Cacao : Débat au Cameroun sur la reprise en main de l’initiative désertification par les producteurs

Afriquinfos Editeur
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Nouveau concept basé sur l'exigence de qualité, la certification concernant la culture du cacao est pour l'instant défendue par des organisations non gouvernementales (ONG) internationales telles UTZ, Rainforest Alliance, Fairtrade ou encore Organic. Mais pour Michael Ndoping, les principes en jeu ne tiennent pas toujours compte des intérêts des producteurs.

"C'est nous les producteurs, c'est nous qui devons mettre en place nos normes", a souligné le responsable camerounais lors d’une conférence internationale sur "Le marché du cacao, quel avenir? ", en marge du lancement par le ministre du Commerce Luc Magloire Mbarga Atangana de la première édition de Festicacao, un festival dédié à la promotion du cacao camerounais, mercredi à Mbalmayo, localité située à une cinquantaine de kilomètres au Sud de Yaoundé.

En présence du secrétaire général de la COPAL, Coulibaly Nanga, et du directeur exécutif du Conseil international du cacao (ICCO, organisation basée à Londres en Grande-Bretagne dont le Camerounais assure actuellement la vice-présidence), Jean-Marc Anga, Ndoping a déploré "une pléthore de normes et de standards complexes et inintelligibles pour les petits producteurs africains ".

Il a aussi fait état des normes du marché ignorées de la Federation of Cocoa Commerce (FCC) et du Cocoa Merchants Association (CMA) par les organes de certification et insisté sur le besoin d'harmonisation entre les initiatives CCE (Certification Capacity Enhancement) et CEN (Commission européenne des normes).

Après la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Nigeria, les trois grands producteurs africains, la certification commence à être intégrée au Cameroun, 4e producteur du continent avec 230.000 tonnes annuelles en ce moment.

De l'avis d'André Bélébénié, président de l'Association nationale des producteurs de cacao et café (ANPCC), ce processus implique certes beaucoup de travail, car "utiliser moins de pesticides veut dire être au champ, faire la récolte sanitaire, régler l'ombrage, éviter d'utiliser les enfants dans les travaux, préserver l'environnement, etc."

Mais, estime ce producteur qui avoue n'y être pas encore lancé lui-même pour ses 10 hectares en production pour un rendement de 6 à 7 tonnes sans compter les 20 autres nouvellement mis en place, la certification a des avantages.

"Pour moi, le premier avantage est que nous utilisons moins de pesticides, parce que c'est un problème d'application des méthodes de travail. Le deuxième avantage, c'est la prime qu'il y a derrière la certification. Si le cacao est certifié et vendu dans un marché de niche par exemple, il y a une prime", a-t-il expliqué à Xinhua en lors de la conférence tenue à Mbalmayo.

"Et comme les consommateurs sont en train de nous imposer la certification de toute la production d'ici 2020, il est nécessaire que l'Etat, à travers le MINADER (ministère de l'Agriculture et du Développement rural), ou de l'ONCC ou du CICC (Conseil interprofessionnel du cacao et du café, également étatique), engage un processus de certification de toute la production du cacao et du café du Cameroun afin que d'ici 2020 nous n'ayons pas du cacao refoulé au niveau des ports européens".

Le chef de file des producteurs camerounais pour la plupart des petits paysans dont l'âge moyen varie entre 55 et 65 ans, selon l' ONCC, est formel : "On est à même de le faire, en espérant qu'une prime encourage ces efforts fournis par les producteurs. Cessons de pleurnicher. La cacaoculture est un business. Si vous avez 5 hectares qui vous produisent 3 à 4 tonnes de cacao, vous utilisez la main d'œuvre, vous payez des jeunes qui vont défricher, qui vont pulvériser, qui vont récolter".

Pour ses propres exploitations, il déclare justement une main d’œuvre constituée des jeunes formés pour les traitements phytosanitaires et d'autres formés pour les récoltes.

Si l'ICCO adopte de son côté une attitude neutralité, la COPAL dont le Cameroun est membre prend la question au sérieux.

Selon son secrétaire général Coulibaly Nanga interrogé par Xinhua, un groupe de travail a été mis en place pour faire des propositions liées au débat en cours. "Ce groupe de travail, nous attendons qu'il se réunisse et qu'il nous fournisse les résultats de ses réflexions. Au plus tard d'ici la fin de l'année on espère avoir quelque chose."

A travers leur organisation commune basée dans la métropole économique nigériane, les principaux pays producteurs de cacao du monde, eux, plaident pour une meilleure rémunération des producteurs, à 95% des petits et des moyens exploitants, afin de sortir ces derniers de la précarité due à des prix bas dictés par le marché international et de garantir la durabilité de la productivité.

C'est la principale préoccupation examinée lors de la conférence internationale sur la recherche cacaoyère tenue du 15 au 20 octobre à Yaoundé, au lendemain des travaux de la 75e Assemblée générale de la COPAL du 8 au 12 octobre.