Procès de parents passeurs au Sénégal: le parquet a requis 2 ans de prison, la justice tranche avec 2 ans avec sursis

Dakar (© 2020 Afriquinfos)- Au Sénégal, la justice a donné son verdict dans l’affaire des trois pères de famille poursuivis pour avoir embarqué leurs enfants sur des pirogues à destination de l’Espagne. C’était ce mardi au tribunal d’instance de Mbour, une peine de deux ans d’emprisonnement avec sursis en opposition à la réquisition de 2 ans de prison ferme du parquet.

L’histoire de Doudou décédé en mer et jeté à la flotte par les passeurs avait fait le tour de la planète et ému plus d’un. Le jeune adolescent de 14 ans, passionné de football et désireux d’aller monnayer son talent en Europe pour sortir sa famille de la pauvreté, ne réalisera pas son rêve. Encore moins pour son père qui avait payé pour son voyage. Ce dernier est désormais sur le banc des accusés avec deux autres géniteurs comme lui. Deux ans de prison avec sursis ont été retenus par la justice sénégalaise à leur encontre dans l’affaire dite «des trois pères de famille». Ils sont poursuivis pour avoir fait embarquer leurs enfants sur des pirogues à destination de l’Espagne.

Sur l’accusation de «complicité de trafic de migrants», les accusés ont été relaxés. Mais par contre, ils ont été reconnus coupable de «mise en danger de la vie d’autrui», une décision qui n’est pas du goût de l’avocat des accusés, Me Abdoulaye Tall. Il estime la peine trop sévère et se justifie par le fait que les pères de familles n’ont pas bénéficié directement du trafic.

«Nous avons prouvé que les pères de famille n’étaient pas des complices des passeurs ou des organisateurs de ces voyages. Ils n’étaient pas bénéficiaires des sommes d’argent qui ont été versées. Ils n’étaient pas propriétaires des pirogues ni des moteurs. Donc, on ne pouvait pas les considérer comme complices, insiste l’avocat. D’autant plus qu’ils n’ont pas causé d’acte de complicité.

Au contraire, au même titre que l’enfant décédé, tous les pères sont des victimes», s’indigne-t-il. Poursuivant, il a ajouté: «Je me dois de respecter cette décision, mais si on prend en compte l’intention. Je pense qu’ils n’avaient pas le sentiment de sacrifier leurs enfants ou de mettre en péril la vie de leurs enfants. Ils étaient animés par un sentiment de bien faire, pour des lendemains meilleurs et pour leur réussite. Et ils ont pensé à tort ou à raison que peut-être l’Europe serait un bon endroit pour réussir. Ce sont des personnes de bonne foi». Ce conseil compte faire appel de la décision.

Un procès pour un impact social

Allant au-delà de bénéfices, la justice pour sa part accuse les parents d’avoir exposé leurs enfants au danger, en organisant leur périlleux voyage qui a malheureusement coûté la vie au jeune Doudou. C’est dans le sud de Dakar que l’affaire a été jugée dans une salle comble. L’avocat des accusés précise que les parents étant déjà en détention depuis près de deux semaines, il leur reste à purger juste une quinzaine de jours.

Depuis octobre 2020, les départs des côtes sénégalaises vers les Canaries ont repris de plus belle. Même s’ils n’étaient pas animés de mauvaises intentions, les pères de familles ont commis de graves négligences en payant des passeurs et en organisant ces départs. Dans ce procès qui vise dans sa ligne de mire les éventuels candidats à la migration, les avis sont controversés et l’on se demande pourquoi juger les parents qui ne sont pas les vrais

candidats à l’immigration ? Quoiqu’il en soit, l’Etat aura bien fait comprendre son message à l’endroit de «la population et notamment des familles qui ont tendance à faire en sorte que leurs enfants effectuent ce type de voyage».

S. B.

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