Sahel: Paris table sur une réduction de sa force opérationnelle durant les prochains mois

Bamako (© 2021 Afriquinfos)- Dans un entretien accordé au «Parisien», la ministre française des Armées, F. Parly, projette qu’une réduction des effectifs de la Force Barkhane déployée dans la région du Sahel est dans les cordes. Si pour l’heure, rien n’est officiel, on en saura plus lors du prochain Sommet conjoint France/pays du G5 Sahel prévu en février prochain dans la capitale tchadienne. 

Forte actuellement de 5.100 hommes, la Force Barkhane présente dans le Sahel depuis 2014 devrait connaitre un dégraissage dans les mois à venir. L’annonce a été faite par Florence Parly, Ministre française des Armées. Si le membre du gouvernement français ne donne pas de chronogramme pour ce retrait progressif, elle fait savoir qu’une décision sera prise à l’occasion du prochain Sommet conjoint France/G5 Sahel (cinq pays du Sahel affectés par la menace djihadiste: Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad).

Cette sortie de Florence Parly survient après deux récentes attaques à l’engin explosif improvisé qui ont conduit à la mort de cinq soldats français dans la région du Sahel. Ces embuscades meurtrières portent à une soixantaine de morts dans les rangs de la Force Barkhane. Il est également prévu toujours en février prochain un débat au Sénat français sur la guerre au Sahel, à la demande de la Commission des Affaires étrangères et de la défense.

Si la Ministre Française des Armées évoque l’atteinte de sa mission par la Force Barkhane pour justifier la réduction de ses effectifs, de nombreux experts estiment qu’on en est loin. La capacité de nuisance des djihadistes est toujours aussi grande, en témoignent les récentes attaques contre les convois militaires de Barkhane, ou encore le massacre d’une centaine de civils dans la région de Tillabéry au Niger. Pour ces observateurs, la France essaie de se sortir du bourbier sahélien. Peu aidée par les forces armées locales mal organisées, notamment celle regroupées au sein du G5 Sahel en dehors du Tchad, l’armée française peine à mener la lutte contre le terrorisme dans la région.

A cela s’ajoute une divergence de point de vue quant à l’approche avec les djihadistes. Pendant que Paris est catégoriquement opposée à toute négociation avec les terroristes, Bamako n’hésite pas à ‘négocier’ avec certains d’entre eux. Les militaires au pouvoir en ce moment au Mali ont ainsi négocié avec les djihadistes la libération, en octobre dernier, de quatre otages – deux Italiens, une Française et le chef de l’opposition malienne (Soumaïla Cissé, qui vient de décéder de la Covid-19) contre 200 djihadistes ou présumés tels incarcérés dans les prisons maliennes.

Au moins 29 des détenus libérés avaient été arrêtés, souvent au risque de leur vie, par les militaires français, qui n’ont pas caché leur amertume! Pour ne rien arranger, la force européenne «Takuba» annoncée pour venir appuyer Barkhane tarde à se déployer. “Takuba” ne compte pour l’heure que quelques dizaines d’Estoniens à Gao (Nord-Mali). Le Parlement tchèque a autorisé fin octobre 2020 l’envoi de 60 de ses militaires, toujours attendus au Mali. Quelques dizaines de commandos parachutistes grecs devraient aussi être envoyés au Sahel à partir de mai 2021. Enfin, 150 Suédois sont annoncés pour 2021. En attendant ces appuis qui se font désirer, Paris va réduire sa présence dans le Sahel.

Boniface T.

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