Le long périple d’un fidèle mozambicain venu voir le pape à Maputo (Reportage)

Son long voyage témoigne de sa foi indéfectible. Davide Hilario a pris la moto, le train, la voiture et l’avion, près de 2.000 km en quatre jours, pour rejoindre Maputo, où il assistera ce vendredi à la messe du pape. « Je n’ai même pas réussi à dormir à cause de l’excitation ».

« C’est la première fois que je fais un voyage aussi long », confie ce Mozambicain de 31 ans vêtu d’une chemise de lin à l’effigie de François. Davide a commencé à préparer son périple il y a sept mois, après la visite au Vatican du président mozambicain Filipe Nyusi, qui a annoncé à son retour la venue du pape à ses concitoyens. Arrivé mercredi à Maputo, François est le premier pape à visiter le Mozambique depuis Jean-Paul II en 1988 dans le cadre d’une tournée qui le mènera aussi à Madagascar et à Maurice, trois pays parmi les plus pauvres de la région. Catholique fervent depuis toujours, M. Hilario a été choisi par les membres de sa paroisse de Nosse Senhora Aparecida, dans une région rurale de l’ouest du Mozambique, pour aller écouter le message papal et le retransmettre à sa congrégation. « J’ai dû me préparer spirituellement par la prière. Nous avons aussi préparé des chants de bienvenue pour le pape », raconte-t-il. Son pèlerinage a débuté samedi matin, à 06H00 très précisément, quand il a enfourché sa moto pour se rendre à la gare de Cuamba, à 300 km de Lichinga, la capitale de la province de Niassa.

Il a dû faire onze heures de train pour gagner la ville, où il a été accueilli par une famille catholique qui a ouvert sa porte aux pèlerins en route pour Maputo, où le pape doit célébrer une grande messe dans un stade géant de la capitale. « Le voyage en train s’est bien passé mais a été intense. Les autres pèlerins et moi-même avons prié, chanté et célébré l’évènement dans le train ».

– « J’ai pleuré » –

Des fidèles célèbrent l’arrivée du pape François à Maputo le 4 septembre 2019.

Puis mardi il a pris un avion pour Maputo, à la pointe sud du pays. Son église l’a aidé à acheter le billet mais il a quand même dû payer 17.300 métical (281 dollars) sur un total de 25.000. Cette somme représente la plus grosse part du budget de Davide, un fonctionnaire du département de l’enseignement qui a dû aussi économiser pour le voyage. Sa femme, qui tient les cordons de la bourse du foyer, a approuvé son initiative, une chance unique, tout en faisant remarquer qu’ils ne pouvaient se permettre que le strict nécessaire au voyage. « Mais quand j’ai ouvert mon sac, j’ai trouvé la chemise à l’effigie du pape et j’ai pleuré », se souvient-il. Ce père de trois enfants a entrepris son périple avec, dans sa petite valise rouge, quelques pantalons, deux paires de chaussures et un rosaire. Il n’est pas le seul à partager la ferveur suscitée par la venue du pape: des centaines de catholiques mozambicains ont été choisis comme lui pour représenter leur communauté et de nombreuses familles leur ont ouvert leur maison pour qu’ils puissent assister à la messe papale de vendredi. « Ce sont nos frères et soeurs dans la foi catholique. Cela nous permet de les accueillir sans crainte malgré tout le mal qu’il y a dans le monde », a dit l’un des hôtes des pèlerins, Rodrigues Baso. « Davide est un peu timide mais c’est une belle aventure que de l’héberger chez nous, nous échangeons nos expériences car nos vécus sont différents », dit-il.

Pour Davide, le temps fort de son périple sera la messe de vendredi car sa tache sera de relayer le message de François à son retour chez lui. « Le pape lui-même symbolise la paix. Ici, au Mozambique, nous traversons une période vraiment difficile et nous avons besoin du pape pour consolider la paix, nous apporter l’espoir et nous convaincre que la paix va durer », dit-il.

Le pape François avec le président mozambicain Filipe Nyusi à Maputo, le 5 septembre 2019.