« Le programme des filets sociaux n'a absolument rien à avoir avec la politique de subvention des prix des produits pétroliers. L'option aujourd'hui n'est pas de supprimer la subvention, mais il faut renforcer la politique de protection sociale », a déclaré le ministre Nganou Djoumessi lors d'un séminaire de présentation de la stratégie de la Banque mondiale en matière de protection sociale en Afrique.
Certes coûteuse, la subvention des prix à la pompe des produits pétroliers représente un dispositif des programmes de filets sociaux dont l'objectif est d'améliorer les conditions de vie des quelque 20,6 millions de Camerounais, s'est-il défendu en réponse aux recommandations de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI).
Ces deux institutions insistent ces dernières années pour que les autorités camerounaises, appelées à mettre en place un véritable programme national de filets sociaux cohérent et efficace, renoncent à cette politique, jugée comme une mesure inappropriée qui pèse lourd sous forme de manque à gagner sur les finances publiques et peu productive pour la protection sociale à l'égard de la population.
Avec une croissance du produit intérieur brut (PIB) estimée à 5% en 2012 (5,1% selon les autorités de Yaoundé), l'économie camerounaise tire ses principaux ressorts du secteur non pétrolier. Mais, les estimations tablaient sur une hausse d'environ 9% de la production pétrolière, grâce à d'importantes explorations menées ces dernières années et une exploitation accrue visant à tirer parti du niveau actuellement élevé des cours mondiaux du pétrole.
Cette progression devrait se poursuivre en 2013 par une augmentation supplémentaire de 9% de la production, observe la Banque mondiale qui déplore cependant que « la Société nationale de raffinage, SONARA, accuse un manque à gagner résultant de la politique gouvernementale consistant à geler les prix de vente au détail des produits pétroliers ».
« Comme nous l'indiquions dans le numéro de juillet 2012 des Cahiers économiques du Cameroun, le montant budgétisé au titre de la compensation du manque à gagner de la SONARA pourrait être insuffisant, le montant estimé requis en 2012 s'élevant à quelque 450 milliards de FCFA (3,5% du PIB) au lieu de 170 milliards de FCFA prévus au budget », poursuit-elle dans le nouveau numéro des Cahiers économiques de janvier 2013.
Tout en constatant que les recettes inscrites au budget de l'Etat sont fondées sur les attentes ambitieuses quant à la croissance économique et aux cours mondiaux du brut, l'institution relève cependant que ces recettes « sont sujettes par conséquent à des risques de révision à la baisse. A titre d'exemple, une baisse des cours mondiaux du brut de 10 dollars américains entraînerait une contraction des recettes pétrolières de 0,5% du PIB ».
Selon elle par ailleurs, le coût des subventions aux carburants reste sous-évalué dans le budget, ce qui nuit à la transparence et pèsera à nouveau sur la situation de trésorerie et l'exécution du budget. « Une poursuite de la politique du gel des prix des carburants à la pompe nécessiterait, selon les estimations, 400 milliards de FCFA (soit environ 3% du PIB), alors que 220 milliards de FCFA seulement ont été inscrits au budget ».
Ces subventions, juge-t-elle, favorisent les riches et sont en grande partie inefficaces lorsqu'il s'agit de protéger la consommation des couches les plus pauvres. Les 20% les plus riches de la population, précise-t-elle, bénéficient de l'essentiel des subventions à l'essence et au gasoil.
« Cela ne signifie pas que les pauvres ou les couches vulnérables ne bénéficient pas du gel des prix des carburants à la pomme. Il pourrait cependant y avoir des moyens plus ciblés de fournir la même aide aux pauvres et aux couches vulnérables, tout en faisant payer la totalité du prix des produits pétroliers à ceux qui en ont les moyens », énonce la Banque mondiale.
Parmi les suggestions, les subventions au transport public urbain et des programmes de protection sociale ciblés constituent quelques-unes des pistes de réflexion envisageables, conseille-t- elle.
Pour leur part, les autorités camerounaises qui ont de tout de même entamé des discussions avec les partenaires sociaux au sujet de ce dossier considéré comme étant sensible, rechignent à franchir le pas de la suppression à cause des risques de tensions sociales comme les émeutes violentes enregistrées à Yaoundé, Douala et d'autres villes après une légère hausse des prix des carburants en février 2008.


