Base de Djibouti tournée vers le Moyen-Orient et l’Indo-Pacifique pas concernée par la prochaine réarticulation de l’Armée française 

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Djibouti (© 2024 Afriquinfos)- Depuis deux ans maintenant, la présence militaire française en Afrique se réduit comme peau de chagrin. Les relations tendues entre Paris et des régimes militaires qui ont pris le pouvoir dans certains pays du Sahel en sont la cause. Après avoir été poussée dehors au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la France a décidé de réduire considérablement ses effectifs sur le continent sur quatre de ses bases situées en Afrique de l’ouest et centrale. Cette réduction ne concerne pas toutefois la base française de Djibouti qui accueille 1.500 militaires français. Et qui permet à Paris de maintenir sa liberté de mouvement pour d’éventuelles projections en Asie et dans le Golfe.

Après ses cuisants revers au Sahel, la France veut se faire plus discrète en Afrique. Cela passe par la création d’un Commandement pour l’Afrique qui sera piloté depuis Paris, puis la réduction de ses effectifs et de nouvelles modalités de sa présence sur le sol africain. Le Président Emmanuel Macron a missionné en février 2024 l’ancien ministre Jean-Marie Bockel pour mener des discussions à cet effet, avec les partenaires africains.

Selon certaines indiscrétions, on sait déjà que la France ne gardera qu’une centaine de militaires au Gabon (contre 350 aujourd’hui), une centaine au Sénégal (contre 350), une centaine en Côte d’Ivoire (600 aujourd’hui) et environ 300 au Tchad (1.000 actuellement).

On sait également que la base française de Djibouti n’est pas concernée par cette réarticulation. Les 1.500 soldats français qui y sont déployés resteront en poste. « La réduction des effectifs déployés en permanence est possible, elle ne doit pas avoir d’effets trop importants sur notre efficacité ou notre réactivité », avait en effet assuré Thierry Burkhard, le Chef d’État-major des Armées françaises devant les députés. Paris ne saurait quitter cette position stratégique pour elle et l’ensemble de l’Europe.

Djibouti commande l’accès sud à la Mer rouge. 95% des échanges extracommunautaires français se font par voie maritime et l’Asie y tient une place de plus en plus importante. Pour la France et pour l’Europe, la sécurité de l’Océan Indien, voie d’accès maritime vers l’Asie, est de ce point de vue une priorité. Zone de transit pour le commerce international, l’Océan Indien se situe au cœur d’enjeux stratégiques mondiaux, comme en témoigne la présence permanente des marines américaine, asiatique et européenne.

Le dispositif français à Djibouti permet donc à la France ­ de participer au maintien de sa liberté de mouvement pour d’éventuelles projections en Asie et dans le Golfe, contribuant ainsi à la liberté des voies de navigation, à la lutte contre la piraterie et contre les trafics humains. Djibouti est un facteur de puissance pour la France.

C’est depuis 1984 qu’un Traité de coopération en matière de défense lie Paris et Djibouti. Les autorités des deux pays ont entamé en 2023 des échanges pour une revue dudit Traité qui inclut la base militaire. Mais la France n’est pas la seule à caresser les dirigeants djiboutiens dans le sens du poil. Le positionnement géographique de Djibouti au carrefour des échanges mondiaux a en effet amené plusieurs pays à s’intéresser à ce territoire. Après les États-Unis, l’Italie et le Japon, la Chine y a ouvert une base militaire en 2017, avec pour objectif de sécuriser des flux maritimes vitaux pour son économie.

Boniface T.