Située dans le Rift Valley, sur la rive est du Lac Tanganyika, Bujumbura est une ville de contrastes. La plupart des infrastructures et des voies de communications sont vétustes. Et pour cause : elles ont plus de cinquante ans. Fondée en 1897, Usumbura (qui deviendra Bujumbura dès l’indépendance en 1962) faisait office de capitale de l’ensemble dénommé, sous la colonisation, Ruanda-Urundi.
Traversée par quatre rivières (Ntahangwa, Muha, Kanyosha, Nyabagere) prenant source dans les montagnes qui la surplombent, à l’est, la cité compte aujourd’hui treize communes et occupe une superficie de 87 km2.
Le centre-ville est loin d’être uniforme au plan architectural. L’Ordre des architectes récemment créé le déplore. Beaucoup de magasins, de bureaux, de restaurants et de cybercafés sont logés dans des maisons datant de la colonisation. Il n’y a eu que quelques rénovations cosmétiques qui cachent mal la vieillesse de ces immeubles aux toitures en tôles ondulées rouillées. Vue du ciel, Bujumbura n’est pas très attrayante.
L’immeuble le plus haut ne dépasse guère les neuf étages. Les avenues du centre-ville sont très exiguës. Les parkings sont quasi inexistants. Trouver où se garer relève du parcours du combattant. Les initiateurs de parkings privés, devant ou à proximité de certains magasins et bureaux, font des affaires.
« Quand il pleut, c’est Venise dans certaines rues du centre-ville qui ont des caniveaux mal entretenus ou inexistants », déplore un commerçant d’appareils électroménagers. C’est le cas par exemple de l’Avenue-de-la-Mission ou de l’Avenue-de-la-Victoire, pourtant bordées de grands magasins tenus par des commerçants arabes, pakistanais et indiens. Ce sont des lieux de ravitaillement pour tout le monde, y compris les détaillants venus de l’intérieur.
Le centre-ville est bien animé, sauf le dimanche, jour de repos. Tous les magasins, ou presque, et la plupart des stands du marché central sont fermés. Mais avec l’entrée du Burundi dans la Communauté Est Africaine et l’arrivée des commerçants rwandais et ougandais, plus compétitifs, les commerçants burundais essaient de s’adapter et commencent à changer leurs habitudes.
C’est la commune Rohero qui a eu le privilège d’abriter le centre-ville. Elle a des quartiers de haut standing et aligne la quasi-totalité des infrastructures d’importance. A savoir, le palais présidentiel, qui se trouve dans le quartier Kiriri, les résidences des différents ambassadeurs, les ministères, les grands hôtels, le marché central, la radio et la télévision nationales, la Banque de la République du Burundi (BRB), les banques commerciales, l’état-major de l’Armée, les ambassades, etc. Certaines institutions préfèrent des immeubles situés dans d’autres nouveaux quartiers nantis.
Rohero, verdoyante et commerciale
Certaines avenues et la plupart des boulevards sont bordés de manguiers ou de cocotiers, pour le grand bonheur des défenseurs de l’environnement. Il y a même des petits coins de la ville de Bujumbura où des singes ont élu domicile, notamment autour de la grande cathédrale Regina Mundi.
Certaines avenues portent les noms des personnalités qui ont marqué l’histoire du Burundi et de l’Afrique : Boulevard- Prince-Louis-Rwagasore, héros de l’indépendance, Avenue-Patrice -Lumumba, Avenue-Pierre-Ngendandumwe, Premier ministre du Burundi indépendant assassiné en janvier 1965…
D’autres avenues font référence aux noms des provinces, des communes, des lacs du pays, de rivières, des pays amis, et même des essences végétales comme l’Avenue-des-Eucalyptus ou des Euphorbes !
La tendance est à la modernisation de la voirie urbaine par l’installation des panneaux photovoltaïques. Vive la coopération japonaise ! Les différents arbres plantés au bord des boulevards ou à l’intérieur des grandes parcelles offrent un climat doux dans cette partie. Dans l’avant-midi, il y a un vent qui souffle des montagnes et l’après-midi, c’est la brise du Lac Tanganyika, une bénédiction pour la ville qui connaît quelques fois des pics de chaleur.
Le Lac Tanganyika avec ses plages au sable fin offre d’immenses possibilités touristiques. Pourtant, il y a peu d’hôtels construits à proximité.
Le quartier dit asiatique se trouvant dans la commune Rohero est à vocation commerciale. Il est en grande partie habité des Arabes, des Pakistanais et des Indiens venus au Burundi du temps de la colonisation. Les avenues de ce quartier ne sont même pas pavées, ce qui complique la circulation en saison pluvieuse.
Des quartiers populaires à l’image des villages
« Bujumbura n’est pas encore une ville au vrai sens du terme, constate un habitant de la commune Bwiza. A moins de deux kilomètres du soi-disant centre-ville, on est déjà au village. Les constructions sont archaïques, les avenues non bitumées ne portent pas de numéros et celles qui sont pavées sont en mauvais état. Surprenant pour une ville centenaire !»
A moins de 2 kilomètres vers le nord, ce sont les communes Bwiza et Buyenzi. Ce sont les toutes premières de Bujumbura, mais malheureusement elles restent caractérisées par de très vieilles constructions, avec une concentration humaine importante. Ce sont des quartiers populaires par excellence.
A Bwiza, la vie bouge au rythme du petit commerce. Tout autour des avenues s’alignent, pêle-mêle, des kiosques, des boutiques, des petits stands pour de petits articles, des salons de coiffures pour homme et pour femmes, des mosquées, de petits restaurants, des bistrots et des « églises du réveil ».
Dans cette commune, on croise des Congolais, des Sénégalais, des Ivoiriens, des Maliens, des Guinéens, des Gambiens. Dans un raccourci audacieux, les Burundais appellent tous ces gens venus d’Afrique de l’Ouest, des « Sénégalais ». Bwiza est aussi la commune la plus représentative de la diversité africaine et la plus animée de la capitale.
Buyenzi quant à elle, est habitée par une population swahilophone. La plupart sont des musulmans. Et c’est un véritable « quartier-garage ». Il y a des garages à chaque coin de rue. Les jeunes mécaniciens exercent leur métier en plaine rue. Buyenzi accueille tous les véhicules de la capitale nécessitant une réparation. Chacun érige son garage devant sa maison. La circulation y est très difficile.
En traversant la rivière Muha, on tombe dans le sud de la ville. Les communes de Musaga, Kinindo sont en chantier. Meurtries par la guerre, Musaga offre un spectacle contrasté au visiteur. Les plus démunis se contentent de peu. Ils vivent de l’agriculture, de l’élevage et du petit commerce, alors qu’autour d’eux des villas montent, notamment à Gasekebuye, un quartier chic. C’est même dans cette commune qu’on trouve la prison centrale de Mpimba et la plupart des garnisons.
A côté, il y a le beau quartier Kinanira où habitent la plupart des officiers supérieurs.
Si on franchit la rivière Kanyosha, un peu plus vers le sud, on se retrouve à Kanyosha, la plus grande des communes de Bujumbura, celle où il y a une forte concentration humaine. Des belles maisons côtoient des taudis.
Une ville multisectorielle
« Pour survivre, je dois cultiver pour exploiter au maximum ma propriété, raconte Albert Kabura, un chef de famille à Kamenge ».
Le secteur primaire est présent. Il y a des gens qui, pour gagner leur vie, travaillent la terre …en ville. Ils sont plus nombreux dans les communes Kamenge, Kinama, Buterere, au nord de Bujumbura. Des champs de maïs, des haricots, de patates douces, de riz entourent les maisons. Ces communes frappées de plein fouet par la guerre civile du début des années 1990, sont habitées par des gens dont la plupart n’ont d’autres sources de revenus que l’agriculture.
La plupart des habitants ont été ruinés par la guerre, leurs maisons détruites. L’heure est à la reconstruction. Des maisons construites en briques, des petites cabanes couvertes de vieilles tôles ou de bâches en plastique estampillées « UNHCR »…
Ici, la plupart des « avenues » ne sont ni goudronnées ni pavées. Certains coins n’ont pas l’électricité ni l’eau potable. L’hygiène laisse à désirer. Certaines familles utilisent l’eau des rivières pour faire la vaisselle. Il ne faut pas être surpris si vous croisez une vache ou une chèvre au cœur de Bujumbura.
La capitale est en pleine reconstruction. C’est le cas de la commune Kanyosha, où beaucoup de commerçants ont érigé de nouvelles maisons d’habitation. Ou encore Gasekebuye (à l’est de la ville), Carama (au nord), Sororezo (à l’est encore) où nombre de villas émergent de terre. Les propriétaires sont pour la plupart des hommes politiques, des officiers des anciens mouvements rebelles et des commerçants prospères.
A côté de ces insolentes villas, des malheureux croupissent dans une misère noire. C’est le cas à Kanyare, une partie de la commune Rohero, à Kiriri, où beaucoup d’étudiants de l’Université du Burundi trouvent refuge, le coût du loyer y étant plus abordable qu’ailleurs. On y trouve aussi les maisons de fortune des maçons et autres manœuvres de basses conditions. Le matin, ils descendent des collines pour aller travailler sur différents chantiers, en ville.



