Affaire Wagner au Sahel: Un dangereux précédent qui rebattrait les cartes de la sécurité régionale

Bamako (© 2021 Afriquinfos) Les interpellations, les mises en garde, les menaces de retrait et mêmes les récentes déclarations assez dures du Président Français Emmanuel Macron, n’y font visiblement rien. Bamako s’avance inexorablement sous le giron sécuritaire de la Russie. Si jusqu’alors, les éléments du Groupe paramilitaire russe ‘Wagner’ ne sont pas encore visibles à Bamako et dans d’autres zones du pays, tout indique néanmoins que le Kremlin fait désormais office de partenaire privilégié des autorités de la Transition au Mali.

 La réception, la semaine écoulée d’hélicos de combat de fabrication russe en est une illustration. Pour de nombreux observateurs, ce n’est donc plus qu’une question de temps pour que le groupe paramilitaire russe ‘Wagner’, tant décrié, sorte du bois. Ces derniers s’inquiètent encore plus des répercussions que cette présence aura sur la sécurité dans la région du Sahel.

Depuis plusieurs semaines, la question du rapprochement entre Bamako et le groupe de sécurité privé russe ‘Wagner’ est au cœur des débats. Les déclarations de plusieurs officiels maliens qui sans le confirmer maintiennent le flou sur un futur accord, agacent leurs alliés à Paris, Berlin, Bruxelles et à Washington qui ne cachent pas leur mécontentement. Que les actuelles autorités de Transition au Mali se rapprochent d’un groupe de sécurité privé réputé proche du Kremlin ne devrait pourtant pas être aussi surprenant, quand on se fie aux profils des nouveaux hommes forts de Bamako.

Assimi Goïta, le chef de la Junte et actuel Président de la Transition, les colonels Malick Diaw et Sadio Camara, deux membres influents de la junte, le Premier ministre, Choguel K. Maïga, ont fait une partie de leur formation ou études en Russie ou dans l’ancienne Union soviétique.

Mais, pour Issa Kaou Djim, président de la plateforme ‘Appel citoyen pour la réussite de la Transition’, tout ne se résume pas aux formations reçues en Russie par certains membres de l’actuel Gouvernement : «Je ne vois pas les choses en termes de formation car Assimi Goïta a aussi bénéficié de formations en Allemagne et aux Etats-Unis. Le Mali doit être respecté comme un pays souverain, un pays qui doit avoir la souveraineté de choix stratégiques pour sa sécurité, et c’est cela qu’il faut faire prévaloir», analyse froidement l’homme politique. Et d’ajouter : «Je ne suis pas partisan du ‘À bas la France’Les acteurs présents, s’ils peuvent nous aider à reconquérir notre souveraineté sur l’ensemble du territoire, je pense qu’il n’y a pas à aller chercher loin. Mais si tel n’est pas le cas, il faut explorer d’autres possibilités», a laissé entendre Issa Kaou Djim en se gardant visiblement de prendre parti.

Choix de Wagner, une petite histoire au Mali

Cette marche du pouvoir de Bamako vers Moscou plonge ses racines dans une forme de soutien populaire dont bénéficie l’ancienne URSS auprès de certaines populations maliennes. Ces dernières, après avoir retrouvé de l’espoir avec l’intervention française de début 2013, sont quelque peu désabusées huit ans plus tard, au vu de la situation sécuritaire toujours précaire dans plusieurs parties du pays.

Une frange du peuple malien est même nostalgique de l’époque où la coopération entre le Mali et la Russie était à son summum au sortir des indépendances. Aussi, cette partie de la population n’est-elle pas hostile à un nouveau rapprochement entre les deux parties voire avec Wagner, même si cette frange n’est pas dupe de la configuration qu’aura cette coopération sécuritaire annoncée. Le groupe privé de sécurité russe opère dans des pays contre espèces sonnantes et trébuchantes. Sa priorité, c’est d’abord de sécuriser ses clients. Dans le cas malien, il s’agit donc des autorités de la Transition dont Wagner intégrerait la garde rapprochée.  Le ministre de la Défense du Mali a en effet admis avoir ouvert des négociations avec Wagner.

Selon d’autres indiscrétions, le Gouvernement malien verserait chaque mois à Wagner six milliards de francs CFA (plus de neuf millions d’euros), et lui accorderait trois sites miniers. Si un accord est signé, le groupe serait chargé de la protection de hautes personnalités et de la formation des militaires maliens. En plus de ses «conseillers militaires», c’est une cohorte «d’experts financiers» qui pourront également débarquer et faire des projections autour de l’économie locale.

Les secteurs miniers et les Douanes sont particulièrement convoités. L’exemple centrafricain en est une illustration. Pour ne rien arranger, ces mercenaires russes sont épinglés dans de multiples rapports pour des exactions et violations des droits de l’Homme commises sur divers théâtres d’opération, que ce soit en Libye ou en République centrafricaine. Pas plus tard que le vendredi 1er octobre dernier, le ministre centrafricain de la Justice, Arnaud Djoubaye Abazène, a reconnu les exactions commises par des mercenaires russes.

Si en mars dernier, les autorités de Bangui avaient minimisé les conclusions d’un Rapport de l’ONU, indiquant que c’était de «simples dénonciations», elles reconnaissent dorénavant que les Faca (Forces armées centrafricaines) et leurs alliés, les «instructeurs russes» sont eux aussi responsables de violences, mais secondairement. Arnaud Djoubaye Abazène a en effet soutenu que les crimes et actes de torture avaient été «majoritairement» commis par des rebelles de son pays.

Pour ce qui est du Mali, on s’imagine en outre que les djihadistes et autres bandits armés qui opèrent dans le Nord et le Centre du pays vont vouloir «tester» les nouveaux arrivants, en créant ainsi un nouveau cycle de violences dans la région sahélienne. Une région, qui si les menaces de retrait annoncés par Paris, Berlin, Bruxelles et Washington, en cas d’arrivée du groupe Wagner, se confirment, sera livrée à elle-même.

D’autant plus que le Mali sera isolé et lâché par ses pairs de la CEDEAO. L’organisation sous-régionale a même demandé aux autorités de la Transition au Mali de soumettre d’ici fin octobre 2021 le chronogramme des élections de février 2022. Et a enjoint à ses directives des menaces. Des sanctions ciblées seront prises contre toute personne qui entraverait le calendrier de la Transition tel qu’arrêté par les Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO : «Ces sanctions incluraient notamment l’interdiction de voyage pour ces personnes et leur famille et le gel de leurs avoirs financiers», avait précisé le communiqué final au terme du dernier Sommet extraordinaire tenu à Accra.

Les autorités de la Transition au Mali ne se formalisent pourtant pas de ces injonctions. Le Premier, ministre malien, Choguel K. Maïga au cours d’une rencontre avec les membres du corps diplomatique et consulaire accrédités au Mali, le 9 septembre dernier, avait déclaré que l’organisation des élections présidentielles n’est pas la priorité du Gouvernement de Transition.

Le chef du Gouvernement avait clairement indiqué que la priorité de son équipe gouvernementale est d’abord l’organisation des “Assises nationales prévues de septembre à février 2022’’. Il enfoncera le clou quelques semaines plus tard à la tribune des Nations Unies accusant la «France d’abandon en plein vol», ce qui justifierait le recours à d’autres «partenaires».

Une sortie fermement condamnée par Paris. Florence Parly la ministre des Armées, Jean Yves le Drian, le Chef de la Diplomatie, des parlementaires et plus récemment le Président Emmanuel Macron, ont qualifié ces propos d’inacceptables. Le président français a même parlé de «honte». Les autorités maliennes, en guise de réponse à cette sortie musclée d’Emmanuel Macron, ont réceptionné vendredi dernier en grande pompe, 4 hélicos de combat russe…

Afriquinfos

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