Côte d’Ivoire : à J+9, où en est la rentrée scolaire 2026-2027 ?

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Rentrée scolaire 2026 - 2027 Côte d'Ivoire

Abidjan (© 2026 Afriquinfos) – Neuf jours après la reprise officielle des cours, la rentrée scolaire 2026-2027 est désormais effective en Côte d’Ivoire. Depuis le lundi 14 septembre, près de 8,8 millions d’élèves, dont 5,3 millions au primaire et 3,5 millions au secondaire, ont officiellement repris le chemin de l’école. Le ministère de l’Éducation nationale affirme avoir constaté un démarrage effectif des enseignements dans plusieurs établissements du pays.

Mais derrière cette rentrée présentée comme effective, plusieurs enjeux demeurent : conditions d’apprentissage, coût de la scolarité, disponibilité des fournitures et des manuels, équipements, discipline, sécurité et qualité des enseignements.

Une rentrée officiellement effective

Pour le ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique, les cours ont bien démarré le 14 septembre.

Le ministre N’Guessan Koffi s’est rendu dans plusieurs établissements d’Abidjan, notamment au Collège moderne de l’Autoroute, au Lycée moderne de Treichville, au Lycée moderne de Cocody, au Groupe scolaire Cocody Sud et au Lycée technique d’Abidjan. Il y a constaté la présence des élèves et des enseignants ainsi que le démarrage des activités pédagogiques.

Le calendrier prévoit 32 semaines et trois jours d’enseignement, auxquelles s’ajoute la période des examens. L’année scolaire doit s’achever le 30 juillet 2027. Le premier trimestre court du 14 septembre au 4 décembre 2026, le deuxième du 7 décembre 2026 au 12 mars 2027 et le troisième du 15 mars au 11 juin 2027.

L’enjeu est désormais de maintenir cette dynamique au-delà des premiers jours de rentrée.

8,8 millions d’élèves attendus

La Côte d’Ivoire accueille cette année encore une population scolaire considérable.

Les prévisions du ministère font état de 8,8 millions d’élèves, répartis entre le primaire et le secondaire. Cette progression des effectifs pose mécaniquement la question des infrastructures, des enseignants, des tables-bancs et des ressources pédagogiques disponibles.

Face à cette pression démographique, l’État poursuit ses investissements. Selon les données communiquées avant la rentrée, plusieurs programmes ont permis la construction de milliers de salles de classe, de collèges de proximité et d’établissements d’excellence. Le gouvernement indique notamment que le programme PRSEB a contribué à la construction de 3 000 salles de classe au primaire et 51 collèges de proximité.

Plus de 5 millions de kits scolaires

Autre dossier particulièrement scruté par les familles : les fournitures scolaires.

Pour cette rentrée, le gouvernement a annoncé l’acquisition et la distribution de 5 081 262 kits scolaires destinés aux écoles primaires publiques. L’opération a débuté le 2 septembre et doit être déployée dans les 41 directions régionales du pays.

Le gouvernement présente cette distribution gratuite comme un mécanisme de soutien aux familles et un outil de promotion de l’école obligatoire. Depuis 2011, près de 57 millions de kits scolaires auraient ainsi été distribués, pour un coût cumulé annoncé de 147 milliards de FCFA.

À cela s’ajoute le renouvellement du mobilier scolaire. Pour 2026, environ 75 000 tables-bancs doivent être distribués dans les écoles primaires et établissements secondaires publics. Pour 2027, le gouvernement annonce avoir sollicité un financement de 20 milliards de FCFA pour l’acquisition de 166 660 tables-bancs supplémentaires.

Le manuel unique pour tenter de réduire les dépenses

Cette rentrée est également marquée par une nouvelle mesure concernant les manuels scolaires.

Le ministère a publié une liste nationale unique des manuels et supports didactiques pour le préscolaire, le primaire et le secondaire général. L’objectif affiché est de mettre fin à la multiplication des ouvrages imposés aux familles.

Désormais, les établissements publics comme privés ne sont pas censés imposer aux parents des manuels ou supports qui ne figurent pas sur cette liste nationale. Le ministère veut ainsi éviter les achats multiples, réduire les dépenses des familles et harmoniser les supports utilisés dans les établissements.

Le dispositif est complété par la Bourse nationale du manuel scolaire (BONAMAS), qui fonctionne sur un principe de prêt-location pour certains élèves du secondaire. Le gouvernement indique notamment qu’un ensemble de huit manuels peut être proposé à 10 000 FCFA dans le cadre du dispositif, contre environ 48 000 FCFA à l’achat.

La question du coût de la rentrée reste sensible

Malgré ces dispositifs publics, la question financière demeure au cœur des préoccupations de nombreuses familles.

Une enquête publiée avant la rentrée par nos confrère de Koaci rapporte que certains parents d’élèves affectés par l’État dans des établissements privés ont été confrontés à des frais d’inscription ou d’écolage dépassant parfois 80 000 FCFA, avec des montants pouvant atteindre environ 90 000 FCFA dans certains cas. Ces tarifs ne seraient toutefois pas uniformes d’un établissement à l’autre.

Cette situation contraste avec la position affichée par le ministère. Le directeur des écoles, lycées et collèges, Germain Zamblé Bi Zamblé, a rappelé qu’en dehors des 6 000 FCFA d’inscription en ligne, aucun frais supplémentaire ne doit être exigé aux parents dans les établissements publics. Il a également invité les familles à signaler les éventuels manquements au numéro vert 9991.

La question du contrôle de ces règles sera donc l’un des points à surveiller tout au long des premières semaines de cours.

Des établissements rénovés, mais des défis persistants

Le gouvernement met également en avant les investissements réalisés dans les infrastructures scolaires.

Des établissements ont été réhabilités et certains bénéficient de nouvelles salles de classe et d’équipements destinés à améliorer les conditions d’apprentissage. Le ministère cite notamment des salles équipées de climatiseurs dans certains établissements.

Mais avec près de neuf millions d’élèves, le défi reste considérable : comment garantir les mêmes conditions d’apprentissage à Abidjan, dans les grandes villes et dans les zones rurales ?

La question de la disponibilité des enseignants, de la surcharge des classes, du mobilier et de l’entretien des infrastructures restera particulièrement importante à mesure que l’année avancera.

« Restaurer la confiance » : le défi de l’année

Le ministère a placé cette nouvelle année scolaire sous le thème : « Restaurons la confiance pour la transformation durable de l’école ivoirienne ».

Cette orientation repose notamment sur plusieurs priorités : amélioration des curricula, accompagnement des enseignants, sécurité et salubrité des établissements, crédibilité des examens, développement de la culture scientifique et numérique et valorisation de l’enseignement technique. Le maintien des filles à l’école et leur orientation vers les filières scientifiques et techniques figurent également parmi les axes annoncés.

Le choix du mot « confiance » est révélateur des défis auxquels le système éducatif ivoirien doit répondre : confiance entre les familles et les établissements, entre les enseignants et l’administration, mais aussi confiance dans la qualité des apprentissages et dans l’équité du système.

À J+9, une rentrée réussie sur le papier, mais à confirmer sur le terrain

Neuf jours après la reprise, le premier constat est celui d’une rentrée effectivement lancée. Les cours ont commencé à la date prévue et le gouvernement a déployé plusieurs mesures pour accompagner les familles et améliorer les conditions d’apprentissage.

Mais le véritable bilan ne pourra pas être établi après quelques jours.

Il faudra notamment observer, dans les prochaines semaines, la disponibilité effective des kits et des manuels dans les établissements, l’application des règles sur les frais scolaires, les conditions d’accueil dans les salles de classe, la présence régulière des enseignants et des élèves ainsi que la capacité du système à maintenir le rythme pédagogique annoncé.

Car au-delà du symbole de la rentrée, le véritable enjeu de l’année scolaire 2026-2027 sera de transformer les annonces et les investissements en résultats concrets dans les salles de classe.

Avec 8,8 millions d’élèves à encadrer, la Côte d’Ivoire ouvre ainsi une nouvelle année scolaire avec une ambition clairement affichée : faire de l’école un espace plus accessible, plus équitable et plus performant. Le défi, désormais, est de faire vivre cette ambition au quotidien.

Yaëlle LENGA