Abidjan (© 2026 Afriquinfos)- Le 15 décembre 2025, Alexandra M’Bandama, 28 ans, ne se présente pas sur son lieu de travail. Un fait inhabituel. Ses collègues s’inquiètent rapidement : Alexandra est ponctuelle, rigoureuse, jamais absente sans prévenir.
Mais ce que beaucoup ignorent alors, c’est que cette disparition n’est pas la première. Après l’obtention de son baccalauréat, la jeune femme s’était déjà volatilisée pendant plusieurs jours. Des témoins affirment l’avoir aperçue en compagnie d’un homme ressemblant étrangement… à son propre père.
Cette fois, l’inquiétude prend une tout autre dimension. Pendant plus de dix jours, la famille maternelle et les proches multiplient les avis de recherche. Les appels se succèdent. Les messages circulent sur les réseaux sociaux. L’angoisse monte.
Dans l’ombre, Ahmed Soumahoro, le père, distille de fausses pistes. Il oriente les recherches ailleurs. Brouille les traces. Détourne les soupçons.
Fin décembre 2025, le corps d’Alexandra est retrouvé au large de Grand-Bassam. Il porte des traces de violences extrêmes, notamment des entailles profondes causées par une arme blanche.
Très vite, une hypothèse glaçante circule : la jeune femme aurait été victime d’abus sexuels répétés de la part de son père, et aurait été tuée après avoir tenté de mettre fin à une relation incestueuse imposée depuis des années.
Le choc est immense. Comment un père, socialement intégré, peut-il basculer dans une telle horreur ?
Aux origines d’un drame
Pour comprendre cette affaire, il faut remonter à la naissance d’Alexandra.
Marie-Noëlle Alexandra M’Bandama n’est pas reconnue immédiatement par son père biologique. Quelques mois avant sa naissance, celui-ci quitte la Côte d’Ivoire pour s’installer en France. La jeune fille porte donc le patronyme de sa mère.
Elle grandit au sein de sa famille maternelle, loin de son père.
Des années plus tard, alors qu’Alexandra a 13 ans, Ahmed Soumahoro revient en Côte d’Ivoire. Il décide de reconnaître officiellement sa fille et demande qu’elle vienne vivre avec lui et ses autres enfants, issus de différentes unions. La mère accepte.
La famille s’installe dans une villa à Bingerville. En apparence, une vie normale. En réalité, un climat de violence.
Selon plusieurs témoignages, Ahmed Soumahoro se montre autoritaire, brutal, imprévisible. Les violences physiques et verbales seraient fréquentes. Alexandra, plus que les autres enfants, serait la cible privilégiée.
Des accusations encore plus graves émergent : des relations sexuelles incestueuses auraient été imposées à la jeune fille dès l’adolescence.
À chaque tentative de résistance, les menaces pleuvent. Menaces de mort. Intimidations. Coups.
Alexandra se tait. Elle subit. Elle survit.
Une emprise qui se fissure
Avec le temps, Alexandra devient adulte. Elle commence à s’émanciper. Elle entame une relation amoureuse avec un jeune homme de son âge.
Ce choix ne serait pas accepté par son père.
Possessif, jaloux, violent, Ahmed Soumahoro aurait vu dans cette relation une remise en cause de son contrôle. L’emprise se fragilise. La tension monte.
Un passé déjà entaché de violences
Plusieurs témoignages décrivent un homme au passé troublé.
Ahmed Soumahoro aurait déjà purgé une peine de prison après une bagarre ayant entraîné la mort d’un homme. Il aurait bénéficié de soutiens familiaux influents pour écourter sa détention avant d’être envoyé en France.
En France, les violences auraient continué. Des voisins évoquent des scènes répétées de maltraitance envers sa compagne et ses enfants. Des actes d’une cruauté extrême sont rapportés, notamment des brûlures infligées avec des cigarettes.
Les enfants auraient été placés par les services sociaux avant d’être récupérés plusieurs années plus tard par leur mère (quatre ans précisément).
Un schéma de violence récurrent. Une spirale jamais interrompue.
Parcours professionnel et contrôle
Sur le plan professionnel, Ahmed Soumahoro aurait été licencié à plusieurs reprises pour faute grave, notamment pour mauvaise conduite et détournement de fonds. Il a occupé le poste de directeur commercial dans une société de sécurité (Flash Intervention) avant d’en être licencié.
Il crée ensuite sa propre entreprise dans le même secteur.
Alexandra y est recrutée comme responsable des ressources humaines.
Selon certains proches, cette embauche aurait été une manière supplémentaire de maintenir son emprise sur elle. La jeune femme finira par quitter l’entreprise, tentant de reprendre le contrôle de sa vie professionnelle.
Le basculement
Sentant la pression monter, Ahmed Soumahoro envoie les autres enfants ainsi que la domestique, qui subissait elle aussi des sévices sexuels jusqu’à avoir un enfant de lui, chez une connaissance. Puis il disparaît temporairement.
Selon les éléments recueillis par les enquêteurs, le 14 décembre, une violente dispute éclate. Alexandra aurait fermement refusé de continuer à subir les abus.
Armé d’un couteau, son père l’aurait enfermée dans sa chambre. Il l’aurait agressée sexuellement avant de la poignarder à plusieurs reprises.
Il transporte ensuite le corps jusqu’à Grand-Bassam et le jette en mer.
Lorsque le corps est retrouvé, il est en état avancé de décomposition, mais identifiable par la famille maternelle.
Interrogée, la domestique confirme l’existence d’une relation incestueuse imposée depuis plusieurs années. Et affirme qu’elle était, avec les enfants au salon au moment de l’assassinat d’Alexandra. « Alexandra a crié : au secours, il a un couteau. Mais on ne pouvait rien faire » a-t-elle affirmé.
Une fuite internationale

Alexandra M’Bandama a été inhumée sans la présence de la famille paternelle, selon les proches.
Aujourd’hui, la famille maternelle et les amis réclament justice.
Ahmed Soumahoro est en fuite. Il fait l’objet d’un mandat de recherche international d’Interpol.
Une jeune femme est morte. Une famille est brisée.
Et une société entière s’interroge : comment un système a-t-il pu laisser prospérer une telle violence pendant des années ?
Yaëlle L.



