Le Pape Léon XIV s’est envolé ce 15 avril d’Alger pour le Cameroun, pays multiconfessionnel à majorité chrétienne où il portera un message de paix aux régions anglophones, déchirées depuis près d’une décennie par un conflit armé meurtrier.
Au terme d’une visite inédite en Algérie, ponctuée par un double attentat-suicide ce 13 avril et une diatribe du Président américain Donald Trump à son encontre, le pape américain était attendu vers 15H00 (14H00 GMT) dans la capitale camerounaise. Dans ce pays d’Afrique centrale majoritairement francophone où environ 37% des quelque 30 millions d’habitants sont catholiques, l’Église joue un rôle de médiation et gère un vaste réseau d’hôpitaux, d’écoles et d’œuvres caritatives – un levier d’influence que le Saint Siège souhaite consolider.

A la Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires de Yaoundé, on s’arrachait les pagnes à l’effigie du pape ce 14 avril. Affiches, banderoles et drapeaux ont fleuri partout dans la ville ces derniers jours pour honorer la quatrième visite d’un souverain pontife dans le pays, la première depuis Benoît XVI (2005-2013) en 2009.

A Yaoundé, le pape rencontrera d’abord le Président Paul Biya, 93 ans, doyen des Chefs d’État dans le monde, puis il prononcera un discours devant les autorités et le corps diplomatique au Palais de l’Unité.
– « Terrain d’entente » –

Certains fidèles ont toutefois dit redouter que cette visite ne serve à polir l’image du Chef de l’État, réélu en octobre 2025 à l’issue d’un scrutin contesté, émaillé de manifestations réprimées dans le sang. Léon XIV, âgé de 70 ans, visitera ensuite un orphelinat catholique, avant de conclure cette première journée par un échange privé avec les évêques du pays.
L’étape la plus symbolique aura lieu ce 16 avril, avec un déplacement sous haute sécurité à Bamenda, épicentre des violences dans le nord-ouest anglophone entre Forces gouvernementales et groupes séparatistes, qui ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.
Ce 13 avril, des groupes séparatistes ont annoncé une trêve de trois jours dans les combats à partir de ce 15 avril pour permettre d’accueillir le pape en toute sécurité dans cette zone, où vit près de 20% de la population du pays. Le conflit a commencé en 2017, à la suite d’un mouvement de répression et oppose des indépendantistes, qui ont proclamé la « République d’Ambazonie », au Gouvernement de Yaoundé.
Pris en étau, les civils sont devenus la cible d’extorsions, de violences, d’enlèvements contre rançon et d’assassinats. Au moins 6.000 d’entre eux sont morts depuis 2016, selon l’ONU. Léon XIV prononcera un discours et célèbrera une messe à l’aéroport de la ville (Bamenda), rénové pour l’occasion. « Au moment où le pape foulera la terre de Bamenda, nous voulons la paix, tous les meurtres et les enlèvements doivent cesser », plaide Giovanni Mbuna, un fidèle de 36 ans enlevé par des indépendantistes en 2023, interrogé ce 12 avril par l’AFP, à la sortie de la messe à Saint-Joseph.
– « Solution pacifique » –
« La venue du pape va adoucir le cœur des extrémistes pour que nous puissions trouver un terrain d’entente (…) et aboutir à une solution pacifique », espère Andrew Fuanya Nkea, archevêque de Bamenda, et président de la Conférence épiscopale du Cameroun. Le pape se rendra aussi ce 17 avril dans la capitale économique, Douala, et y célèbrera dans un stade une messe à laquelle des centaines de milliers de fidèles sont attendus. Puis, il rencontrera des acteurs du monde du travail, dans cette ville qui a été un théâtre majeur de la crise post-électorale d’octobre 2025.
« Nous vivons une sorte de crise. Beaucoup de gens souffrent, beaucoup de gens n’ont plus de travail », a déploré le 09 avril dernier Samuel Kleda, l’archevêque de Douala. « C’est l’occasion pour nous de montrer, en recevant le pape, que nous sommes capables de transformer notre pays« .
En Algérie, au cours d’une visite de deux jours sous haute sécurité, le pape a exhorté à poursuivre le « dialogue » avec les musulmans et lancé un appel au « pardon » devant le Monument des martyrs rendant hommage aux victimes de la sanglante guerre d’indépendance contre la France (1954-1962).
Le chef des 1,4 milliard de catholiques poursuivra son périple de 18.000 km à la cadence effrénée en Angola et en Guinée équatoriale jusqu’au 23 avril prochain.
© Afriquinfos & Agence France-Presse



