Le Burkina Faso va enfin pouvoir juger François Compaoré dont l’extradition depuis la France a été validée

Le Conseil d’Etat français a validé vendredi l’extradition de François Compaoré vers le Burkina Faso, où ce frère du président déchu Blaise Compaoré est mis en cause dans l’enquête sur l’assassinat en 1998 d’un journaliste d’investigation.

François Compaoré, frère cadet et conseiller du président burkinabè Blaise Compaoré, lors de la campagne pour les élections législatives, à Ouagadougou le 28 novembre 2012.

Dans une décision rendue vendredi, le Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative française, a rejeté le recours formé par François Compaoré contre le décret d’extradition signé en mars 2020 par le Premier ministre français de l’époque, Edouard Philippe.

« La requête de M. Compaoré est rejetée », indique la décision du Conseil d’Etat. François Compaoré est le frère cadet de Blaise Compaoré, chassé par la rue en octobre 2014 après 27 ans au pouvoir au Burkina Faso.

Journaliste d’investigation reconnu et directeur de l’hebdomadaire « L’Indépendant », Norbert Zongo, 49 ans,  avait été assassiné le 13 décembre 1998, alors qu’il enquêtait sur le meurtre du chauffeur de François Compaoré. Sa mort avait provoqué une profonde crise politique au « pays des hommes intègres ».

Norbert Zongo, auteur de plusieurs enquêtes retentissantes dénonçant une mauvaise gouvernance sous le régime Compaoré, avait été tué avec trois de ses compagnons. Les quatre dépouilles avaient été retrouvées calcinées dans le sud du Burkina.

En juin 2019, la Cour de cassation française avait rejeté le pourvoi de M. Compaoré contre son extradition vers Ouagadougou, où le dossier de l’assassinat du journaliste, classé en 2006 après un « non-lieu » en faveur du seul inculpé, a été rouvert à la faveur de la chute de Blaise Compaoré.

François Compaoré avait été arrêté à l’aéroport parisien de Roissy en octobre 2017, en exécution d’un mandat d’arrêt émis par les autorités de Ouagadougou. Mais à ce jour, il n’est pas inculpé dans son pays, à la différence de trois ex-soldats du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), l’ancienne garde prétorienne de Blaise Compaoré.

Dans un communiqué transmis à l’AFP, les avocats de M. Compaoré, Maîtres François-Henri Briard et Pierre-Olivier Sur, indiquent vendredi que leur client « prend acte » de la décision. François Compaoré « est prêt à faire face, dans la dignité, dans l’honneur et avec responsabilité, à la justice burkinabè », ajoutent les avocats.

M. Compaoré regrette « toutefois que la décision du Conseil d’Etat ne s’inscrive pas dans la ligne des précédents jurisprudentiels qui excluent toute mesure d’extradition à caractère politique ou qui expose la personne concernée à des risques de torture, de traitements inhumains et dégradants et de violations du droit à un procès équitable », selon le texte.

M. Compaoré est « assurément exposé à de tels risques s’il était remis au Burkina Faso », pays en proie « à une grave déstabilisation et qui ne présente aucune garantie suffisante, ni pour lui, ni pour ses avocats appelés à le défendre », affirment ses conseils.

Les avocats annoncent dans ce communiqué que M. Compaoré a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) « afin qu’elle fasse échec à l’extradition envisagée et sanctionne les manquements de la France à le protéger ».

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