Bamako (© 2026 Afriquinfos)- Le Premier Ministre Malien, Abdoulaye Maïga est arrivé ce lundi 24 août 2026 à Alger pour une visite de travail de deux jours. Le Premier Ministre malien transmet un message écrit du Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, à son homologue Abdelmadjid Tebboune.
La rencontre fait suite à un appel téléphonique du 9 août, au cours duquel le Chef du Gouvernement algérien, Sifi Ghrieb, a formulé l’invitation, sur instruction du Président Tebboune. Maïga sera reçu en audience par Tebboune et tiendra des séances de travail avec Ghrieb, consacrées à la relance de la coopération bilatérale.
Le déplacement intervient un peu plus d’un mois après le retour croisé des ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens, officialisés le 10 juillet. Ce geste avait mis fin à quinze mois de rupture diplomatique, ouverte après la destruction d’un drone militaire malien dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025. Histoire
Bamako et Alger partagent une frontière de plus de 1 300 kilomètres, un chiffre que Maïga avait lui-même mis en avant début août pour souligner la profondeur des liens entre les deux pays. Cette proximité géographique avait déjà conduit l’Algérie à parrainer l’accord de Tamanrasset en 1991, puis celui de 2015, dénoncé par le Mali le 25 janvier 2024. Politique
Début août, Maïga avait écarté toute idée de rupture entre les deux capitales. Il avait déclaré qu’« une convergence totale de vues » existe entre Goïta et Tebboune, fondée sur le respect de la souveraineté des États et la non-ingérence. Le Premier ministre malien avait aussi rappelé que plusieurs cadres maliens, lui inclus, ont étudié à l’École nationale d’administration d’Alger.
Les discussions de lundi doivent porter sur la relance de la coopération dans les domaines sécuritaire, économique et transfrontalier. Le Sud algérien alimente une partie des besoins du Nord malien, dans une région où la situation sécuritaire reste dégradée. Histoire
Faire du Sahel un espace de coopération partagée
Les deux gouvernements affichent la volonté de faire du Sahel un espace de coopération partagée. Des points de friction subsistent néanmoins, liés à la dénonciation de l’accord d’Alger de 2015 et aux désaccords sur la gestion de la crise dans le nord du Mali.
Après la destruction d’un drone malien dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025 près de Tinzawatène, Bamako s’était retiré du Comité d’état-major opérationnel conjoint. Basé à Tamanrasset, ce mécanisme réunissait depuis 2010 l’Algérie, le Mali, la Mauritanie et le Niger autour du renseignement et de la coordination contre les groupes armés dans l’espace sahélo-saharien.
La visite pourrait permettre de déterminer si le Mali envisage de reprendre sa place au sein de ce dispositif ou si les deux gouvernements privilégieront un nouveau format de coopération. Jusqu’ici, les annonces de juillet ont rétabli les canaux diplomatiques et aériens sans préciser l’avenir du CEMOC.
Le différend sur le drone reste également sans règlement public. Alger avait affirmé que l’appareil avait pénétré son espace aérien, tandis que Bamako soutenait que son épave avait été retrouvée à 9,5 kilomètres à l’intérieur du territoire malien. La démarche engagée par le Mali devant la Cour internationale de Justice n’avait pu progresser, la juridiction ayant rappelé qu’elle ne pouvait examiner l’affaire sans le consentement de l’Algérie. Cette impasse a redonné au dialogue politique un rôle central.
La question du nord du Mali demeure plus sensible encore. Bamako avait mis fin en janvier 2024 à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, reprochant notamment à son voisin des actes d’ingérence et ses relations avec certains responsables des anciens mouvements signataires. L’Algérie avait rejeté les accusations de soutien aux groupes armés et défendu la recherche d’une solution politique.
Depuis, la situation militaire a profondément évolué. L’armée malienne et l’Africa Corps russe se sont retirés de Kidal en avril 2026 à la suite d’une offensive du Front de libération de l’Azawad. La proximité des positions rebelles avec la frontière algérienne rend désormais difficile une coopération sécuritaire durable entre Alger et Bamako sans un minimum de coordination sur cette zone.
Des canaux indirects semblent par ailleurs fonctionner. Le FLA a libéré, le 13 août, 82 militaires maliens détenus entre 2023 et 2026, présentant cette décision comme un geste humanitaire. L’armée malienne a, pour sa part, évoqué l’aboutissement d’un processus préparé depuis le début des captivités.
Plusieurs intermédiaires ont été cités autour de cette libération, notamment l’Algérie et le Congo-Brazzaville. Selon des informations rapportées, le FLA avait adressé une lettre au président congolais Denis Sassou-Nguesso pour solliciter une médiation. Ces démarches révèlent l’existence de contacts indirects, mais restent distinctes d’un processus politique structuré entre Bamako et les mouvements de l’Azawad.
Une éventuelle implication algérienne pourrait donc commencer par des mesures limitées : sécurisation de la frontière, prévention des incidents aériens, échanges de détenus ou établissement de mécanismes de déconfliction. Les positions politiques demeurent éloignées entre un gouvernement attaché à l’unité territoriale et un FLA portant désormais un projet indépendantiste.
Une ouverture à des mécanismes économiques bilatéraux
La normalisation ouvre également la voie à la relance des mécanismes économiques bilatéraux. Lors de la douzième session de la Grande Commission mixte algéro-malienne, organisée à Bamako en 2016, les deux pays avaient signé treize accords couvrant notamment l’énergie, les hydrocarbures, la recherche minière, l’eau, la santé et la promotion du commerce extérieur.
La fixation d’une nouvelle session de cette commission constituerait un premier résultat concret. Elle permettrait d’évaluer les accords restés en attente et de sélectionner des projets adaptés aux priorités actuelles des deux pays.
Le corridor transsaharien représente un autre enjeu. Son réseau, réalisé à plus de 90 % selon le Comité de liaison de la route transsaharienne, comporte une branche reliant Tamanrasset à Gao puis à Bamako. Sa valorisation offrirait au Mali enclavé un accès supplémentaire aux infrastructures et aux ports algériens, tout en ouvrant aux entreprises algériennes un débouché vers les marchés sahéliens.
Alger avait également annoncé en 2024 son intention de créer une zone franche avec le Mali, dans le cadre d’un programme comprenant ses autres voisins. La crise diplomatique avait réduit les perspectives d’avancement de ce projet, dont le calendrier et l’implantation restent à préciser.
La visite de Maïga constitue le premier déplacement physique de haut niveau entre les deux exécutifs depuis l’ouverture de la crise diplomatique en 2025, après plusieurs mois d’échanges limités aux canaux téléphoniques et aux communiqués officiels.
V.A.



