Côte d’Ivoire: L’affaire ‘Yves de M’Bella’ relance le débat national autour des violences faites aux femmes

Un animateur d’une télévision ivoirienne qui avait suscité l’indignation pour avoir invité un ex-violeur à expliquer comment il abusait de ses victimes, a été condamné mercredi à Abidjan à 12 mois de prison avec sursis pour « apologie du viol » et « atteinte à la pudeur ».

Deux jours après l’émission, l’animateur, Yves de M’Bella, et l’ex-violeur, Kader Traoré, ont dans un premier temps été entendus par la police avant d’être déférés en comparution immédiate devant le tribunal correctionnel d’Abidjan.

Outre les 12 mois avec sursis, M. de M’Bella a également été condamné à deux millions de FCFA (3.000 euros) d’amende et s’est vu signifier l’interdiction de quitter Abidjan.

Kader Traoré, qui avait déjà été condamné par le passé pour viol et coups et blessures, a écopé lui de 24 mois de prison ferme et 500.000 FCFA (750 euros) d’amende pour les mêmes motifs. Son avocat a décidé de faire appel.

Interrogée par l’AFP après le verdict, Bénédicte Joan, présidente de l’association ‘Stop au chat noir’ qui vient en aide aux victimes de viol, a reconnu qu’il « y a eu un effort louable de la justice qui a agi rapidement », mais elle a regretté le sursis pour M. de M’Bella « qui n’ira pas en prison », ainsi que le faible montant de l’amende.

Elle aurait en outre souhaité que soit ordonné le versement « de dommages et intérêts » aux associations de défense des droits de la femme et d’aide aux victimes de violences sexuelles.

Des faits, une vive émotion

Lundi soir à une heure de grande écoute et en public, Yves de M’Bella avait invité dans son émission sur la Nouvelle chaîne ivoirienne (NCI, télévision privée) – censée dénoncer le viol – Kader Traoré à qui il a demandé d’expliquer comment il s’y prenait pour abuser de ses victimes en s’aidant d’un mannequin.

Il l’avait même aidé à allonger le mannequin sur le sol, l’incitant à montrer les gestes qu’il faisait, le tout accompagné de rires et de commentaires déplacés, lui demandant ensuite ses « conseils » pour qu’une femme ne se fasse pas violer.

Cette émission avait immédiatement suscité l’indignation de personnalités, d’anonymes et de victimes de viol qui réclamaient des sanctions contre l’animateur et sa chaîne.

– « Ecoeurant, inadmissible » –

Une militante féministe lors d’une manifestation contre la chaîne de télévision Nouvelle Chaine Ivorienne (NCI) après un programme sur le viol qui a suscité l’indignation des Ivoiriens, à Abidjan le 1er septembre 2021.

« Dites moi que je rêve », avait ainsi écrit sur Facebook Priss’K, artiste et humoriste ivoirienne. « C’est écoeurant, inadmissible, irrespectueux, surtout envers les femmes. Un viol, c’est tellement dégradant, déshumanisant pour la victime ». Deux jours plus tard, l’indignation restait intacte et une pétition lancée lundi soir par Désirée Dénéo, secrétaire générale de la Ligue ivoirienne des droits des femmes, pour dénoncer les faits et réclamer des sanctions, avait récolté mercredi plus de 46.500 signatures.

La Haute autorité de communication audiovisuelle (Haca) avait dès mardi suspendu Yves de M’Bella pendant 30 jours de toutes les antennes et télévisions de Côte d’Ivoire. Le comité d’organisation du concours Miss Côte d’Ivoire qui a lieu samedi, a en outre décidé qu’il n’animerait pas la soirée comme initialement prévu.

Une dizaine de femmes se sont rassemblées mercredi matin devant le siège de la NCI à Abidjan pour dire « Non à la banalisation du viol à la télévision ».

« C’est une chaîne très suivie dans un pays où le taux d’analphabétisme est élevé. Les gens voient des choses à la télé et les reproduisent », a estimé Fatim Sylla, blogueuse et membre de l’association d’aide au développement des femmes et des enfants ‘Allo Bénévoles’. « Alors utilisons la télévision pour éduquer ».

Il n’existe pas de statistiques officielles sur les viols en Côte d’Ivoire. Pour l’année judiciaire 2018-2019, le ministère de la Justice indique avoir recensé 481 cas de condamnation pour viol, mais la plupart des agressions sexuelles ne font pas l’objet de plaintes, selon les ONG des droits des femmes.

Dans une enquête réalisée auprès de 5.556 personnes publiée en juin dernier, l’ONG Citoyennes pour la promotion et la défense des droits des enfants, femmes et minorités (CPDEFM), a recensé en deux ans dans la seule ville d’Abidjan 416 féminicides, 2.000 cas de violences faites aux femmes, dont 1.290 cas de mariage de filles de moins de 18 ans et 1.121 viols.

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