TIC : Les forces de l’ordre américaines face aux droits de l’Homme

PARIS (© 2021 Afriquinfos)- Le 6 janvier dernier, le siège du Capitole à Washington a été diffusé en direct sur CNN ainsi que sur de nombreuses plateformes de réseaux sociaux. Si, à l’ère de l’utilisation massive d’internet, la mise en ligne de certaines vidéos parait normale, les utilisateurs ne se sont pas rendus compte que les images chargées seraient utilisées contre les assaillants. Les États-Unis ont souvent accusé d’autres pays de non-respect des droits de l’Homme par rapport à leur utilisation de la technologie de reconnaissance faciale. Pourtant, les manifestations de janvier 2021 ont été l’occasion pour les autorités américaines de faire usage de cette solution, alors même qu’elles la condamnent, soulignant un deux poids deux mesures inquiétant quant au jugement émis sur l’utilisation de ces pratiques.

La société d’intelligence artificielle Clearview AI, fournisseur de services de technologie de reconnaissance faciale, est un acteur clé du scandale en cours. Avec 2 400 clients dans les forces de l’ordre, dont le ministère de la Sécurité intérieure, Clearview AI a, après les manifestations, révélé le recours systématique de la police à ses données. En effet, une augmentation de 26% du nombre de consultations de son service a été constatée durant la vague de protestions. Les profils de certains émeutiers auraient été identifiés et envoyés à la Joint Terrorism Task Force du FBI, qui possède une base de 600 millions de photos, lui permettant de comparer les visages des manifestants apparaissant sur les vidéos.

Clearview AI avait déjà fait l’objet de controverse en 2020 à alors qu’elle avait saisi 3 milliards d’images sur les principaux sites web grand public. Cet incident avait provoqué une polémique à l’échelle du pays sur la protection de la vie privée et de la sécurité.

Lapeluk, Conseiller senior du groupe de surveillance des programmes gouvernementaux, a déclaré à la suite des émeutes au Capitole et des accusations contre les forces de l’ordre, qu’il n’y avait aucune restriction légale contre l’emploi de la reconnaissance faciale dans les enquêtes criminelles aux États-Unis. Or, les gouvernements d’états et les collectivités locales américaines avaient interdit aux forces de l’ordre d’utiliser cette technologie dans le but de préserver les droits de l’homme. En effet, si certains services permettent la réduction du nombre d’incidents violents ou illégaux tels que le vol à l’étalage, l’usurpation d’identité, la fraude à la carte de crédit, le meurtre et l’exploitation sexuelle d’enfants, une utilisation extensive par les services de police pourrait finir par viser les communautés de couleur, renforçant leurs conditions de précarité et d’injustice.

Il est de fait que la reconnaissance faciale a plus de mal à identifier les individus de couleur, alors que les systèmes alimentés par cette technologie sont particulièrement présents dans les quartiers abritant plus d’habitants noirs. Au contraire, la communauté blanche a réussi à boycotter puis bannir l’installation de ces systèmes, pour laquelle le taux d’identification est plus élevé.

Les États-Unis, pays autoproclamé comme le défenseur des libertés individuelles, se voit donc confronté à une remise en question profonde de ses principes fondamentaux et de ses usages des technologies mises à sa disposition. Cet incident laisse à croire que le pays voit la préservation des droits de l’homme comme une priorité au gré de l’actualité internationale, en fonction de ses propres intérêts – notamment commerciaux – et juge certaines pratiques condamnables dans des pays tiers jusqu’au jour où ses forces de défense y ont-elles-même recours. Reste à savoir comment l’administration américaine contrôlera le contrecoup des accusations qui pèsent sur ses institutions de défense.

G. G. K. E.

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