TIC en Afrique/La 5G est réellement une aubaine pour le continent africain (Loise Tamalgo, Vice-Président des ventes, Huawei Côte d’Ivoire)

Abidjan (© 2020 Afriquinfos)- Loise Tamalgo, Vice-Président des ventes pour la représentation de Huawei Côte d’Ivoire, fait le tour d’horizon de la conception de l’émergence que fait cette multinationale chinoise sur le continent africain, en misant sur les relations Sud-Sud et le développement des infrastructures technologiques.

Une idée de votre parcours professionnel…

Je suis Loise Tamalgo, j’occupe le poste de vice-président des ventes pour la représentation de Huawei Côte d’Ivoire qui regroupe, outre le pays précité, le Togo, le Bénin, le Burkina Faso et la Guinée. J’ai précédemment été Directeur-pays de Huawei Burkina Faso pendant 8 ans. Je boucle cette année mes 13 ans de présence chez Huawei Technologies.

Huawei se voit confier le déploiement de la 5G sur le territoire de plusieurs pays du Nord en pointe sur les TIC (Cloud comme AI). Qu’est-ce qui fonde cette confiance technologique croissante en Huawei ?

Plusieurs pays occidentaux ont fait confiance à Huawei, ils ont choisi nos équipements pour déployer le réseau 5G sur leur territoire ; le dernier en date est le Royaume-Uni qui a annoncé cette décision le 28 janvier 2020. Nous pouvons citer dans le même sens la Principauté de Monaco, pionnier en la matière. À ce jour, nous avons plus d’une soixantaine de pays dans le monde (dont la Commission européenne) qui ont signé des contrats de déploiement de la 5G avec Huawei. Beaucoup d’opérateurs dans le monde utilisent dans leurs réseaux déjà installés une bonne partie de nos équipements depuis longtemps, et il difficile pour ces opérateurs de faire table rase de Huawei. Il leur est beaucoup plus facile de migrer vers la 5G avec des équipements existants. 

Huawei est devenu un acteur-clé en matière de 5G de l’avis d’éminents spécialistes de la question, car disposant de l’infrastructure nécessaire à sa mise en œuvre partout sur la planète. Brièvement, pouvez-vous nous dire, en quoi la Chine en général et Huawei précisément ont-elles pris une avance considérable sur le reste du monde en matière de 5G ?

En matière de technologie, surtout en TIC, la recherche et le développement en constituent le cœur, définissent le long terme. Huawei a beaucoup investi dans la recherche et le développement, de telle sorte que sur plusieurs années, la multinationale a pris une grande avance sur la plupart des pays du monde. C’est ce qui justifie le fait qu’aujourd’hui, il y a un écart considérable entre notre avancée technologique en termes de 5G et le reste du monde.

La Chine qui abrite Huawei a émergé depuis un certain nombre d’années d’une manière fulgurante. Une donne qui est due à la vision de développement des dirigeants chinois bâtie sur 200 ans depuis Deng Xiaoping, une posture rare en matière de projection développementale sur la planète. La Chine travaille considérablement pour rattraper ses retards qu’elle a identifiés dans différents secteurs. Le pays constitue, dans le domaine technologique, un marché de 1,4 milliard d’habitants, de telle sorte que lorsqu’il y a une innovation en la matière, elle est rapidement utilisée et mise en pratique. C’est ainsi un environnement propice aux tests de toute innovation technologique. La 5G qui a un potentiel de rapidité 100 fois supérieur à la 4G a été rapidement adoptée par la Chine. En expérimentant cette technologie, ce pays a donc devancé les autres États du monde.  

En quoi la 5G va-t-elle révolutionner le monde contemporain marqué par la place prépondérante qu’y prennent les smartphones et les objets communicants ?

Si le fonctionnement de la 4G est identique pour chaque terminal avec un débit similaire sur une même zone, la 5G est une réelle évolution hautement performante. Le débit de la transmission des données est mesuré à peu près à 100 fois plus que la 4G. 

Ainsi, la 5G sera capable de répondre aux besoins liés à la croissance des États et des entreprises dont les performances seront inédites à partir de cet instant. Ses domaines d’application seront très variés : cela va de la réalité virtuelle à la réalité augmentée, la voiture et les objets connectés. La révolution de la 5G ne touche pas seulement les télécommunications. Elle est aussi porteuse d’espoirs dans plusieurs domaines. Cela pourrait être le cas de la vidéo sur un téléphone ou encore les applications en matière de santé, de développement industriel et des transports. Nous ne le dirons jamais assez : la révolution de la 5G va profondément bouleverser le processus de fabrication dans le monde industriel.

L’Afrique connaît une pénétration rapide et fulgurante des smartphones. En quoi la 5G pourrait-elle constituer une opportunité sur le continent pour réduire son retard technologique vis-à-vis des autres régions du monde ?

Il y a eu 4 révolutions dans le monde technologique sur la planète, nous en sommes à la 4e. Le continent a malheureusement raté les trois premières. Le challenge pour l’Afrique est de rentrer de plain-pied dans la 4erévolution en prenant un raccourci. Une voie accessible à travers la technologie, les TIC. Ces dernières offrent un accès ouvert à tout le monde. Aujourd’hui, malgré la circulation des smartphones, le challenge en Afrique demeure la connectivité.

En effet, la connectivité ou la bande passante offerte par 5G sera 100 fois supérieure à la 4G. C’est dire qu’en termes de connectivité, le continent sera couvert au moyen de cette technologie, que ce soit dans les zones rurales qu’urbaines, mettant à l’aise les populations au sujet de l’accès aux opportunités économiques via les TIC. Je suis convaincu que l’Afrique saura prendre le pas pour transformer ce challenge en un avantage.

Par exemple, le paiement mobile a pris sur le continent une envolée exponentielle, alors que cette partie du monde était considérée jusque-là comme étant peu bancarisée. Mais par le biais de la technologie, dans un laps de temps record, les populations africaines se sont dotées de comptes ‘mobile money’, toutes choses qui ont accéléré la bancarisation de l’Afrique. Le réseau 5G va induire indubitablement, contrairement aux technologies antérieures, une plus grande connectivité. Et va fondamentalement impacter des secteurs comme l’agriculture ou les transports. La 5G est une aubaine pour l’Afrique.

Sur quelle part de marché la présence de Huawei est-elle plus prégnante en Afrique ? L’offre de solutions dans les infrastructures technologiques ou dans la vente de smartphones Huawei ?

Le Groupe a débuté son déploiement en Afrique en 1997, notamment en Égypte. Les études attestent que le continent verra bientôt sa population doubler d’ici 2050, et devra faire face à plusieurs défis liés à cette croissance démographique. Dans cette optique, Huawei tend à développer davantage ses activités en Afrique dans les années à venir.

Notre part de marché sur ce continent varie d’un pays à un autre, d’une zone à une autre, et selon les technologies que nous offrons. Une donne est certaine : nous occupons une grande partie du marché africain. Un marché sur lequel nous sommes présents en matière de responsabilité, nous coopérons énormément avec les États. Nous avons développé à cet effet le ‘Programme Graines de l’avenir’ dans plusieurs pays africains. Nous avons également développé un programme nommé ‘Huawei ICT Academy’ qui a permis d’influencer beaucoup de jeunes et de leur offrir des bourses dans le domaine des TIC.

Plusieurs pays africains envisagent d’atteindre l’émergence économique à l’horizon 2030. De quelle manière le déploiement de la 5G de Huawei peut-il y accélérer l’atteinte de ces objectifs macroéconomiques ?          

Les TIC d’une manière générale ont une contribution clairement définie dans le PIB de chaque pays depuis la mise en route des différents plans d’émergence. Prenons un pays comme la Côte d’Ivoire (locomotive économique de l’UEMOA) ; la contribution des TIC y est de 7% pour le PIB. Au Sénégal, cette contribution est de 5%. Dans d’autres pays de l’UEMOA comme le Burkina Faso, cette contribution tourne entre 3 et 4%. Ces pays travaillent à augmenter cette contribution des TIC (incluant la 5G et les autres technologies antérieures qui sont toujours en extension en Afrique) à la formation de leur PIB, contribution qui va crescendo.

Nous mettons toujours en place en Afrique des partenariats stratégiques s’inscrivant dans une ambition d’accompagner la transformation digitale du continent. Toutes choses qui auront un impact sur le tissu économique des pays africains, en créant de nouveaux emplois, et un espace de gouvernance beaucoup plus transparent et partagé. Une mutation qui passe par des infrastructures sécurisées, et une qualité de connectivité répandue, des services innovants comme le mobile money, l’open banking qui va bientôt arriver, et une évolution en profondeur des modes de travail.

Toutes ces mutations sont rendues possibles par la plus grande rapidité de la bande passante qui va forcément transformer nos sociétés de manière considérable. Les dispositifs tels que les véhicules, les téléphones qui seront connectés via internet seront capables d’exécuter des actions plus rapides et automatiques. Les paradigmes économiques vont inéluctablement s’en trouver modifiés.

Huawei a déployé ses activités sur le continent africain en 1997. Elle y a développé notamment plus de 50% des réseaux mobiles LTE, et plus de 200.000 km de fibres optiques de communication. Quels sont les chantiers majeurs auxquels cette multinationale va s’attaquer à court et moyen termes en Afrique et précisément dans votre zone de couverture ?

Le Groupe vient en Afrique non pas seulement pour faire des affaires, mais aussi avec l’ambition de s’y développer de la meilleure des manières, c’est-à-dire, aider nos partenaires à se développer. C’est dans cette optique que nous avons lié différents partenariats sur le continent avec les États et les opérateurs dans le but de faire de leurs défis les nôtres.

Aujourd’hui, il est clair que le défi de la connectivité est le problème majeur en Afrique. Nous investissons ainsi dans le développement des infrastructures durables qui vont produire de grandes capacités de bande passante telles que les câbles sous-marins, les backbones nationaux qui traversent des pays, les connectivités intra et inter-urbaines, de même que la couverture rurale. Aujourd’hui, les pays africains, en particulier, d’Afrique subsaharienne sont engagés dans un processus de transition numérique. Les enjeux économiques et sociétaux sont énormes, les obstacles à franchir aussi.

Nous avons donc pour challenge : la couverture de zones rurales pour permettre aux populations de jouir de dividendes numériques. Une chose est de couvrir les zones urbaines, l’autre est de garantir à chaque habitant et abonné un débit optimal. Cela passe par la densification, quand on sait que les spectres de la 3G et de la 4G se rétrécissent quand le nombre d’utilisateurs augmente. L’un de nos plus grands chantiers à côté de l’aspect économique est le chantier social.

Certains pays africains n’ont pas les moyens de s’offrir les infrastructures précitées. Nous mobilisons alors des financements au niveau international pour aider les États à développer ces grands projets d’infrastructures durables. D’un point de vue sociétal, nous faisons des actions en faveur de la jeunesse à l’aide des bourses d’études, de l’ICT Academy, nous avons par exemple mis en place des centres informatiques et nouons des partenariats avec les universités dans le but de proposer des modules de formation d’excellence sur des sujets technologiques de pointe. Nous nous investissons dans les sociétés dans lesquelles nous intervenons pour qu’elles sentent véritablement la contribution sociétale de nos investissements.

La part de marché des smartphones Huawei se classe au deuxième rang dans les régions du Moyen-Orient et de l’Afrique. Comment comptez-vous maintenir cette place dans un écosystème commercial de plus en plus miné par la contrefaçon et le ‘fake’ en Afrique ?

L’entreprise a pris en compte le facteur prix aux réalités et spécificités locales. C’est un élément qui compte beaucoup dans pareil écosystème commercial. Notre politique en la matière procède du fait qu’on ne peut pas demander à un client de payer son téléphone avec tout son salaire ! Cela est impensable sur un continent où tout est prioritaire.

Par ailleurs, Huawei a travaillé à ce que la qualité de nos téléphones soit irréprochable. Il est clair qu’aujourd’hui, sur le marché africain, lorsque vous vous dotez d’un téléphone original Huawei, vous avez la chance que le software de votre appareil ne se grippe pas du tout. Nous avons en interne un concept que nous mettons avant qui se résume entre autres dans : « Consommons ce que nous produisons ».

Nous sommes ainsi amenés à consommer nos propres produits ; cela nous amène à en voir leurs défauts et à en améliorer la qualité, de telle sorte qu’aujourd’hui, la qualité des téléphones Huawei est véritablement compétitive, et mise sur le rapport qualité/prix. Une donne qui justifie notre réussite sur le marché africain.

Au regard de la place croissante de l’Afrique dans les projections commerciales de Huawei (tous les pays africains couverts, plus de 9 000 employés, dont plus de 75% de locaux), envisagez-vous la création de nouveaux centres régionaux de formation (outre l’Égypte et le Nigeria) pour former de nouveaux talents en Afrique ?

Huawei est une entreprise qui privilégie la formation continue de ses employés. En effet, tous les employés sont en apprentissage, soit durant la vie active ou à l’Université de Huawei, à travers notamment les cours en ligne. Huawei ICT Academy s’ouvre aussi au public extérieur à notre société en plus d’autres axes de formation. Les différentes stratégies d’employabilité des jeunes diplômés font partie de nos ambitions. Huawei va continuer à réfléchir à la façon de mettre en place davantage de cadres de formation pour les jeunes africains.

Qu’est-ce qui a attiré Huawei vers l’Égypte en 1997 ?

L’Égypte se veut un marché attractif, aux opportunités florissantes. Avec 100 millions d’habitants, l’Égypte est le 2ème pays le plus peuplé en Afrique après le Nigéria, mais c’est aussi l’une des grandes puissances économiques du continent. En termes de pouvoir d’achat et de consommateurs potentiels, l’Égypte représente un marché très important. Le pays souhaite investir et développer les secteurs en plein boom afin de donner une nouvelle impulsion à son économie.

Parmi ces secteurs, les TIC occupent une place importante dans l’économie globale et contribuent à la croissance. Ce sont tous ces facteurs qui nous ont séduits. Et L’Égypte a en effet été l’un des pays à réagir positivement et rapidement à notre offre technologique.

Interview réalisée par E. G. GADEGBEKU.

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