Bujumbura, cité sans autobus

Afriquinfos Editeur
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Il est 19 heures au parking du marché central de Bujumbura. Pour les milliers de personnes désirant se rendre dans la partie sud de la capitale, il n’y a que cinq véhicules de disponibles. Il n’y a pas longtemps encore, ils étaient légion. Ceux qui désirent aller dans la partie nord sont encore plus pénalisés. Le parking est vide. Normal ! Le carburant manque. Et les prix flambent. Le litre d’essence est passé à 4000 Fbu au marché noir, contre 2080 Fbu au cours officiel. Craignant la colère de la clientèle, beaucoup de chauffeurs ont disparu de la circulation.

Pour ces commerçants, étudiants, élèves, fonctionnaires agglutinés dans le parking, il se fait tard. On guette désespérément l’arrivée d'un bus, à défaut d'avoir de quoi s'offrir un taxi. La course est prohibitive : 5000 Fbu contre 3000, naguère.  

Soudain, un bruit d’un moteur se fait entendre. La foule s’emballe. Une maman avec son sachet de riz manque de se faire renverser par de jeunes excités à l'idée de trouver enfin un moyen de transport pour rentrer après une dure journée de labeur. Le désenchantement est grand. Il s’agit d’une voiture particulière.

19 h 15. Un bus arrive enfin. Avant que le moteur ne s’arrête, les plus habiles se glissent à l’intérieur par les fenêtres… Bousculades, coups de poings, cris d’enfants et de femmes. C'est la loi du plus fort. Ceux qui craignent pour leurs côtes se tiennent à l’écart. Des policiers regardent la bousculade, impuissants.

Soudain, une jeune fille hurle : « on vient de me voler 20 000 ! Au secours, aidez-moi s'il vous plaît » … Les forces de l'ordre investissent immédiatement les lieux et arrêtent le malfaiteur. Quelques coups de matraque. Le jeune homme restitue les sous, puis profite d’un moment d’inattention générale pour disparaître.

D'autres minibus arriveront par la suite. Ils se rempliront aussi vite et de la même manière.

A 20h, Marceline, une commerçante, se résout enfin à prendre un taxi avec ses deux enfants qui rentrent de l’école, après près de trois heures d’attente. Elle entreprend de négocier le prix. Ses amies sont rentrées plus tôt à pied.Elle n’a désormais plus le choix.  Bujumbura est déjà plongée dans la pénombre.

Au ministère du Commerce, on se veut rassurant : « 600 000 litres d’essence sont arrivés à Bujumbura », affirme un fonctionnaire. Il y a quelques semaines, le même ministère affirmait que la pénurie était due à un engorgement à

Dar-es-Salaam, la cité portuaire de la Tanzanie voisine, qui approvisionne le Burundi.