Cameroun : des foules de croyants à l’assaut des "miracles" dans un sanctuaire marial près de Yaoundé

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Par Raphaël MVOGO

Anonymes et parfois des personnalités connues, des foules de Camerounais, y compris d'étrangers, prennent d'assaut chaque jour ce site érigé en "sanctuaire marial Notre Dame de la paix", à la recherche de "miracles" supposés ou réels, et à l'égard desquels les autorités dE l'archidiocèse de Yaoundé n'ont pas cessé de manifester une réserve ambiguë, pouvant être perçue comme une onction et un refus de reconnaissance mélangés.

"La réserve, on l'attribue à ce que l'Eglise appelle la prudence. Il fallait que l'Eglise prenne son temps pour essayer de voir ce qui se passe effectivement avant que de prononcer et jusqu'ici, elle ne s'est même pas prononcée. Elle est simplement soucieuse en tant que mère et maîtresse, de tous ces enfants de l'Eglise qui viennent ici pour prier", a indiqué à Xinhua le recteur du sanctuaire, l'abbé Jean Bertrand Mengue Awondo.

Convaincus que Nsimalen est une terre de guérison et de soulagement de maux depuis le 13 mai 1986, date de l'"apparition" de la Vierge Marie, événement inédit vécu et annoncé par un groupe de 7 élèves, des garçons et des filles âgés de 12 à 14 ans, et qui trois jours après laissait découvrir "toute la terre et toute la forêt autour de la visiteuse céleste (..) Lumineuses", n'en ont cure : le chemin de croix et les eaux du sanctuaire sont un symbole de salut par excellence.

A longueur de journée, les jours ordinaires comme les week-ends ou les jours de fête, le site ne désemplit pas. Femmes, hommes, enfants : aucune catégorie d'âge ou de sexe n'est épargnée par les "phénomènes de Nsimalen", bien que la palme d'or des fréquentations soit détenue par la gent féminine, sans distinction d'obédience religieuse.

"Ce que je constate, c'est que beaucoup de gens viennent ici, rentrent pétris de grâces. Il y en a qui trouvent du travail ; il y en a qui sont guéris de leurs maladies ; il y en a qui trouvent un conjoint. Et toutes ces personnes l'attribuent à l'apparition de la Vierge Marie à Nsimalen", affirme toutefois l'abbé Mengue Awondo à propos de l'engouement observé.

"Il a fallu un encadrement pour que ça n'aille pas dans tous les sens. Voilà pourquoi l'Eglise a décidé d'intervenir, d'autant que la cause qui les emmène ici, c'est quand même la Vierge Marie dont ont connaît la place dans le coeur de l'Eglise catholique, soutient le jeune prêtre, nommé par l'archevêque de Yaoundé, Mgr. Victor Tinye Bakot, pour perpétuer une tradition instaurée depuis la création officielle du sanctuaire le 30 mai 2004.

Avant cet acte, Nsimalen s'était déjà vu consacré par ses innombrables visiteurs en un lieu sacré et de pèlerinage, sous la protection de la Vierge Marie.

Des ouvrages ont été édités ont achevé de porter l'intérêt sur la place publique : "De l'apparition de la Vierge Marie à Nsimalen " de l'abbé Thomas Ketchoua, de regrettée mémoire ; "Ar-en-ciel : La Très Sainte Vierge Marie visite le Cameroun" et "Impacts spirituel, social, culturel.. des apparitions de la Très Sainte Vierge Marie visite le Cameroun" d'Hyacinthe Fouda, laïc engagé.

Mais, "Nsimalen, c'est à la fois Dieu et le diable. Ce n'est pas tout le monde qui vient ici qui est habité par l'esprit de Dieu. Pendant 24 ans, il y a eu des pratiques terribles, d'où la prière de libération de l'archevêque le 1er janvier pour restaurer la présence de Dieu dans les coeurs des fidèles", remarque la soeur Anastasie Bertille Ngo Lihinaj, chargée de la gestion de la procure évangélique, logée dans un local abritant une chapelle.

Du 31 décembre au 2 janvier, les 25 ans des "phénomènes de Nsimalen" ont été commémorés par une série de célébrations eucharistiques de veillées de prières avec la présence effective de l'archevêque métropolitain de Yaoundé qui, le 1er octobre déjà, avait organisé une marche baptisée "procession pour la paix", de la cathédrale Notre-Dame des Victoires à Yaoundé jusqu'au sanctuaire marial de Nsimalen, en vue de l'élection présidentielle du 9 octobre.

Affecté par un décret présidentiel, ce site comprenant un chemin de croix recouvre une superficie de trois hectares, aujourd'hui sans l'arbre ayant été l'objet de l'apparition de la Vierge Marie en 1986.

"Malheureusement, l'arbre a été l'objet d'un pieux vandalisme. On arrachait les écorces, les racines ; on coupait les branches et l'arbre à un moment donné a perdu vie, il s'est desséché", témoigne l'abbé Jean Bertrand Mengue Awondo.

Selon le prélat, "une des raisons qui a conduit à une des premières destructions du sanctuaire, c'est qu'un jour des branches sont tombées, faisant des morts. Et à la suite, l'administration a demandé que l'arbre soit coupé. Ce qui a été le cas. Ceux qui étaient présents à cette époque, certains en ont recueilli des branches, des billes qu'ils conservent par devers eux comme des reliques. L'Eglise elle-même n'en a aucune trace".

A côté d'une route conduisant au pavillon présidentiel de l'aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, le sanctuaire marial Notre Dame de la paix de Nsimalen se prolonge de l'autre côté de la route sur un marécage se distinguant par la découverte de la forêt et de la terre "lumineuses", "qui soignent tout", d'après les témoignages. Une piscine appelée "source de purification" et un puits ou "source de délivrance" avec une grotte y sont aussi aménagés.

"Un petit enfant qui était malade, il a été demandé dans un message qu'on aille creuser dans le marécage pour lui faire boire de cette eau. Il était déjà mort d'ailleurs et on a demandé de lui faire des gargarismes avec cette eau-là, il a repris vie. Depuis lors, des gens accourent là pour plonger, pour demander la guérison, la santé. Je ne peux pas attester de quoi que ce soit", explique le recteur.

Camerounaise résidant en Suisse, Françoise ne tarit pas d'éloges à l'endroit de ces sources aux "eaux miraculeuses".

"Je bois de cette eau (à vue d'il boueuse et sale, ndlr), je fais des gommages avec. Ça ma soulage très très bien. Je suis bien dans ma peau, j'ai la santé", a-t-elle rapporté.

Sur ces témoignages de guérison et de soulagement, la position de l'Eglise catholique est formelle.

"C'est un long processus. Selon l'Eglise, pour qu'on atteste une guérison, il faut passer par des études cliniques qui témoignent de la maladie, qui montrent que la maladie n'aurait pas pu être guérie autrement que par cela. C'est ce qu'on appelle un miracle. Même à Lourdes, il y a des comités d'authentification", affirme le recteur du sanctuaire.