L’alphabétisation digitale des femmes rurales : un puissant vecteur de croissance (Edith Brou Bleu)

ABIDJAN (© 2021 Afriquinfos)- Il est indéniable que le retard technologique en Afrique constitue un énorme obstacle en termes d’exclusion sociale, de services publics, de qualité de vie, d’éducation, et donc d’économie. Nous jouons tous une partition dans un environnement numérique, en perpétuel développement. Cette révolution a donné naissance à plusieurs concepts dont le but est de s’adapter effectivement et le plus rapidement possible. Parmi ces concepts, l’alphabétisation numérique est devenue une priorité pour la majorité des états dans le processus de développement durable. En effet, l’alphabétisation traditionnelle étant déjà en étroit lien avec le développement économique, nous nous pencherons sur la question de savoir si l’alphabétisation numérique des femmes en milieu rural pourrait être un puissant vecteur de développement économique et social.

Que signifie l’alphabétisation digitale ?

L’alphabétisation digitale est aussi importante que l’alphabétisation traditionnelle. Elle peut être définie comme une extension de l’alphabétisation traditionnelle. Elle est fondée sur l’approche critique et l’évaluation de l’information numérique, sur la capacité à traiter les médias numériques, selon Misfud. Néanmoins, la définition la plus complète de l’alphabétisation digitale est donnée par Martin A., et elle dit : « L’alphabétisation digitale est la conscience, l’attitude et la capacité des individus à utiliser correctement les outils et équipements numériques afin d’identifier, d’accéder, de gérer, d’intégrer, d’évaluer, d’analyser et de synthétiser les ressources numériques, de construire de nouvelles connaissances, de créer des médias d’expressions et de communiquer avec d’autres, dans un contexte, une situation spécifique afin de permettre des actions sociales constructives lors d’un processus réfléchi».

Certains experts disent même que l’objectif principal est de créer des e-citoyens, capables de fonctionner efficacement dans l’e-monde du 21e siècle. Cela passera donc par le développement de compétences technologiques pour tous afin qu’ils puissent facilement utiliser un ordinateur, et les outils de communication.

Quel impact économique de l’alphabétisation digitale en Afrique ?

Tout comme l’alphabétisation traditionnelle, l’alphabétisation digitale est source de nombreux emplois. Selon l’Union Internationale des Télécommunications (UIT), plus de 90% des emplois requièrent des compétences digitales. Les métiers du digital, depuis l’informatique pure, jusqu’à la communication, en passant par le commerce en ligne, pourraient aveuglément être inclus dans ce pourcentage. L’alphabétisation digitale donnerait donc l’opportunité à tous de participer activement à la vie économique de leurs pays respectifs, augmentant systématiquement le PIB.

Cette période de crise sanitaire est le parfait argument. Imaginons un instant que l’alphabétisation digitale de tout citoyen ait été effective pré-covid 19 ? L’activité économique mondiale, pour ne pas dire africaine, n’aurait pas connu de difficultés majeures comme cela a été le cas.

Accompagner les femmes rurales pour soutenir l’économie

L’accès à internet et autres outils numériques en milieu rural est un véritable casse-tête. Et si on y ajoute le fait qu’il n’existe pas encore d’accès équitable aux outils numériques pour les femmes, nous constatons que les femmes rurales sont marginalisées, et ne peuvent pas suffisamment participer à la vie économique de notre société caractérisée par le digital. En 2016 par exemple, l’écart régional le plus important était en Afrique.

Il était d’environ de 23%. Cette inégalité empêche malheureusement le développement de nombreuses économies. En offrant un accès équitable aux filles, et aux femmes rurales, on leur offre l’opportunité non seulement de développer des compétences pertinentes, utiles, mais aussi d’être autonomes, et participer activement à l’activité économique des pays africains à travers les différents pans ouverts.

Selon une étude d’Intel, si 600 millions de femmes étaient connectées à internet en trois ans, le PIB mondial augmenterait de 13 à 18 milliards de dollars. En sachant que les femmes représentent la moitié de la population africaine, et que les 40 milliards d’heures consacrées par an à la collecte d’eau par les femmes en Afrique subsaharienne, pourraient être mises à contribution pour ne serait-ce que développer des compétences technologiques, la différence est vite faite. Les statistiques datant de 2016 chiffrent l’apport de l’entrepreneuriat féminin au PIB du continent africain à hauteur de 250 à 300 millions de dollars, entre 12 et 14% du PIB africain. Des chiffres qui démontrent pleinement le potentiel dont regorge les femmes africaines, même en milieu rural.

Ayant pleinement conscience de cette opportunité, et dans le souci d’un impact social positif, Huawei, le géant de la technologie s’est d’ailleurs engagé sur plusieurs projets en Afrique, dont DigiTruck. C’est un projet technologique réalisé en collaboration avec Close The Gap au Kenya, qui pallie les insuffisances de l’alphabétisation digitale en milieu rural.

En effet, il s’agit d’un camion alimenté par énergie solaire, équipé pour distiller et développer les compétences digitales des enfants, hommes et femmes de plusieurs communautés en milieu rural. Il peut ainsi se déplacer sans problème vers toutes les communautés, et leur apporter le savoir digital, quelle que soit leur localisation. Huawei a lancé l’initiative «Women in Tech» au Kenya en août 2019, ainsi que le Forum Women in Tech à travers plusieurs pays africains. Et le 8 mars 2021, le géant des télécoms a officiellement lancé son programme HUAWEI Women

Developers (HWD), qui vise à doter les femmes développeurs des moyens de créer des applications et des outils susceptibles de changer le monde. Toute femme développeur du monde entier peut s’inscrire au programme sur le site officiel de HUAWEI Developers. L’entreprise tient donc à activement participer à l’autonomisation de la femme en Afrique, plus particulièrement à leur inclusion dans l’ère digitale.

Dans le schéma de l’alphabétisation traditionnelle, la femme rurale africaine, et la femme en générale ont été marginalisées, et des millions d’opportunités, des années de croissance économique se sont évaporées. De nos jours, le digital vient changer la donne. L’alphabétisation digitale des femmes rurales africaines doit donc être considérée comme un moyen efficace pour accroître aussi les PIB de nos pays africains, mais aussi de développer effectivement, et largement l’Afrique tout entière.

Qui est Edith Brou Bleu ?

Elle se spécialise aussi dans la production de contenus multimédias pour ses plateformes de réseaux sociaux. En Octobre 2014, elle est conviée par l’Union Internationale des Télécoms (UIT) à Busan, en Corée du sud, où elle participe pendant 3 semaines au programme spécial Young ICT Policy Leaders. En Février 2015, le magazine Jeune Afrique la classe parmi les 50 personnalités qui font bouger la Côte d’Ivoire.

En Avril 2017, le Ministère des Affaires étrangères français l’a sélectionnée pour prendre part au programme PIPA, personnalités d’avenir. Edith Brou est également boursière du Département d’Etat américain grâce à son statut de IVLP (International Visitors Leadership Program). Dans l’édition de mai 2019 du magazine Forbes Africa, elle est classée parmi les 100 femmes les plus influentes d’Afrique. Edith Brou Bleu a étudié les Sciences économiques à l’Université Felix Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire. Elle est maman de deux garçons.

Afriquinfos

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