Le moustique d’Asie menace l’Afrique d’un nouveau type de paludisme

Djibouti (© 2020 Afriquinfos)- Avec plus de 90% des cas enregistrés, l’Afrique est déjà le continent le plus touché par le paludisme. Cette maladie provoquée par des parasites de la famille du Plasmodium se transmet à l’homme par des piqûres de moustiques femelles de l’espèce Anopheles. Selon une étude américaine, l’Afrique pourrait être confrontée à une nouvelle forme de paludisme véhiculée par un moustique originaire d’Asie.

Un moustique vecteur de paludisme originaire d’Asie, l’anophèle stephensi, a fait son apparition dans la région africaine. Implanté en terre djiboutienne depuis quelques années, il a aussi été repéré en Éthiopie et au Soudan. La probabilité qu’il puisse  étendre sa zone géographique est importante d’après une étude parue dans une revue scientifique américaine. Ce moustique pourrait ainsi être à l’origine d’une nouvelle menace sanitaire dans la région africaine.

Capable de transmettre le paludisme, l’anophèle stephensi sévit en Asie, mais aussi de la Thaïlande à la péninsule arabique. Depuis, il ne cesse d’avancer, et de prendre de l’ampleur. En Afrique, l’espèce a pris racine dans la Corne de l’Afrique. Elle menace plus d’une centaine de millions de personnes. Cela s’explique par sa présence à Djibouti qui n’a pas connu d’épidémie de paludisme depuis 1999, et qui se retrouve en 2012 confrontée à des éruptions de cas de plus en plus importants dans sa capitale. Pouvant survivre et se proliférer dans les villes africaines, cette espèce est différente de celle connue et que l’on retrouve en  Afrique subsaharienne. Et qui est plus implantée dans les zones rurales, à l’exemple de  l’anophèle gambiae dominante en Afrique.

L’Anopheles stephensi est le vecteur principal du paludisme en milieu urbain en Asie. « Il s’est très bien adapté aux grandes métropoles indiennes», précise Carlo Costantini, chercheur entomologiste à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD); avant de préciser: «Les femelles déposent leurs œufs dans les citernes en ciment destinées au stockage de l’eau. Peu d’espèces peuvent coloniser ce genre de gîtes artificiels». Pour l’Anopheles gambiae par exemple, ce sont les flaques d’eau de pluie qui lui font office de gîtes larvaires. Celles des villes sont trop sales ou polluées pour cette espèce, même si elle semble petit à petit s’en accommoder.

Agissant par sa piqure au crépuscule, le moustique Anopheles stephensi se distingue également par son comportement vis-à-vis de ses hôtes. Il pique le plus souvent à l’extérieur, à l’inverse de l’Anopheles gambiae qui pique au cœur de la nuit et généralement à l’intérieur. Si l’Anopheles stephensi s’implantait les villes africaines, «l’outil principal de lutte contre la transmission du paludisme, le fait de dormir sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide, serait peu efficace», avertit Carlo Costantini!

Ce sont au total 126 millions d’habitants des villes africaines qui seront menacés.  La crainte de voir ce moustique des villes gagner du terrain en Afrique est grande. Des chercheurs ont cartographié les endroits où il pourrait s’implanter, via un modèle prenant en compte différents paramètres (température, précipitations, etc.). Ainsi, sur 68 villes africaines de plus d’un million d’habitants, 44 comme Mombasa au Kenya, Lagos au Nigeria ou encore Dar es-Salaam en Tanzanie seraient hautement adaptées à l’insecte. Ces 126 millions de personnes qui sont aujourd’hui épargnées par le risque de contracter le paludisme, pourraient y être exposées.

Pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la propagation de ce moustique est «une menace potentielle majeure dans la lutte contre le paludisme en Afrique», alors que le fardeau de la maladie y est déjà très lourd : 400.000 personnes y succombent chaque année sur le continent.

 

Boniface T.

 

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