Abuja (© 2026 Afriquinfos) – Née en 1963 à Lagos, Monsurat Ashabi Abraham, plus connue sous le nom de Toyin Igbira, grandit dans un milieu modeste. Très tôt, elle quitte l’école et se joint à sa mère pour le petit commerce. Elle commence par vendre des cigarettes de contrebande venues de Cotonou dans les marchés populaires de Mushin, une activité simple qui la familiarise avec les circuits commerciaux informels de la région.
Tout bascule en 1994, à 31 ans, lorsqu’elle rencontre Fataï, un Nigérian basé à Londres. Celui-ci lui propose de participer à un commerce qu’il lui décrit comme inoffensif : des médicaments destinés aux chevaux. Toyin, croyant à cette explication, se laisse entraîner. Mais elle découvre rapidement que ces produits sont en réalité de l’héroïne destinée à l’Europe et aux États-Unis, marquant son entrée dans le monde du trafic international.
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Après la mort de Fataï en 1996, Toyin ne recule pas. Elle récupère les contacts, restructure les circuits et prend progressivement le contrôle d’une partie du réseau. En quelques années, elle devient une figure redoutée, reliant Lagos, Londres, Zurich et New York, et utilisant Abidjan comme point stratégique de transit. Son système devient sophistiqué : plusieurs identités, des courriers recrutés à travers le monde, et des méthodes de transport toujours plus ingénieuses.
L’un des épisodes les plus marquants survient en 1996, lors des Jeux paralympiques d’Atlanta. Deux athlètes nigérians handicapés sont arrêtés avec de la drogue cachée dans leurs fauteuils roulants, révélant l’ingéniosité et la planification du réseau de Toyin.
À Lagos, Toyin mène une vie de luxe spectaculaire. Surnommée “Bùjẹ̀búdánù” (celle qui dépense sans compter), elle ne se limite pas aux fêtes somptueuses et aux bijoux extravagants. Elle portait des tissus de luxe lace, investissait dans des accessoires hors du commun et possédait même un Volt de 20 millions naira d’alors pour protéger ses biens précieux. Son argent servait également à soutenir les artistes de Fuji et les réalisateurs de films Nollywood, contribuant ainsi à la valorisation de la culture nigériane et consolidant son influence dans les milieux artistiques et mondains.
Malgré sa puissance, l’autorité finit par la rattraper. En décembre 1997, elle est arrêtée par la National Drug Law Enforcement Agency du Nigeria. L’affaire fait grand bruit, mais elle retrouve la liberté dans des circonstances qui alimentent encore les spéculations. Elle disparaît un temps avant de refaire surface, et en 2002, elle est de nouveau interpellée à l’aéroport de Lagos avec 72 sachets d’héroïne destinés aux États-Unis, confirmant son rôle actif dans le trafic international.
Au fil du temps, son influence décline face au renforcement de la lutte contre le trafic en Afrique de l’Ouest. Diagnostiquée d’un cancer en 2009, elle se retire progressivement de la vie publique. Toyin Igbira s’éteint en 2019 à Lagos, à l’âge de 56 ans, laissant derrière elle une légende complexe mêlant pouvoir, luxe, criminalité et culture.
Yaëlle L.



