Brazzaville (© 2026 Afriquinfos)- Passée aux oubliettes dans l’histoire des indépendances africaines, Andrée Madeleine Blouin a vu son nom et ses mémoires restaurés en 2025 avec l’instauration d’un Prix portant son nom. Andrée Blouin est en effet l’une des personnalités qui ont largement contribué à l’accession à l’indépendance de pays africains notamment au Congo Brazzaville aux côtés de Patrice Lumumba.
Andrée Madeleine Blouin, est née en 1921 en Oubangui-Chari (actuelle Centrafrique) d’un père français de 40 ans et d’une mère africaine de 14 ans. Elle est placée à 3 ans dans un orphelinat catholique au Congo-Brazzaville, réservé aux « filles métisses ». Au sein de l’orphelinat, la petite Andrée est victime de racisme, subit divers sévices. Adolescente et seulement âgée de 15 ans, elle fugue.
En 1942, son fils René, 2 ans, meurt du paludisme après qu’un hôpital colonial lui ait refusé la quinine, réservée aux Blancs. Cet événement catalyse son engagement. « La mort de mon fils m’a politisée comme rien d’autre. Le colonialisme n’était plus une malchance personnelle, mais un système de mal absolu. » Elle rejoint ensuite les cercles panafricains en Guinée, où Sékou Touré la décrit comme sa « seconde naissance » politique. En 1960, Andrée Blouin rejoint le Congo belge et organise en un mois le Mouvement féminin pour la solidarité africaine, mobilisant 45 000 femmes. André Blouin y deviendra une des plus proches alliées de Patrice Lumumba dans la lutte pour l’indépendance du Congo. Elle sera sa conseillère politique, organisatrice de masse et rédactrice de ses discours emblématiques.
Andrée Blouin est la plume derrière les mots historiques prononcés par Patrice Lumumba, participe à la révision du discours d’indépendance du 30 juin 1960, où Lumumba dénonce les « souffrances de l’exploitation coloniale ».
La militante panafricaine souffrira de cette proximité avec le père de l’indépendance. Après le coup d’État du Colonel Mobutu (1961), et l’assassinat de Lumumba Andrée Blouin est expulsée. Les autorités congolaises retiennent sa famille en otage pour la réduire au silence. Les médias coloniaux la sexualisent (« maîtresse de Nkrumah » ), tandis que les récits postindépendances minimisent son rôle. Dès les années 1970, elle dénonce la trahison des dirigeants postcoloniaux : « Nos pires ennemis sont la volonté mutilée du peuple et l’égoïsme de nos propres leaders. »
Dans ce tourbillon, Andrée Blouin quitte le Congo et s’inscrit ensuite dans d’autres espaces de lutte, notamment en Afrique du Nord, où l’on retrouve des réseaux panafricains, des délégations, des militants, des mouvements de libération.
Proche de Ben Bella (Algérie) et Nkrumah (Ghana), elle rejette le nationalisme ethnique, préférant une unité continentale.
Depuis 2025, un Prix lui ait dédié et la réhabilite quelque peu. Dans le descriptif publié par Inkani Books, on peut lire que c’est « une distinction honorant la mémoire d’Andrée Blouin (1921-1986), figure emblématique de la lutte politique et de l’écriture en République centrafricaine. Blouin n’était pas seulement une participante aux mouvements de libération africains ; elle fut une architecte de la résistance, une voix courageuse contre l’oppression coloniale et une stratège dont l’œuvre a marqué durablement le combat du continent pour la liberté. Il est temps de se souvenir aussi des femmes qui ont consacré leur vie à la libération de l’Afrique. Le prix Andrée Blouin s’attaque directement à cet effacement. Il vise à amplifier la voix des femmes africaines, cisgenres et transgenres, qui écrivent sur l’histoire, la politique et l’actualité dans une perspective de gauche. Ce prix n’est pas qu’une simple distinction ; c’est une reconquête de l’espace, une affirmation que les récits des femmes révolutionnaires africaines ne seront plus marginalisés. ». Bon retour à la lumière Andrée Madeleine Blouin.
Boniface T.



