Crise du Covid-19 : les étudiants africains d’HEC Paris témoignent

étudiants africains

PARIS (© 2020 Afriquinfos) – Ils sont plusieurs dizaines milliers d’étudiants africains, en France, surpris par le confinement, obligés de s’adapter à cette réalité inédite et angoissante. A l’inquiétude, légitime, qu’ils éprouvent face à la vague épidémique endurée par l’Hexagone qui a déjà fait près de 17.000 morts, s’ajoute l’inquiétude pour leurs proches restés en Afrique, et confrontés, eux aussi, à la propagation du Coronavirus.

 

Aujourd’hui, en exclusivité pour «Afriquinfos», trois étudiants ivoiriens, actuellement en Master 1 dans la prestigieuse école de commerce HEC Paris, témoignent. Morceaux choisis. Bachir Savadogo, qui est en région parisienne depuis quelques mois, apprécie l’engagement du corps enseignant, qui dispense les cours en ligne : « La plupart des séances de cours sont organisés sur la plateforme ZOOM qui est facile d’utilisation. Ces séances sont également disponibles dans leur intégralité en ‘’Replay ‘‘. Les professeurs essaient, malgré ces circonstances particulières d’être disponibles au maximum pour les étudiants, et, au final, paradoxalement, j’ai l’impression qu’on participe un peu plus aux cours ». Son camarade Kakou Désiré a le même sentiment : « les cours en ligne sont très participatifs. On s’émancipe du regard des autres et on n’hésite pas à poser des questions improbables ou à engager la discussion ».

La vie sur le campus, qui sert en quelque sorte de lieu de confinement, dans le respect des gestes barrière et de la distanciation sociale, sert de soupape de décompression pour les étudiants dépaysés, qui peuvent pratiquer le jogging sans difficultés. « Le parcours menant au Lac est sans doute le préféré de tous les étudiants actuellement sur le campus. On a une belle vue du paysage et on peut profiter du beau temps et du soleil qu’il y a ces jours-ci, raconte Elie Kreman, camarade des deux premiers cités. Une grande partie des étudiants avaient pu rejoindre leurs pays respectifs. Quant à nous, nous avions dû nous faire à l’idée que nous serions contraints de rester sur le campus : Le confinement rentrait en vigueur le lendemain après son annonce, nous n’aurions pas été prêts à temps et nous aurions eu des difficultés à obtenir un vol dans ce laps de temps avec l’afflux des populations ivoiriennes dans les compagnies de aériennes. Aussi, nous avions jugé qu’il serait judicieux de rester sur ce campus, tout en sécurité à l’écart de tout risque de contamination ».

L’approvisionnement n’est pas véritablement un souci pour trio d’étudiants, car il existe deux supermarchés à quelques minutes de leur résidence. Mais, plus encore que l’alimentation, c’est le besoin d’information qui se fait ressentir, au quotidien :  « J’avais déjà pour habitude de regarder les chaines d’infos en continu telles que LCI ou CNEWS pour m’informer, poursuit Bachir Savadogo, mais depuis le début du confinement, je suis littéralement scotché à ces chaines et également aux 20heures de TF1. Cela me permet de garder un œil sur l’évolution de la pandémie en France et partout dans le monde ; également réduire le risque de Fake news qui pullulent actuellement sur internet. J’ai été tout à fait heureux de suivre par exemple au 20 heures de TF1, l’annonce du confinement total par le président Macron ; mesure qui à mon avis, permet de limiter considérablement la propagation du virus. Je lis également des ouvrages de finance pour m’informer des possibles conséquences économiques du virus ».

Les étudiants africains qui font leurs études en France se divertissent comme ils peuvent durant ce confinement

Les réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Instagram) et les sites tels que (Netflix et Prime video) permettent de se divertir, et aussi, s’agissant des réseaux sociaux, de garder le lien avec ses contacts de HEC et de Cote d’Ivoire. Malgré tout, raconte Kakou Désiré, « trouver les moyens de s’occuper quand les activités en extérieur et en groupe sont limitées est un défi quotidien. J’ai renoué avec le roman. J’essaie aussi de garder à l’esprit que les cours se poursuivent. Cela implique de s’organiser pour continuer à faire des recherches et réviser régulièrement. Les projets de groupe suivent leurs cours eux aussi. Puisqu’on en a largement le temps, je n’hésite pas à faire des recherches plus poussées qu’avant et à délivrer des travaux particulièrement pointus ».

La situation en Côte d’Ivoire et en Afrique de l’Ouest reste bien évidemment un sujet de préoccupation fort. «Au départ j’étais vraiment inquiet car peu de personnes semblaient prendre vraiment au sérieux cette menace, se souvient Bachir Savadogo. Chaque jour, je m’enquerrais des nouvelles avec ma famille ; les incitant à réduire les différentes sorties en dehors du domicile et les contacts, à prendre des mesures barrières telles que l’achat de gels hydro alcooliques et de masques de protection. C’est assez difficile de vivre une pareille situation loin de sa famille. Mais en aucun cas, dans les premières heures de confinement ici, en France, l’idée de rentrer en Côte d’Ivoire ne m’a pas effleuré l’esprit car j’étais conscient du risque de transport de maladie que cela aurait pu entrainer si je l’avais contractée à mon insu ».

«Je ne manque jamais le 20h local depuis le début de l’épidémie et prends régulièrement des nouvelles de mes proches, renchérit Kakou Désiré. Le quasi-confinement pose des problèmes spécifiques dans le contexte Ivoirien et Africain plus généralement. Plus de 80% de la population Ivoirienne évolue en effet dans le secteur informel, premier touché par les mesures de prévention de sorte que la situation humanitaire pourrait vite se dégrader si une aide concrète n’est pas apportée aux plus fragiles. Mais je trouve admirable le civisme de la population. J’ai vu des images d’endroits d’habitude noirs de monde complètement vides. Les Ivoiriens ont conscience de la situation et prennent leur destin en main courageusement et avec les sacrifices qui s’imposent. C’est à saluer ».

Ce qui est certain, conclut Elie Kreman, c’est que cette expérience transformera durablement les jeunes étudiants. « Cette situation nous donne, quoique contre notre gré, l’occasion de méditer sur nos vies, de revoir nos plans et objectifs, et de nous recentrer sur l’essentiel. C’est aussi l’occasion de nous former, de développer des compétences qui nous permettront de répondre aux exigences du monde après le confinement. Je demeure positif et optimiste quant au dénouement de la situation, nous sommes bientôt au bout du tunnel. Cependant, cette crise laissera des séquelles, et c’est maintenant que nous devons nous y apprêter moralement, intellectuellement mais aussi  spirituellement».

Afriquinfos

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