Grand vainqueur déjà de la récente élection présidentielle tenue en octobre 2011 avec un résultat sans appel de 77,98% des voix pour son candidat, en la personne du chef de l'Etat, au pouvoir depuis 1982, le RDPC obtient 148 sièges de députés à la nouvelle Assemblée nationale, soit une perte de 5 places sur son score antérieur d'il y a cinq ans qui profite cependant peu à l'opposition qui, en ce qui la concerne, se contente de contenir son érosion.
Ainsi, première force d'opposition, le Social Democratic Front (SDF) de Ni John Fru Ndi, celui-là même qui manqua de peu d'évincer Paul Biya en 1992, effectue une légère remontée avec deux sièges gagnés sur les 16 précédents, tandis que l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) perd pour sa part un siège pour s'en retrouver avec 5 et l'Union démocratique du Cameroun (UDC) s'est employée à protéger les quatre occupés lors de la législature écoulée.
Absent de l'Assemblée nationale au cours des cinq dernières années, le Mouvement pour la défense de la République (MDR) signe son come-back avec un siège, le même score enregistré par le nouveau venu du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) créé il y a seulement un an, ce qui fait de cette formation une des attractions majeures du scrutin législatif du 30 septembre qui avait été couplé avec des élections municipales. C'est un constat valable aussi pour l'Union des populations du Cameroun ( UPC), vieille formation politique qui joua un rôle capital dans la lutte de l'indépendance du Cameroun face au colonisateur français et qui souffrit d'une interdiction sous le régime d'Ahmadou Ahidjo, prédécesseur de Paul Biya, avant sa réhabilitation à la faveur du retour au multipartisme décidé en 1990.
REAPPARITION DE L'UPC
Pour sa réapparition à l'Assemblée nationale, l'UPC ravit au RDPC trois sièges de députés dans son fief naturel du département du Nyong-et-Kellé, dans la région du Centre à laquelle la capitale Yaoundé appartient. Une victoire symbolique que les dirigeants du « parti des crabes » (son sigle) saluent plutôt comme une revanche du peuple camerounais sur son absence au Sénat mis en place comme Chambre haute du Parlement en avril.
« Il y a une satisfaction de voir que le peuple camerounais dans son ensemble a regretté l'absence de l'UPC au Sénat et ceci a créé un sursaut d'orgueil dans le fief naturel du parti, d'où ce grand retour de l'UPC, notamment dans les mairies et à l'Assemblée nationale. C'est donc un sentiment de joie et de fierté de constater le peuple camerounais n'oublie le rôle historique de l'UPC pour la libération de notre pays », a commenté à Xinhua Dr. Robert Bapooh Lipot, député élu de ce parti.
« Lorsqu'on voit que c'est la jeunesse qui a été à l'avant- garde pour marquer le retour de l'UPC à l'Assemblée nationale, il y a lieu de constater que la relève est assurée et que l'UPC demeure un parti d'avenir », a poursuivi celui-ci.
Contre cinq dans la précédente dont le petit poucet, le Mouvement progressiste (MP, un élu), a été éjecté, sept formations composeront la nouvelle Assemblée nationale, selon les résultats officiels des législatives proclamés jeudi à Yaoundé par la Cour suprême agissant comme Conseil constitutionnel, qui avait auparavant rejeté dans leur totalité les 42 requêtes en annulation du scrutin pour fraudes et autres irrégularités soumis à son examen par presque tous les partis en compétition, y compris par le RDPC.
L'arrivée de trois nouvelles figures représentées par l'UPC, le MDR et le MRC ne modifie pas la hiérarchie imposée par le passé par le RDPC, suivi du SDF, de l'UNDP et de l'UDC. Cette configuration est cependant contestée par l'opposition qui accuse le pouvoir de Yaoundé de confiscation du jeu électoral et de la démocratie.
Par exemple, par la voix de l'universitaire Alain Fogué, un de ses dirigeants, le MRC soutient que « tout le monde a vu qu'on nous a pillés littéralement, dans le Mfoundi, dans les Hauts- Plateaux. Ceux qui gouvernent ont donné l'impression qu'ils ne voulaient pas voir le MRC sur le terrain de la compétition. Parce que la grande mobilisation qu'on a observée avec le MRC à travers les circonscriptions en compétition ne s'est pas traduite par des sièges. Les suffrages des électeurs ont été détournés ».
« Nous sommes satisfaits de l'accueil qui a été réservé par les Camerounais à notre offre politique », se félicite toutefois ce responsable politique pour qui par ailleurs « ce qui est certain, c'est qu'on ne pourra plus faire sans le MRC. Ce qui est certain aussi, c'est que le MRC ne pourra plus accepter qu'on lui vole ses suffrages ».
« Face à la barbarie électorale qui s'exprime par des fraudes massives, promet en outre Fogué, nous opposerons une résistance républicaine et citoyenne acharnée ».
RETOUR A LA CONFIGURATION DE 1990
Pour le sociologue politique Claude Abé cependant, le processus électoral des législatives et des municipales du 30 septembre où le RDPC l'emporte également avec 305 communes sur 360 entièrement et partiellement placées sous son contrôle, s'achève sur une impression qu'« on est rentré dans la configuration des forces politiques qu'on a eue au moment de l'ouverture du multipartisme au Cameroun, à l'exception qu'on voit émerger un parti comme le MRC ».
De l'avis de cet observateur, si « on ne peut pas dire le RDPC ait véritablement assis sa suprématie, parce que le caractère local de l'élection aura beaucoup joué », force est de reconnaître que l'opposition brille par une incurie en termes de préparation. Elle ne prépare par vraiment les consultations électorales avec des offres politiques et une campagne se faisant dans le temps. C'est à partir du moment où le corps électoral est convoqué qu'elle se mobilise ».
En plus d'un déficit de financement de son action, cette opposition « paie aussi un lourd tribut de son trop rapprochement avec le RDPC qui finit par brouiller son image auprès de l'opinion non cultivée. Leur offre se limite à « Biya must go ». C'est une offre qui a pris le temps de s'éroder », depuis 1990, estime encore l'universitaire.
Rien de surprenant donc de constater que peu de représentants des partis d'opposition sont présents dans les bureaux de vote lors d'une élection comme cela a été le cas le 30 septembre où quelque 5,5 millions d'électeurs camerounais étaient appelés aux urnes pour élire leur 180 députés de l'Assemblée et plus de 10.000 conseillers municipaux pour les cinq prochaines années.
Ce scrutin était censé donner le ton de la modification de la classe politique au Cameroun dans la perspective de l'alternance projetée par nombre d'observateurs pour 2018, date de la prochaine élection présidentielle. Elle n'aura produit finalement que peu de surprises.
A l'exception encore une fois du MRC qui obtient son siège de député à Douala, la métropole économique, loin de l'Ouest natal de son leader Maurice Kamto, ex-ministre délégué à la Justice, « à bien y regarder, on se rend compte que chacun a essayé de manoeuvrer pour garder son fief : le SDF dans le Nord-Ouest, l'UNDP globalement dans le septentrion avec le MDR, l'UDC dans le Noun (Ouest) », juge Claude Abé.



