l’Institut d’émission a mis en avant les premiers résultats de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI), qui comptait 74 institutions financières connectées au 31 décembre 2025.

Mise en service en 2025, cette plateforme vise à lever les principaux obstacles au développement des paiements numériques dans l’Union. Jusqu’alors, les transactions électroniques étaient freinées par la fragmentation des systèmes de paiement, le manque d’interopérabilité entre les différents prestataires et des coûts de transfert souvent jugés élevés.

Avec PI-SPI, les clients des banques, des établissements de monnaie électronique et des institutions de microfinance peuvent désormais effectuer des transferts d’argent instantanés entre établissements différents, à tout moment, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

La plateforme repose sur plusieurs innovations destinées à simplifier les paiements tout en renforçant leur sécurité. Elle permet notamment l’utilisation d’un Alias, comme un numéro de téléphone mobile, pour envoyer ou recevoir des fonds sans avoir à renseigner des coordonnées bancaires complexes. Les transactions validées sont irrévocables et les échanges s’appuient sur la norme internationale ISO 20022, reconnue pour améliorer la sécurité, la traçabilité et l’interopérabilité des systèmes de paiement.

À la fin de l’exercice 2025, 74 établissements avaient rejoint la plateforme, dont 58 banques, 7 établissements de monnaie électronique et 9 institutions de microfinance, illustrant l’adhésion progressive des acteurs financiers à cette nouvelle infrastructure régionale.

Pour la BCEAO, PI-SPI constitue un levier stratégique pour accélérer l’inclusion financière et soutenir la transformation numérique des économies de l’UEMOA. En favorisant des paiements rapides, sécurisés et interopérables, la plateforme devrait contribuer à réduire l’utilisation des espèces, fluidifier les échanges commerciaux et améliorer l’accès des populations aux services financiers.

La Banque centrale entend désormais accélérer le déploiement de cette infrastructure en poursuivant ses actions de sensibilisation auprès des établissements financiers, des commerçants et du grand public.

Par ailleurs, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest  entend désormais faire de la stabilité des prix un levier de croissance durable et de modernisation du système financier régional.

Jean-Claude Kassi Brou a en ce sens mis en avant une stratégie de modernisation de l’institution reposant sur trois piliers : préserver la stabilité monétaire, renforcer la solidité du secteur bancaire et accélérer l’inclusion financière grâce à l’innovation.

Une économie résiliente dans l’UEMOA

Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, la fragmentation du commerce mondial, la volatilité des marchés financiers ainsi que les défis sécuritaires et climatiques auxquels reste confrontée l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le gouverneur a estimé que l’institution avait franchi « une étape décisive » en 2025. Selon lui, les économies de l’Union ont fait preuve d’une résilience remarquable, soutenue par le renforcement des fondamentaux macroéconomiques.

Cette dynamique s’est traduite par une croissance économique de 6,7 % en 2025, contre 6,2 % un an plus tôt. Dans le même temps, l’inflation moyenne est restée limitée à 3,5 %, poursuivant son recul après le pic de 8,8 % enregistré en août 2022. La BCEAO souligne également l’amélioration des comptes extérieurs de l’Union, favorisée par la progression des exportations de matières premières, de l’or et des hydrocarbures, qui a contribué au renforcement de la stabilité macroéconomique.

Après avoir relevé progressivement son principal taux directeur de 2 % à 3,5 % entre 2022 et 2024 afin de contenir les pressions inflationnistes, la Banque centrale a amorcé un assouplissement de sa politique monétaire. Le reflux durable de l’inflation lui a permis d’abaisser ce taux à 3,25 % à compter du 6 février 2025.

Cette décision vise à soutenir davantage l’investissement privé et l’activité économique. Selon la BCEAO, les crédits accordés au secteur privé ont progressé d’environ 6 %, traduisant une amélioration des conditions de financement tout en maintenant l’objectif prioritaire de stabilité des prix.

La consolidation de la stabilité financière constitue le deuxième axe majeur de la stratégie de la Banque centrale. Parmi les principales réformes engagées figure le relèvement du capital social minimum des banques, passé de 10 à 20 milliards de FCFA, afin d’accroître leur capacité de financement de l’économie et leur résilience face aux risques.

La BCEAO a également poursuivi la modernisation du cadre réglementaire applicable aux établissements de crédit et aux systèmes financiers décentralisés. Parallèlement, elle a intensifié les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive, tandis que la Commission bancaire de l’UEMOA a renforcé ses missions de supervision prudentielle.

L’innovation au cœur de l’inclusion financière

La Banque centrale entend également accélérer la transformation numérique des services financiers. À cette fin, elle a adopté la Stratégie régionale d’inclusion financière 2025-2030, qui ambitionne de porter à 90 % le taux d’accès des populations aux services financiers dans l’ensemble de l’Union.

Pour accompagner cette évolution, la BCEAO a créé un laboratoire d’innovation financière chargé d’expérimenter de nouveaux services numériques. Elle a aussi mis en service un système régional de paiement instantané interopérable, permettant des transferts en temps réel entre banques, établissements financiers et opérateurs de paiement, avec des coûts réduits et une meilleure accessibilité pour les usagers.

Au-delà de ses missions traditionnelles, la BCEAO poursuit sa propre transformation institutionnelle. Le gouverneur a évoqué l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans certaines activités de la Banque, la modernisation de son réseau d’agences ainsi que le renforcement de ses infrastructures numériques afin d’améliorer la qualité des services rendus aux États, aux institutions financières et aux populations.

À travers cette feuille de route, la Banque centrale affiche une ambition claire : transformer les acquis obtenus dans la lutte contre l’inflation en un moteur durable de croissance, d’investissement et de développement du secteur financier. L’objectif est de consolider la confiance dans le franc CFA, de renforcer la résilience des économies de l’UEMOA et d’accompagner la transformation économique de l’Union dans un contexte mondial toujours incertain.

Dans son rapport, la BCEAO a mis en avant une croissance économique de 6,3 % dans l’UEMOA, l’une des plus élevées du continent, ainsi qu’une inflation ramenée à 2,3 %, dans la fourchette cible de la Banque centrale. Selon la BCEAO, cette performance a été soutenue par la bonne tenue des secteurs agricole, extractif et des services, dans un contexte international pourtant marqué par les tensions géopolitiques, les incertitudes sur les marchés mondiaux et le ralentissement de l’économie mondiale.

Le reflux de l’inflation, après les fortes tensions observées ces dernières années, s’explique principalement par la baisse des prix des produits alimentaires et de l’énergie, ainsi que par les effets de la politique monétaire menée par la Banque centrale pour préserver la stabilité des prix.

Le rapport souligne également la solidité du secteur bancaire de l’UEMOA. Les établissements de crédit ont maintenu des niveaux de fonds propres et de liquidité conformes aux exigences prudentielles, tandis que l’activité bancaire a poursuivi sa progression.

À travers ce rapport annuel 2025, la BCEAO estime que l’Union a consolidé ses fondamentaux macroéconomiques tout en poursuivant les réformes destinées à renforcer la stabilité financière, l’inclusion financière et la transformation numérique des systèmes de paiement, encourager une adoption à grande échelle dans l’ensemble des huit États membres de l’Union.

La Banque a mis également en avant le renforcement de la solidité du secteur financier régional. Les banques et établissements financiers de l’Union ont poursuivi leur adaptation aux nouveaux risques, tandis que la Banque centrale a renforcé ses mécanismes de surveillance afin de préserver la confiance dans le système financier.

Présentant les perspectives, la BCEAO estime que l’UEMOA dispose désormais de bases solides pour poursuivre son développement, tout en appelant à maintenir les efforts de discipline budgétaire, de diversification économique et de renforcement de la résilience face aux nouveaux chocs externes.

Avec ce rapport 2025, la Banque centrale veut ainsi montrer que la stabilité monétaire constitue un levier essentiel pour accompagner la transformation économique de l’Afrique de l’Ouest.

V.A.