‘Batouala’, le premier prix Goncourt obtenu par un Noir, a 100 ans avec des sujets encore d’actualité

Paris (© 2021 Afriquinfos) – En 1921, René Maran devenait le premier écrivain noir à obtenir le prestigieux Prix Littéraire Goncourt avec son livre «Batouala». Alors que s’ouvre la saison des prix littéraires et que le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr est pressenti pour rempoter la plus prestigieuse des récompenses littéraires françaises, avec son roman  » La plus secrète mémoire des hommes « , qu’est-ce que qui a changé 100 ans plus tard sur les questions de racisme et de colonialisme dont traitait notamment l’écrivain Guyanais ?

Considéré comme le précurseur de la Négritude et salué par les plus grands à l’instar d’Aimé Césaire qui écrivait sur lui : «Il est le premier homme de culture noire à avoir révélé l’Afrique. Mieux, le premier homme de culture à avoir emmené le Noir à la dignité littéraire». René Maran n’avait pourtant pas fait l’unanimité quand en 1921, paraissait «Batouala». Si sa distinction fait l’effet d’une bombe à l’international, les critiques qui vont suivre seront encore plus retentissantes. L’auteur, alors administrateur colonial, s’il raconte la vie quotidienne d’un chef africain, ses traditions, ses démêlés amoureux, dénonce en filigrane les abus des colons français en Afrique.

Le retour de bâton ne s’est pas fait attendre. Les milieux étatiques et coloniaux lui adressent de violences critiques lui reprochant de cracher dans la main qui le nourrissait. Même des auteurs connus comme Frantz Fanon, le prirent pour cible, lui reprochant dans son fameux essai Peaux noirs, masques blancs (1952) d’incarner la détestable «humilité du Noir».

Pourtant 100 ans après sa parution, les sujets abordés dans «Batouala» sont toujours autant d’actualité. Que ce soit avec l’avènement du Black Lives Matters aux Etats-Unis ou encore l’émergence de l’extrême droite en France et dans d’autres pays européens, le racisme n’a jamais été aussi présent.

Les anciennes puissances coloniales peinent toujours à reconnaitre les exactions commises par leurs troupes sur le continent et si elles le font, c’est du bout des lèvres. La question des réparations est toujours d’actualité. Ce n’est que maintenant après des décennies de tiraillements que Paris rend à certains pays africains des objets culturels pillés pendant la colonisation.

La réédition de «Batouala» en octobre dernier avec une préface d’Amin Maalouf, permettra de redécouvrir l’œuvre de cet auteur considéré comme un précurseur de la Négritude. Cela permettra aussi de se rendre compte de ce qui a vraiment changé depuis…ou pas.

Boniface T.

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